«Après la nuit»: un être-ensemble d’envergure

Après avoir choisi la trame musicale, Benoit Landry s’est penché sur les artistes en danse et en cirque qu’il souhaitait voir intégrer le projet. Alors en pleine pandémie, il avait l’embarras du choix et a réuni «les meilleur.e.s de leur discipline».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Après avoir choisi la trame musicale, Benoit Landry s’est penché sur les artistes en danse et en cirque qu’il souhaitait voir intégrer le projet. Alors en pleine pandémie, il avait l’embarras du choix et a réuni «les meilleur.e.s de leur discipline».

Projet d’envergure créé durant la pandémie, Après la nuit allie danse, acrobatie et musique jouée sur place. Avec 16 artistes sur scène, cette création exploite à 100 % l’espace de la Tohu ainsi que les dispositifs novateurs et, il faut le dire, assez rares de la salle. Une proposition multidisciplinaire façonnée par le comédien, musicien, chanteur et metteur en scène Benoit Landry, à qui l’on doit notamment plusieurs spectacles du Cirque Éloize. Entrevue.

En 2019, Stéphane Lavoie, directeur général de la Tohu, contactait Benoit Landry pour l’inviter à créer un spectacle sur mesure pour sa salle de spectacle. « La Tohu accueille beaucoup de spectacles qui tournent dans le monde et, souvent, la salle n’est pas utilisée à sa pleine capacité, explique Benoit Landry. Il n’y a pas beaucoup de salles comme la Tohu dans le monde, donc quand on veut s’exporter à l’international, on utilise des dispositifs simples, facilement transposables. »

C’est ainsi qu’a démarré l’aventure d’Après la nuit. Dès le départ, M. Landry souhaitait avoir de la musique sur scène, celle du groupe CHANCES, une véritable « source d’inspiration ». « Ça fait très longtemps que j’écoute ses albums. Ce sont des musiciens d’expérience qui ont travaillé avec toutes sortes de gens, qui ont un talent incroyable. Leurs chansons ont vraiment une portée forte, et je me suis toujours dit qu’il faudrait faire un spectacle dessus », raconte-t-il.

Après avoir choisi la trame musicale, Benoit Landry s’est penché sur les artistes en danse et en cirque qu’il souhaitait voir intégrer le projet. Alors en pleine pandémie, il avait l’embarras du choix et a réuni « les meilleur.e.s de leur discipline ». « Les spectacles et les tournées étant à l’arrêt, tout le monde était à Montréal. La Tohu n’avait plus de programmation non plus, donc c’était le moment idéal pour notre gros projet. On a eu la chance de pouvoir avoir des artistes de calibre international, qui ont travaillé avec de grandes compagnies. S’il y avait un star-system du cirque et de la danse, ce serait eux ! » explique avec joie celui qui a mis en scène le spectacle Serge Fiori. Seul ensemble, du Cirque Éloize.

Exploiter le lieu

 

L’idée de départ des messieurs Lavoie et Landry était donc d’exploiter au maximum la Tohu, une salle de spectacle qui regorge de possibilités, comme l’explique le metteur en scène : « La configuration circulaire à 360 degrés, c’est génial pour la musique, mais aussi pour les spectateurs. Ça crée de l’intimité, on est plus proche qu’en configuration frontale. »

Après la nuit parle directement à nos cinq sens, à nos émotions. C’est une narrativité,mais d’une autre sorte, plus abstraite.

Inaugurée en 1997 par le Cirque du Soleil, la Tohu voulait faire de Montréal une plaque tournante du cirque sur la scène internationale. Pour réaliser cette vision, l’équipe a mis en place des dispositifs techniques novateurs, et assez inédits. « À la Tohu, tu peux faire voler des humains n’importe où dans l’espace, partout au plafond. Normalement, dans les théâtres, il faut arriver et installer son propre matériel. Donc là, ça donne des possibilités immenses », ajoute Benoit Landry.

De plus, le plafond haut de 65 pieds, environ deux fois plus que dans les autres théâtres, permet l’utilisation de différents niveaux dans les airs. Enfin, il est aussi possible de faire entrer un artiste par le toit, là encore, à plusieurs endroits distincts. « C’est le fantasme de n’importe quel metteur en scène ! Ailleurs, tu peux le faire, mais généralement, c’est un seul endroit précis dans le plafond par où tu peux faire entrer quelqu’un. Là, ça permet de laisser davantage sa créativité s’exprimer. »

La multidisciplinarité comme seconde nature

 

Formé autant comme acteur que comme musicien, Benoit Landry conçoit naturellement les spectacles qu’il met en scène de façon multidisciplinaire. Théâtre, musique et corps s’arriment toujours pour ne faire qu’un. Pour Après la nuit, on retrouve donc sur scène 3 interprètes en danse, 10 acrobates et les 3 musiciens du groupe CHANCES. « Ici, la musique est au coeur du projet, c’est l’étincelle première de la pièce. La danse et les acrobaties servent ensuite de matière visuelle, de point de convergence. »

Pour créer ce nouveau spectacle, une fois les pièces de CHANCES écoutées « compulsivement pendant des mois », M. Landry a focalisé son attention sur les acrobaties aériennes, qui « prennent beaucoup de place dans le spectacle ». « C’est une partie plutôt inhabituelle et très technique. On a vraiment pris notre temps pour l’apprivoiser, accompagner les artistes là-dedans et s’habituer à tous ces systèmes », décrit-il. Au fur et à mesure, les danseurs au sol ont été intégrés à la création. « L’aérien prend tout son sens quand il y a aussi des gens au plancher. Ça nous fait mesurer la distance », ajoute-t-il. Parallèlement à cela, le metteur en scène a nourri les musiciens de la création afin qu’ils composent de nouveaux morceaux, mais aussi du matériel musical pour les transitions. En effet, l’équipe ne souhaitait pas seulement « avoir une suite de chansons déjà connues ».

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Cabaret du jugement dernier

Au pied d’un clocher, la compagnie Le Monastère fait découvrir aux spectateurs de nombreux talents de cirque. Un jury de professionnels du milieu votera pour ses oeuvres favorites, et la remise des prix aura lieu le dernier soir. Une compétition amicale à laquelle on assiste un verre à la main, au son des platines.

Le Monastère, les 7, 8, 9, 14, 15 et 16 juillet

Piste, piste, piste

La compagnie finlandaise Portmanteau invite les petits, mais aussi les plus grands, à un spectacle multidisciplinaire mêlant cirque contemporain, danse et arts visuels. À l’aide de vieux rétroprojecteurs, les artistes proposent un voyage empreint de poésie où les formes et la lumière ne font plus qu’un. Un véritable hymne à la créativité.

Portmanteau, du 14 au 17 juillet

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Pour célébrer son grand retour, le théâtre de Verdure accueillera deux spectacles du festival. Au programme, la troupe Art Move Concept fera voir une création burlesque et drôle qui s’intéresse à la routine quotidienne et aux désirs intérieurs de trois personnages. La Compagnia BluncinQue, quant à elle, plongera les spectateurs dans une oeuvre où s’enlacent théâtre, musique en direct, texte et cirque. On y parlera alors du vertige amoureux en plusieurs actes. Et c’est gratuit !

Art Move Concept, le 8 juillet,
et Compagnia BluncinQue,
le 13 juillet

Pour la gestuelle, Benoit Landry s’inspire beaucoup de ses interprètes, n’étant pas lui-même acrobate ou danseur. Un chorégraphe et plusieurs concepteurs acrobatiques ont participé à la création. « On dit que pour créer une acrobatie originale, ça prend 100 heures, explique-t-il. Alors on part beaucoup du bagage que possèdent déjà les artistes, de leur façon de bouger, de leur approche de la discipline. Ce sera toujours meilleur que de partir de zéro. Mon travail, c’est de guider les interprètes dans l’espace, leurs intentions et leur musicalité. »

Poésie et cérémonie

 

En ce qui concerne la narration, l’histoire que l’on peut déceler derrière l’oeuvre Après la nuit s’inspire du sujet des chansons de CHANCES. « Le groupe a une écriture impressionniste, je dirais, de la poésie abstraite, mais parfois, ce sont des sujets très concrets, très sociaux et politiques, comme l’inclusion ou l’égalité hommes-femmes, décrit le metteur en scène. Les propos sont aussi profondément humanistes et philosophiques. »

Cependant, Benoit Landry a voulu aller plus loin que les simples paroles des chansons. « Après la nuit parle directement à nos cinq sens, à nos émotions. C’est une narrativité, mais d’une autre sorte, plus abstraite. » En effet, il avoue lui-même n’être « pas trop friand du cirque qui raconte une histoire ». C’est pourquoi il a voulu créer « une atmosphère » plutôt qu’une narration, en plongeant dans des ressentis « plus personnels et existentiels ». Un propos qui s’inscrit bien dans la configuration 360 degrés de la Tohu. « Il y a une véritable dimension de retrouvailles, et pas seulement postpandémique. Les occasions de se voir les uns les autres sont toujours précieuses, et rares finalement. Avec la salle circulaire, en face de toi, tu vois des gens. C’est un geste poétique, je trouve, il y a un aspect cérémonial. »

Benoit Landry a aussi voulu toucher l’intimité des spectateurs, notamment à travers le titre de l’oeuvre. « On choisit davantage les gens avec qui on passe la nuit, parfois c’est avec soi-même. On va en soi, c’est un moment d’introspection, de rêve aussi. On s’offre des libertés.Après la nuit, tout le monde sort de ce voyage, certains ont passé une merveilleuse nuit, d’autres ont fait des cauchemars. Mais on se retrouve tous à la lumière. »

Après la nuit

À la Tohu, du 5 au 16 juillet



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