Hommage aux femmes de pouvoir

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La déesse Mout (Nouvel Empire, XVIIIe-XXe dynastie, 1539-1076 av. notre ère)
Photo: Museo Egizio Turin La déesse Mout (Nouvel Empire, XVIIIe-XXe dynastie, 1539-1076 av. notre ère)

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Néfertiti, Néfertari, Hatshepsout : ces noms de l’Antiquité égyptienne ont traversé l’histoire, preuve de la place occupée par les reines et les femmes durant le Nouvel Empire. Le musée Pointe-à-Callière nous invite à leur rencontre.

Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière, rêve de cette exposition depuis une vingtaine d’années. L’Égypte antique constitue une période classique à couvrir pour un musée d’archéologie. Celui de Pointe-à-Callière n’avait jamais accueilli de pièces de cette civilisation entre ses murs. « On n’avait pas de salles d’expositions temporaires suffisamment adéquates, rappelle-t-elle. Un thème comme l’Égypte, il faut lui donner un peu d’espace. » Puis, en 2013, l’établissement muséal a inauguré son nouveau pavillon de La Maison-des-Marins.

Il a ensuite collaboré avec le Museo Egizio de Turin pour faire venir certains objets de valeur. C’est de cet établissement que vient le clou de l’exposition Reines d’Égypte : le sarcophage de Néfertari, épouse favorite de Ramsès II, découvert dans la vallée des Reines en 1904 par l’archéologue italien Ernesto Schiaparelli. « C’est la pièce maîtresse qui a fait qu’on a lancé cette exposition », indique Francine Lelièvre.

Hommage aux femmes de pouvoir

L’occasion était donc belle de sortir de l’habituelle exposition sur les pharaons ou les dieux égyptiens pour mettre en lumière les femmes qui ont joué un rôle central durant le Nouvel Empire. Cette époque est considérée par certains comme l’âge d’or de cette civilisation de la vallée du Nil, alors que Thèbes constituait son centre névralgique. Cette période de paix, marquée par le développement et le raffinement artistique, s’étend entre 1539 et 1076 avant notre ère, soit environ 1000 ans après la construction des pyramides de Gizeh et 1000 ans avant Cléopâtre.

Plusieurs icônes de ce Nouvel Empire furent des femmes. Ahmès-Néfertari, d’abord, gouverne en tant que régente jusqu’à ce que son fils, Amenhotep Ier, atteigne l’âge de prendre le pouvoir. Cette reine est devenue, par la suite, une déesse vénérée à Deir el-Médineh, le village des artisans affectés aux sites funéraires de la vallée des Rois et de la vallée des Reines. Plus tard, Hatshepsout devient reine-pharaon et est représentée comme la fille du dieu Amon. Environ un siècle plus tard, Néfertiti se révèle bien plus que l’épouse d’Akhénaton : les sculptures mettent fréquemment en scène le couple royal, preuve de son influence.

« Ce que je souhaiterais que les visiteurs retiennent, c’est que c’est une très grande civilisation, et que les femmes y ont joué un rôle important, beaucoup plus que les Romaines ou les Grecques. Les femmes égyptiennes pouvaient être au pouvoir, pouvaient influencer, exprime Francine Lelièvre. Lorsqu’elles avaient des enfants, elles pouvaient transmettre leur héritage. Elles pouvaient boire du vin en public. Elles étaient libres. Elles avaient réussi dans cette société à prendre de la place. »

Plonger dans l’ambiance

Au-delà des quelque 350 objets que l’on peut y admirer, l’exposition, inaugurée le 10 avril dernier et à l’affiche jusqu’au 4 novembre, permet de plonger dans l’ambiance qui régnait à cette époque grâce à une collaboration avec Ubisoft. Heureuse coïncidence, l’entreprise de jeux vidéo a sorti, l’automne dernier, le jeu Assassin’s Creed Origins, dont le récit se situe en Égypte antique. Deux capsules éducatives, l’une sur les hiéroglyphes et l’autre sur la momification, ont été réalisées par leurs studios. Surtout, des images projetées sur grands écrans reproduisent en détail les décors, particulièrement animés dans l’espace consacré au village Deir el-Médineh.

« On a cherché, dans le parcours et les ambiances, à amener les visiteurs dans des lieux », souligne Élisabeth Côté, chargée de projet pour l’exposition. Le premier étage, consacré à la vie à Thèbes, présente d’entrée de jeux de colossales statues à tête de lionne du temple dédié à la déesse de la guerre Sekhmet. Plus loin, les visiteurs sont introduits au harem royal, lieu d’éducation où les femmes et les enfants se côtoyaient.

À l’intérieur de cette section se déroule un papyrus judiciaire écrit en hiératique, une forme simplifiée de hiéroglyphes. Il s’agit d’un jugement relatif au complot organisé dans un harem par Tiyi, épouse secondaire de Ramsès III, pour assassiner ce dernier et placer son fils au pouvoir. « C’est un récit marquant du Nouvel Empire », souligne Élisabeth Côté. « On est privilégiés d’avoir cet objet à Montréal. »

Le visiteur monte ensuite au deuxième étage comme s’il traversait le Nil vers sa rive gauche, là où se trouvent la vallée des Rois et la vallée des Reines. L’étage, consacré à la mort, à ses rites et à son art, présente stèles, sarcophages en bois, ainsi que vases dans lesquels certains organes des défunts étaient placés. Le parcours mène au sarcophage en granit de Néfertari, entouré d’une réplique des murs de sa chambre funéraire et accompagné par des objets qui ont été retrouvés à l’intérieur. Parmi ceux-ci, Francine Lelièvre désigne une paire de sandales en feuilles de palmier tressées. À ses yeux, il s’agit des pièces les plus touchantes de l’exposition, alors qu’elle s’imagine la femme qui les a chaussées il y a plus de 3200 ans.