La bibliothèque Saint-Sulpice deviendra la Maison de la chanson

Photo: Darwin Doleyres Au fil des ans, des artistes ont laissé leur trace sur les murs de Montréal dans le cadre de Mural. Pour le 10e anniversaire du festival, «Le Devoir» présente une édition tapissée d’art urbain. Sur cette photo, la Murale de l’artiste Kevin Ledo, au coin des rues Saint-Dominique et Napoléon à Montréal.

Le gouvernement Legault a finalement choisi le projet qui occupera les locaux de l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, au terme d’une saga qui s’éternise depuis près de 20 ans. La ministre de la Culture, Nathalie Roy, a en effet jeté son dévolu sur la Maison de la chanson défendue par l’animatrice Monique Giroux et le parolier Luc Plamondon, ce qui ne fait pas que des heureux.

La ministre Roy avait déjà fait connaître l’an dernier sa préférence pour le projet de Maison de la chanson, mais le financement devrait être confirmé d’ici les prochains jours, a appris Le Devoir.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Vacante depuis 2005, l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice souffre d’un manque d’entretien.

L’an dernier, Monique Giroux avait expliqué vouloir faire de ce lieu, situé au cœur du Quartier latin, un musée en hommage à la musique québécoise. L’auditorium, qui occupe le bas de l’immeuble patrimonial, garderait sa fonction en présentant des spectacles d’artistes actuels. Impossible de savoir pour l’heure combien coûtera la Maison de la chanson ni quand celle-ci ouvrira ses portes. On rapporte cependant que Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) resterait propriétaire de l’édifice classé monument historique.

Longue saga

 

Vacante depuis 2005, l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice souffre d’un manque d’entretien. L’année passée, Québec avait même dû octroyer 1,4 million à BAnQ afin de mener des travaux d’urgence sur ce bâtiment de style beaux-arts, construit en 1914 et dessiné par l’architecte Eugène Payette.

Cet aspect patrimonial, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, limite grandement les possibilités de travaux de réaménagement, ce qui a été un frein à la reconversion de l’ancienne bibliothèque tout au long de ces 17 dernières années. Récemment, entre autres, la Fondation Jean Paul Riopelle avait jonglé avec l’idée d’y aménager son futur Espace Riopelle.

1,4 million
C’est la somme qu’avait dû octroyer Québec à BAnQ l’année passée pour mener des travaux d’urgence sur ce bâtiment de style beaux-arts, construit en 1914 et dessiné par l’architecte Eugène Payette.

L’ambitieux projet aura finalement droit à un nouveau pavillon construit sur mesure au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), après que la Fondation en est venue à la conclusion que les installations de Saint-Sulpice n’étaient pas appropriées pour y organiser des expositions.

En 2016, le gouvernement Couillard avait lancé, en collaboration avec BAnQ, un projet de bibliothèque numérique visant les adolescents, mais l’idée a été abandonnée en 2020 par la ministre Nathalie Roy à cause d’importants dépassements de coûts.

Les libéraux avaient auparavant tenté de vendre l’encombrant bâtiment à des intérêts privés, mais ils étaient revenus sur leur décision face au tollé soulevé. Rappelons que l’UQAM avait acquis le bâtiment en 2005, lors de la fermeture de l’établissement devenu obsolète à la suite de l’ouverture de la Grande Bibliothèque, à quelques pas de là. Deux ans plus tard, l’Université avait elle aussi suscité la controverse en tentant de liquider l’immeuble de la rue Saint-Denis au privé. Le gouvernement avait alors repris en main la vieille bibliothèque.

Ces multiples rebondissements n’ont cependant pas découragé les potentiels acquéreurs. Outre la Maison de la chanson, les projets abondaient.

Le Festival du nouveau cinéma, notamment, avait maintes fois signifié, dans les dernières années, son intérêt pour l’ancienne bibliothèque afin d’y déménager ses bureaux et d’y ouvrir un café voué au septième art. Le directeur général du Festival, Nicolas Girard Deltruc, a exprimé sa vive déception mercredi en apprenant que c’est plutôt le projet de la Maison de la chanson qui a été retenu par le gouvernement Legault.

« Je ne comprends pas pourquoi on va octroyer des budgets à un organisme qui n’existe pas encore alors qu’un organisme qui existe depuis 50 ans, comme le nôtre, a de la difficulté à recevoir du financement. La bibliothèque Saint-Sulpice aurait dû servir au milieu du cinéma. Ç’aurait fait du Quartier latin le Quartier du cinéma, par extension au Quartier des spectacles, avec le Cineplex Odeon et la Cinémathèque à côté », a-t-il dit sur un ton désolé en entrevue au Devoir. Nicolas Girard Deltruc regrette aussi de ne pas avoir été tenu informé tout au long du processus de décision par le ministère de la Culture, qu’il accuse d’avoir travaillé en catimini dans ce dossier.

Le milieu littéraire, lui, espère toujours que l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice devienne une « maison de la littérature », sur le même modèle que celle de Québec. « C’est une bonne nouvelle pour le milieu de la musique, mais c’est sûr qu’on est un peu déçus. C’est un espace de moins pour la littérature », a déclaré Suzanne Aubry, présidente de l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec.

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