Florence de Mèredieu, sacrée amie du Québec

Florence de Mèredieu aime réunir des opposés, naviguer, par exemple, dans le «vaste champ entre le matériel et l’immatériel». Les mélanges de Gilot lui plaisent.
Photo: François Pesant Le Devoir Florence de Mèredieu aime réunir des opposés, naviguer, par exemple, dans le «vaste champ entre le matériel et l’immatériel». Les mélanges de Gilot lui plaisent.

Elle porte un nom aux résonances sacrées. Signe du destin ? Florence de Mèredieu est aujourd’hui vénérée par le milieu de l’art. La dame, fin de la soixantaine, est un oracle apprécié depuis 1994 et la publication de son Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne.


On doit se compter bienheureux : l’illustre auteure, philosophe de formation et passionnée d’Artaud et de Borges, a maintes fois séjourné parmi nous. En 2010, elle s’est même arrêtée au 3e Impérial, centre d’artistes de Granby. Cette fois, c’est l’UQAM, une fois n’est pas coutume, qui l’invite. Maître de conférences à la Sorbonne où elle a enseigné jusqu’à tout récemment, Florence de Mèredieu est un peu l’amie du Québec.


« La première fois, c’était en 1976, dit-elle. J’étais venue pour une mission à l’UQAM sur les relations entre l’art et la technologie. C’était l’électricité, le début de l’ordinateur. Je suis revenue et je connais ici beaucoup d’amis et d’artistes. »


Son actuel séjour découle d’une affection récente pour le travail de Stéphane Gilot, sculpteur, vidéaste et dessinateur montréalais. Affection qui s’est traduite par un essai destiné au catalogue à être publié à l’occasion de l’exposition Multiversité/Métacampus de Gilot, en place à la Galerie de l’UQAM jusqu’à samedi. C’est là qu’elle y donne, en fin de matinée jeudi, une conférence sur ses expérimentations d’écriture et de réécriture inspirées de Borges, méthode qu’elle a appliquée pour son texte sur Gilot.


Elle trouve dans la création d’ici « un vieux fond » de liberté disparu d’Europe. « Ce qui m’a toujours intéressée chez les artistes québécois, c’est leur dimension de pionniers. Tout leur est possible. Et ils entreprennent souvent des oeuvres assez pharaoniques. »

 

Résonances


C’est le cas de Stéphane Gilot, que Florence de Mèredieu connaît depuis son passage à Granby. Il compose avec plusieurs des éléments qui l’animent : l’architecture, l’université et, surtout, la fiction et sa capacité à l’imbiber de réel. Lorsque l’artiste lui a demandé d’écrire sur l’installation Multiversité/Métacampus, elle a accepté, ravie. Elle voyait dans la complexité et la dimension architecturale du projet des résonances fascinantes avec l’univers de Borges. Et en particulier avec La bibliothèque de Babel, l’oeuvre fétiche de l’écrivain argentin sur laquelle de Mèredieu se penche depuis… 1972.


« C’est le 15e texte que je fais sur La bibliothèque de Babel », avoue-t-elle.


Florence de Mèredieu aime réunir des opposés, naviguer, par exemple, dans le « vaste champ entre le matériel et l’immatériel ». Les mélanges de Gilot lui plaisent. Et puis le projet s’inscrivait dans la réalité de l’UQAM, dans le conflit du milieu universitaire du Québec qu’elle a suivi, confie-t-elle, sur le site Web du Devoir. À ses yeux, l’idée qu’on trouve dans un campus « des plans d’évasion » - terme de Gilot - est un juste reflet de la vie.


« Les universitaires sont toujours en train d’essayer de s’échapper. Les événements [du printemps] ont montré cette utopie de la jeunesse, mais aussi des enseignants, à toujours vouloir le meilleur. »


La conférence de Florence de Mèredieu, intitulée « Architectures possibles et impossibles », débute à 11 h.


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Collaborateur