Orfèvrerie et peinture impressionniste pour faire oublier la controverse

La vie continue et le Musée des beaux-arts du Canada a d’ores et déjà la tête à l’été, inaugurant ses expositions estivales une semaine après l’autre.
Photo: iStock La vie continue et le Musée des beaux-arts du Canada a d’ores et déjà la tête à l’été, inaugurant ses expositions estivales une semaine après l’autre.

Sorti d’un mois de controverse sans un tableau de plus (le Jacques-Louis David) ni un tableau de moins (le Chagall), le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) n’aura peut-être perdu que sa réputation. Mais la vie continue et le musée public a d’ores et déjà la tête à l’été, inaugurant ses expositions estivales une semaine après l’autre.

Le changement d’air passera par les chouchous du public (les impressionnistes) et par des objets en argent, sujets des deux principales expositions. L’une, Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard, vient du Danemark, l’autre, Laurent Amiot. Maître-orfèvre canadien est un produit maison. Et à la maison, visiblement, tout va.

« La poussière est retombée. Vous savez, la nouvelle peut passer très vite, concède René Villeneuve, le conservateur chargé d’orfèvrerie au MBAC depuis 1987. Bien sûr, il faut travailler fort pour rétablir l’image et montrer qu’un musée, c’est bien plus qu’une controverse. »


Photo: MBAC Laurent Amiot, «Calice de Mgr Joseph Signaÿ» (1837)

Ce sont près de dix ans de travail dont René Villeneuve a eu besoin avant d’arriver à Laurent Amiot. Maître-orfèvre canadien, l’exposition inaugurée il y a quelques jours. Il est bien plus que simple commissaire de cette rétrospective annoncée comme la première de l’artiste mort il y a… 179 ans. Son intérêt, écrit-il dans la monographie Amiot (une autre première), « émane d’un long fil conducteur ininterrompu dans [sa] vie professionnelle ».

Mais… Laurent Amiot ? Son biographe reconnaît qu’il puisse être méconnu. Pourtant, assure René Villeneuve, il est le premier sinon seul grand maître de l’orfèvrerie au pays. De son vivant, Amiot (1764-1839) a été apprécié par l’Église et par l’aristocratie. Son succès a été immédiat, dès sa jeune vingtaine.

René Villeneuve le qualifie d’avant-gardiste qui renouvelle le métier. « Amiot introduit au Québec le style Louis XVI, style néo-classique qui tire profit de la redécouverte de Pompéi et des objets de l’Antiquité. Ce style, rappelle l’historien de l’art, a une sévérité des formes, des corps. La feuille de laurier et la feuille d’acanthe reviennent en force. C’est un décor considéré à l’époque comme moderne. »

L’exposition réunit 75 objets : des calices, crucifix, ciboires et autres encensoirs, mais aussi des théières, cafetières, pots à lait et même une saucière à brandy. Il faut aussi compter une vingtaine de dessins, indispensables, aux yeux du commissaire, pour montrer « qu’un orfèvre ne fait pas que frapper sur des feuilles d’argent, il suit aussi un travail de conception et de création ».

René Villeneuve a voulu une exposition diversifiée, équilibrée entre les objets sacrés et les profanes. Le MBAC peut se targuer de posséder la plus grande collection Amiot, la grande majorité des objets exposés étant des prêts.

« L’expo n’est pas une forêt de calices et de chandeliers d’autel, avec deux théières pour terminer. J’ai opté pour la qualité, non pas la quantité », affirme le conservateur québécois. Avec l’intention de rappeler qu’il s’agit d’une « belle histoire, [celle d’une] société qui encourageait ses artistes ».

Pendant ce temps au Danemark

Ordrupgaard ? C’est le nom d’un musée au nord de Copenhague, fondé par un couple de collectionneurs au début du XXe siècle afin de mieux loger leurs acquisitions. Oeuvres de Monet, Sisley, Pissarro, Manet, Renoir font partie de l’exposition Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard, qui sera inaugurée cette semaine.

La sélection comprend aussi des tableaux d’artistes locaux, issus de l’âge d’or danois. Ce mouvement plus près du romantisme que de l’impressionnisme a été initié au début du XIXe siècle par Christoffer Wilhelm Eckersberg, un peintre qui a fait ses classes chez… Jacques-Louis David.

Les documents du MBAC n’identifient aucun commissaire. Par contre, on attribue le choix des oeuvres à Paul Lang, l’ex-conservateur en chef tout juste reparti en Europe. C’est aussi lui qui signe l’essai dans le catalogue. L’exposition est portée par le thème du rêve, celui du couple Wilhelm et Henny Hansen.

« Ordrupgaard, c’est une utopie à l’origine. Un rêve, qui est aussi un projet social, commente Paul Lang dans un texte mis en ligne par le MBAC. [Les collectionneurs] ont pensé leur collection en fonction de leur communauté et dans une visée pédagogique. »

Trésors impressionnistes… serait une exclusivité canadienne, bien qu’elle semble découler de la fermeture pour rénovation du Ordrupgaard. Il n’a pas été possible cependant de savoir combien de pays accueillaient des oeuvres du musée danois.

« Nous avons préparé une exposition itinérante de 60 peintures. Pour sa présentation, le MBAC a ajouté 16 oeuvres d’art danois, explique par courriel Dorthe Vangsgaard Nielsen, conservatrice à Ordrupgaard. Mettre en circulation cette précieuse collection pendant la construction d’un nouveau pavillon et ainsi permettre à un plus large public de l’expérimenter a une grande signification pour nous. »

Une troisième exposition estivale est en cours depuis le début du mois. Intitulée L’espace d’un instant, elle retrace l’évolution de la collection de photographies du MBAC, amorcée en 1967.

Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard / Laurent Amiot. Maître-orfèvre canadien

Du 18 mai au 9 septembre. / Jusqu’au 23 septembre.