Sur les traces d’Ozias Leduc

Portrait de Guy Delahaye, poète, huile sur toile, c. 1911, coll. MNBAQ.
Photo: Source Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire Portrait de Guy Delahaye, poète, huile sur toile, c. 1911, coll. MNBAQ.

Parfois décrit à tort comme un ermite reclus dans son atelier au pied du mont Saint-Hilaire, le peintre Ozias Leduc (1864-1955) fut au contraire très impliqué tant dans son village natal, d’abord comme marguiller puis échevin, que dans le milieu culturel. C’est ce que cherche à souligner l’exposition Ozias Leduc. Aux sources de l’oeuvre, qui se poursuit jusqu’au 12 octobre au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, à l’occasion du 150e anniversaire de naissance de l’artiste. L’exposition présente une centaine de tableaux, fusains, dessins préparatoires et documents sur les personnages que le peintre symboliste a côtoyés.

 

Correlieu, l’atelier de Leduc détruit par un incendie en 1983, était fréquenté aussi bien par les artistes d’avant-garde tels Paul-Émile Borduas — son ancien apprenti — et Jean-Paul Riopelle que par des artistes traditionalistes tels Rodolphe Duguay et le sculpteur Henri Hébert, ou par des curés à la recherche d’un « décorateur » d’églises sortant du lot. Des écrivains modernistes comme Guy Delahaye, Marcel Dugas ou Robert de Roquebrune, des musiciens et des architectes y étaient aussi reçus pour de longues séances de conversation.

 

Poète et intellectuel autant que portraitiste minutieux, paysagiste raffiné, peintre de petites natures mortes énigmatiques et de murales d’église à la fois subtiles et monumentales, Leduc suscitait l’admiration des uns comme des autres, tant pour son talent que pour son authenticité et sa générosité. Comme le fait remarquer dans un ouvrage récent l’historien Pierre Lambert (Ozias Leduc. Le peintre en quête de beauté, éditions Marcel Broquet), Leduc, tout en adhérant à l’idéologie de conservation et aux valeurs véhiculées par le clergé, servira de référence aux jeunes artistes à la recherche d’un modèle de probité intellectuelle et de fidélité à ses idéaux artistiques. Comme le reconnut Borduas dans un texte daté de 1953, Leduc est l’une des rares personnes qui lui permirent de « poursuivre son destin ». Riopelle, quant à lui, ira jusqu’à affirmer que Leduc fut « la plus importante des influences qu’[il a] subies… »

 

Axée sur la vie intime de Leduc (sa famille, ses amis, les femmes de son entourage) et sur sa vie sociale (ses fréquentations littéraires et artistiques, son rôle de marguiller et d’échevin), l’exposition du musée de Mont-Saint-Hilaire, conçue par la commissaire Isabelle Pichet, explore avec les moyens limités d’un musée régional les sources documentaires du portraitiste, du paysagiste et du peintre d’églises, laissant un peu de côté les natures mortes et les scènes de genre.

 

Malgré le peu d’oeuvres majeures de l’artiste à l’exception du portrait de Guy Delahaye de 1911 ou du Crépuscule lunaire (1937), l’exposition propose tout de même un parcours enrichissant en juxtaposant par exemple des portraits peu souvent exposés (ceux d’une nièce de Leduc, Gertrude, et d’un petit-neveu, Raymond) avec les vêtements que les modèles portaient lors des séances de pose. Ou encore des photographies de son frère Honorius, qui servit de modèle pour plusieurs tableaux.

 

Le visiteur qui s’intéresse davantage au versant religieux de la production de Leduc sera fasciné par l’aspect artisanal des 14 stations du chemin de Croix peint sur bois et carton pour le couvent des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie de Saint-Hilaire, ainsi que par une extraordinaire tête de saint Michel archange, un fusain jamais exposé auparavant.

 

Art religieux

 

Par ailleurs, plusieurs chefs-d’oeuvre d’art religieux d’Ozias Leduc seront rendus plus accessibles cet été grâce à des horaires de visite élargis dans certains lieux de culte, qu’on peut consulter au www.oziasleduc.com.

 

Les participants comprennent la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours dans le Vieux-Montréal, la cathédrale de Joliette, l’église Saint-Hilaire, l’église Saint-Romuald de Farnham, l’église Notre-Dame-de-la-Présentation à Shawinigan-Sud et la chapelle de l’archevêché de Sherbrooke.

 

L’église de Shawinigan, à laquelle Leduc, déjà âgé de 72 ans, a travaillé jusqu’à sa mort à l’âge de 90 ans, a été habilement restaurée à la fin des années 1980 et l’oeuvre du peintre vient enfin d’être mise en valeur par un éclairage ultramoderne. Ce temple à la gloire de la Vierge et du monde ouvrier est décrit en détail dans un bel ouvrage de Lévis Martin, Ozias Leduc. Pour un ultime chef-d’oeuvre, aux Presses de l’Université Laval. On y retrouve le même souci de dépouillement et de recherche symbolique que dans la première église entièrement décorée par Leduc, celle de Saint-Hilaire. Quant à l’intimiste chapelle privée de l’archevêque de Sherbrooke, inspirée de la Sainte-Chapelle à Paris, elle offre au regard une expérience tout simplement inoubliable.

Une vie longue et pleine

8 octobre 1864 Naissance à Saint-Hilaire. Issu d’une famille de pomiculteurs, Ozias Leduc travaille comme peintre de statues, puis décorateur d’églises auprès de Luigi Capello, dont il épousera la veuve, Marie-Louise Lebrun, en 1906.

1897 Séjour de huit mois à Londres et à Paris en vue de la décoration de l’église de Saint-Hilaire.

De 1921 à 1932 Ozias Leduc prend Paul-Émile Borduas sous son aile.

16 juin 1955. Mort de l’artiste Il aura décoré une trentaine d’églises, tant aux États-Unis et dans les Maritimes qu’au Québec.

Ozias Leduc

Au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, 150, rue du Centre-civique, jusqu’au 12 octobre

Aux sources de l’oeuvre