De la lumière plein la vue grâce à Morrice, Lyman et Matisse

Tanger, la fenêtre (1913), de James Wilson Morrice (1865-1924), huile sur toile, 62 × 46 cm. Collection particulière.
Photo: A.C. Cooper (Colour) Ltd., londres Tanger, la fenêtre (1913), de James Wilson Morrice (1865-1924), huile sur toile, 62 × 46 cm. Collection particulière.

Québec — En ce printemps morne et gris, c’est à une véritable fête de la couleur et de lalumière que le Musée national des beaux-arts du Québec convie les visiteurs à l’occasion de sa grande exposition estivale consacrée à deux pionniers anglo-montréalais de l’art moderne au Canada, James Wilson Morrice (1865-1924) et John Lyman (1886-1967). Ils ont en commun d’avoir côtoyé au début du XXe siècle le peintre français Henri Matisse (1869-1954), icône avec Picasso de la modernité picturale.

 

Tous deux fils de familles fortunées ayant choisi l’exil pour fuir un milieu artistique gangrené par l’académisme, Morrice passa presque toute sa vie à l’étranger, retournant rarement au pays, tandis que Lyman vécut près de 25 ans en Europe avant de revenir s’installer à Montréal, en 1931. Morrice, qui jouissait au début du siècle dernier d’une enviable réputation en France, fréquenta Matisse à Paris avant de travailler avec lui à Tanger durant une quinzaine de semaines en 1912 et 1913. Il put ainsi observer sa technique de première main. Lyman, quant à lui, suivit durant plusieurs mois, en 1910, des cours de Matisse à Paris.

 

Fusionnant les informations éparses jusqu’ici disponibles, l’exposition Morrice et Lyman en compagnie de Matissecherche, au-delà de l’anecdote, à reconstituer avec rigueur le parcours croisé des trois artistes durant les deux premières décennies du XXe siècle. Première rétrospective d’importance consacrée à Morrice et Lyman depuis plus de 25 ans au Canada, l’exposition rassemble 131 tableaux (dont sept Matisse) provenant de collections publiques et privées, tant canadiennes qu’étrangères. Plusieurs de ces oeuvres n’avaient pas été présentées au pays depuis des décennies.

 

L’exposition, élaborée en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal et celui d’Ottawa, a été conçue, selon sa commissaire, Michèle Grandbois, comme un dialogueentre les oeuvres de trois artistes aux personnalités et aux styles bien distincts, mais complices quant à leurs convictions esthétiques, cherchant chacun à leur manière l’« art de l’équilibre, de la pureté et de la tranquillité » cher à Matisse.

 

Affinités et dissemblances

 

Leurs oeuvres se font indubitablement écho, sans jamais s’imiter. L’exposition offre à quelques reprises l’occasion de voir côte à côte des tableaux des trois peintres, permettant d’apprécier leurs affinités comme leurs dissemblances. Ainsi en est-il pour le magnifique Portrait au visage rose et bleu (1936) de Matisse, entre ceux de Blanche (1911-1912) de Morrice et de Marcelle (1935) de Lyman. L’effet est saisissant.

 

Tous trois globe-trotters épris de la lumière et de la chaleur du Sud, Matisse, Morrice et leur cadet, Lyman, entraînent le visiteur dans un voyage fascinant de Paris à Venise, de Tanger à Hammamet, en Afrique du Nord, puis encore aux Antilles, avec quand même quelques escales au Québec, auquel Morrice et surtout Lyman n’ont cessé de rester attachés. Toutes ces pérégrinations au grand soleil nous valent un flot de lumière et de coloris audacieux, plus discrets chez Morrice que chez Lyman, un foisonnement de motifs décoratifs qui constituaient souvent l’armature même du tableau. La scénographie ingénieuse de l’exposition, due à Guillaume Lord, contribue à faire émaner la lumière des tableaux eux-mêmes.

 

Les deux grandes salles de l’exposition abondent en pochades et en huiles sur toile d’un chromatisme intrigant et parfois hypnotisant, aux harmonies subtiles, par exemple cette Maison à Santiago, Cuba (1915) de Morrice, ainsi que l’extraordinaire tableau de Lyman intitulé L’avion, escorté des huit études qui l’ont précédé.

 

Accompagnée d’un imposant catalogue, Morrice et Lyman en compagnie de Matisse est une véritable oasis pour nos yeux assoiffés de lumière.


Collaborateur

Morrice et Lyman en compagnie de Matisse

Au MNBAQ, du 8 mai au 7 septembre


 
1 commentaire
  • Rose-Marie Couturier - Inscrite 9 mai 2014 10 h 07

    De la lumière, de la couleur plein la vue grâce à Lyman, Morrice et Matisse

    Cette exposition semble vraiment intéressante à voir. Amusant de voir comment trois œuvres peuvent apporter la même signification à travers la couleur, la lumière.
    Trois grands complices du siècle dernier.
    À voir, je crois.