Faire bois d’oeuvre

La danseuse Marie-Eve Demers interprète un segment de l'oeuvre <em>Le corps du diable</em>.
Photo: Jean-Sébastien Vart La danseuse Marie-Eve Demers interprète un segment de l'oeuvre Le corps du diable.

Le bois, à Saint-Jean-Port-Joli, on connaît. Dans cette bourgade du bord du fleuve, « capitale de la sculpture », dans les mots du maire Jean-Pierre Dubé, il y a une longue tradition du travail à la pioche et à la scie. Or, comme tous les métiers et les savoir-faire d’antan, celui du bois perd en popularité. La Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli, grande fête de courte durée, tente de relancer l’intérêt pour cette pratique. Elle réunit de jeudi à dimanche 14 artistes ou collectifs, invités à faire « bois d’oeuvre ».

 

Entre tradition et innovation, la sculpture a sa place à Saint-Jean-Port-Joli depuis longtemps. Il y a 30 ans, l’événement Rendez-vous international 1984 avait attiré de grands artistes, notamment Christo et Michelangelo Pistoletto. En 1988, plus locale, l’expo Histoire de bois, pilotée par Michel Saulnier, de Saint-Jean-Port-Joli, confrontait les traditions artistiques. Puis, dans les années 1990, l’Internationale de la sculpture (1994-2008) a mis l’accent sur la taille directe sur bûche. C’est avec cet héritage hétéroclite que la biennale actuelle est née en 2010. La thématique de cette troisième édition, Bois d’oeuvre, initiative du commissaire invité Nicolas Mavrikakis, et collègue critique au Devoir, fait du matériau le coeur des productions et des discussions.

 

« Il fut une époque où, au Québec et au Canada, le bois était un matériau extrêmement prisé par les sculpteurs. Après quelques décennies de relative éclipse, il semble de plus en plus interpeller les créateurs contemporains », écrit-il dans son mot de présentation. La présente édition permettra, souhaite-t-il, « de voir de quel bois l’art contemporain peut encore se chauffer ».

 

Le commissaire a formé sept duos, mixant artistes locaux à d’autres venus de Montréal ou de Toronto. Ils seront à l’oeuvre dès jeudi au parc des Trois-Bérets, au coeur du village. Les mariages sont aussi inusités que celui de Chantal Caron, chorégraphe et directrice de la compagnie Fleuve/Espace danse, et du sculpteur Stéphane Gilot, connu pour ses installations utopistes.

 

La programmation, axée sur la famille, comprend des visites guidées, une création collective à partir d’un coeur en bois, ainsi qu’une activité ludique et physique visant à fabriquer une toupie à partir d’un vélo stationnaire. Les plus sérieux pourront assister à des tables rondes, dont celle posant la question « Art public et sculpture en bois sont-ils compatibles ? » Les plus prompts à rire pourront suivre le clown Cléobulle dans la réalisation d’une fleur en bardeaux de cèdre.

 

La Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli soutient aussi la relève par un prix en sculpture sur bois. La première lauréate, Mathilde Leveau, finissante de la Maison des métiers d’arts de Québec, travaillera également devant public, avec sa scie bien bruyante.

 

La programmation détaillée est à consulter sur le site www.biennaledesculpture.com.

1 commentaire
  • Michel Boisvert - Inscrit 26 juillet 2014 09 h 15

    culture en évolution

    C'est ce qu'on appelle parachuter depuis la mégapole une intervention à consonnance interventionniste dans le milieu rural. Un peu comme un lavage de cerveau au niveau international, l'idéologie culturelle développés sur une base de commerce international s'infiltre dansla pensée régionale pour transformer l'habitacle rural en une succursale de Montréal.