L’art positif et contestataire d’Obey

C’est précisément parce qu’il voulait faire de l’art accessible au plus grand nombre, et du même souffle porteur de messages, que Shepard Fairey a choisi l’art de la rue pour faire ses premières marques. 
Photo: Oliver Bernardi C’est précisément parce qu’il voulait faire de l’art accessible au plus grand nombre, et du même souffle porteur de messages, que Shepard Fairey a choisi l’art de la rue pour faire ses premières marques. 

Shepard Fairey a beau avoir fait des images qui ont servi à l’élection de Barack Obama en 2008, ça ne semble avoir altéré en rien sa liberté d’expression. Sur les murs de la galerie S16, à Westmount, où il présente une exposition solo, ses peintures et ses sérigraphies continuent de dénoncer la brutalité policière, la corruption systémique aux États-Unis, et de promouvoir la paix et la justice dans le monde.

Paix et justice, c’est précisément le titre de cette série d’une centaine d’images qui constituent l’exposition. De passage à Montréal, l’artiste de rue (street art) a aussi peint une murale, boulevard Saint-Laurent, pour la 10e édition du Festival Mural.

L’art de la rue

C’est précisément parce qu’il voulait faire de l’art accessible au plus grand nombre, et du même souffle porteur de messages, que Shepard Fairey, originaire de Californie, a choisi l’art de la rue pour faire ses premières marques. Dès ses débuts, il utilise aussi le nom Obey, qu’il donnera aussi à une ligne de vêtements.

« Obey, pour obéir, cela fait réfléchir sur les principes auxquels on obéit, mais aussi sur tout ce à quoi on obéit sans s’en rendre compte », dit-il en entrevue. Tout révolté qu’il soit, il continue de prôner que « la violence est une faiblesse ». « Je vis beaucoup de colère, mais je ne canalise pas ma colère dans mon art », dit-il.

Amateur de planche à roulettes, il utilise d’abord une image représentant le visage du lutteur André le Géant (André the Giant) pour faire sa marque. « Au début, c’était comme une blague entre amateurs de skateboard », dit-il en entrevue. « Comme un sigle que personne ne comprenait vraiment. »

Puis, il s’amuse à mettre ses autocollants dans les endroits les plus improbables, pour provoquer une réflexion. « Je voulais que les gens se disent : cette image-là n’est pas à sa place. Alors qu’est-ce qui est à sa place ici : des images de marques, des messages gouvernementaux... »

Je vis beaucoup de colère, mais je ne canalise pas ma colère dans mon art

En 2008, il dessine un portrait d’Obama sur lequel il écrit Hope (Espoir). Le futur président lui commande ensuite quelques dessins pour illustrer sa campagne. La carrière d’Obey est lancée. « Mais le premier portrait était officieux. Je ne l’avais jamais rencontré », dit-il.

L’Amérique va mal

Aujourd’hui, Shepard Fairey trouve que l’Amérique va « très mal », notamment à cause du racisme endémique et de la menace de recul du droit à l’avortement. « Le racisme était là avant, mais il était moins évident, maintenant les gens l’expriment », dit-il. S’il est en désaccord avec plusieurs politiques internationales défendues par Obama, notamment en Irak et en Afghanistan, il défend son combat pour la réforme du système de santé, par exemple.

De la candeur au sarcasme, des images de fleurs au fusil à celle des policiers promeneurs de chiens féroces, ses affiches sont toujours revendicatrices.

Pour Shepard Fairey, l’art de la rue, surtout lorsqu’il est soigné, est tout indiqué pour porter un message qui a du sens. « C’est beaucoup plus porteur que les commentaires que les gens écrivent très vite sur les réseaux sociaux. » Pour lui, cette expression libre des idées à travers l’art, si elle ne règle manifestement pas tout, a des effets thérapeutiques.

Cette exposition, Adam Vieira, propriétaire de la galerie S16 avec Carlo de Luca, l’espère depuis dix ans, puisque Shepard Fairey est l’un de ceux qui l’ont influencé en tant qu’artiste de la rue.

Depuis qu’il a fondé sa galerie, Adam Vieira, dont le nom d’artiste est Whatisadam, se concentre sur l’art dit « légal », puisque sa tête est désormais reconnaissable. 

« C’est plus facile pour voyager », dit-il. Il aime s’inspirer d’objets traditionnels québécois, comme les conserves de sirop d’érable, par exemple, pour les transformer en pop art.

Paix et justice

Une exposition de Shepard Fairey à la galerie S16 de Westmount, jusqu’au 3 juillet

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