Papier 15 s’agrandit

La porte-parole de la foire d’art contemporain Papier 15, Karine Vanasse
Photo: Maude Arsenault La porte-parole de la foire d’art contemporain Papier 15, Karine Vanasse

Elle était accessible ; elle est devenue, en plus, prestigieuse. La foire d’art contemporain Papier 15 a grandi, sa fréquentation, explosé. Elle a si bien répandu sa bonne nouvelle coast to coast que toutes les grandes villes du pays seront représentées pour cette huitième édition, prévue du 24 au 26 avril. Une délégation d’experts internationaux est même attendue, histoire de semer quelques graines d’intérêt outre-Atlantique.

Ce rayonnement affirmé, jumelé à son déménagement dans un nouveau lieu, fait de sa huitième tenue, du 24 au 26 avril, une édition hors de l’ordinaire. « On a atteint un bel équilibre entre les galeries d’ici et de l’extérieur du Québec. On veut un portrait qui reflète bien la diversité de la création sur la scène québécoise et canadienne », indique la présidente de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC), Émilie Grandmont Bérubé.

La présence de joueurs venus d’autres provinces s’accentue depuis quelques années, pour atteindre un sommet en 2015. En plus des galeries québécoises comme celles de Simon Blais, René Blouin, Parisian Laundry et Division, on y trouvera notamment la Barbara Edwards Contemporary, de Calgary, DC3 Art Projects, d’Edmonton, Initial Gallery, de Vancouver, et plusieurs venues de Toronto, comme Diaz Contemporary. Même Halifax et Winnipeg seront représentées.

C’est maintenant au tour des clients de l’extérieur de s’amener en grand nombre. « Il faut s’assurer que nos galeries canadiennes aient une visibilité et une clientèle, indique Julie Lacroix, directrice de l’AGAC. Avant de penser accueillir des galeries internationales, il faut déjà avoir une clientèle qui se déplace au moins de partout au Canada. » Et avec le déclin des collections privées d’ici — qu’on pense à Loto-Québec, qui a suspendu ses acquisitions — il devient « primordial de trouver d’autres collectionneurs », ajoute-t-elle. Papier 15 a donc attiré des bureaux d’avocats et la plupart des grandes banques qui développent des collections pour leurs bureaux à travers le pays, de BMO à RBC en passant par la Banque Nationale. Les jeunes professionnels, philanthropes en devenir, seront aussi de la partie.

Afin d’élargir sa clientèle, l’équipe a également convié une délégation de conservateurs d’établissements asiatiques, européens et américains, tels que The Albright-Knox Art Gallery, de Buffalo, TheCube Project Space, de Taïwan, et le Carré d’Art-Musée d’art contemporain, de Nîmes, en France. Pour ajouter à ce rayonnement, Papier compte sur des ambassadeurs qui représentent plusieurs milieux : la porte-parole, Karine Vanasse, le collectionneur torontois et rédacteur en chef du Magenta Magazine, Bill Clarke, et, à titre de président d’honneur, le président et chef de la direction de Banque Nationale Gestion privée 1859, Éric Bujold.

Programme élargi

Avec sa quarantaine de kiosques (et de galeries représentées), Papier semble avoir atteint, pour l’instant, une ampleur qui lui assure une bonne visibilité, tout en préservant son échelle humaine.

« C’est un peu moins [de kiosques] que l’an dernier, mais ils sont plus vastes et le plan de la foire change beaucoup », indique la présidente. Temporairement délogée de son chapiteau au centre-ville (pour cause de construction à venir), la manifestation d’art contemporain se déroulera cette année au Pôle de Gaspé, dans le Mile-End. Des navettes desserviront le site à partir du métro Laurier et du centre-ville. Les vastes locaux industriels permettent ainsi d’élargir le programme des projets spéciaux. Un étage complet hébergera une dizaine d’installations artistiques, dont certaines à grand déploiement.

« Les installations ont toutes un lien avec le papier », explique Mme Grandmont-Bérubé, en citant l’exemple d’immenses dessins signés Olga Mishchenko (Ravine World, 2014), de la Paul Petro Contemporary Art, ou Éric Simon (Sommeil, 2014), de la Galerie Donald-Browne. De sa galerie Trois Points, Nicolas Flemming a conçu We’re Still Standing, une sculpture pour l’espace public. « Il s’agit d’une forme de banc fait en gypse — car, si on y pense, ce sont deux feuilles de papier qui supportent du plâtre.C’est vraiment une autre façon d’aborder le papier », dit-elle.

Une vingtaine d’oeuvres vidéo, pour faire connaître autrement les artistes, seront diffusées dans une salle spécifiquement dédiée à cet effet. L’espace servira aussi au programme de tables rondes portant sur des sujets variés : investir dans l’art, le rôle du galeriste, la photographie à l’heure des innovations technologiques ou les différents visages de la collaboration artistique. L’offre de visites guidées prend également du galon. Non seulement elles se multiplient, mais plusieurs prennent une couleur personnalisée pour compléter celles qui privilégient une approche généraliste visant à démocratiser l’art.

« On a changé le ton de ces visites guidées pour avoir un peu les morceaux choisis de différentes personnalités du milieu, explique Mme Lacroix. Par exemple, on découvrira ce que Sky Gooden [critique d’art et rédactrice en chef de Momus.ca] choisit de mettre en valeur… » En marge de la foire, Canadian Art organise son Gallery Hop, Accès Montréal propose un parcours des maisons de la culture et de nombreux centres d’artistes en profitent pour présenter des expositions spéciales. Pour tous les goûts…

Si les grandes foires d’art contemporain dans le monde ratissent large — de la peinture à la sculpture — et font parler d’elles en termes superlatifs — des noms de vedettes aux transactions exorbitantes — Papier mise depuis 2007 sur une formule adaptée au (petit) marché québécois, justement en vue de le faire grandir. La spécificité du support choisi — le papier — rend la foire accessible aux néophytes curieux et au porte-monnaie moins garni. On peut y acquérir une oeuvre à partir de 500 $. Son but avéré est de démocratiser l’accès à l’art, mais il s’agit aussi d’éduquer le public pour mieux vendre l’art d’ici.

Reconfirmée chaque année comme aussi stimulante que stratégique, la spécificité du papier (qui offre tout de même un large volet d’oeuvres, de la photo au dessin) a d’ailleurs inspiré New York à en faire autant. « Paper » a connu sa première édition en 2015 et reviendra l’an prochain.