Claquettes pour tous

Lorsqu’il frappe le sol de son pied, Travis Knights convoque les siècles de tradition  de danse  à claquettes  portés par la communauté afro-américaine.
Marie-France Coallier Le Devoir Lorsqu’il frappe le sol de son pied, Travis Knights convoque les siècles de tradition de danse à claquettes portés par la communauté afro-américaine.

Lorsqu’il frappe le sol de son pied, Travis Knights convoque les siècles de tradition de danse à claquettes portés par la communauté afro-américaine. Lorsqu’il regarde au ciel, il invite ses aînés à l’encourager.

Parmi ces aînés, il y a Ethel Bruneau, celle-là même qui a enseigné les claquettes à Travis alors qu’il avait douze ans. Aujourd’hui âgée de 86 ans, Ethel Bruneau, qu’on appelait autrefois Miss Swing ou la Reine des claquettes, avait apporté à Montréal le vent de renouveau qui soufflait sur Harlem des années 1940 et 1950.

Vendredi, Ethel Bruneau assistera au spectacle Ephemeral Artifacts, que Travis Knights présente au Montréal, arts interculturels (MAI) à partir du 12 mai. « Je vais essayer de ne pas pleurer », glisse le danseur, dont on dit aujourd’hui qu’il est le meilleur danseur de claquettes du Canada. « Je suis émotif à l’idée qu’elle assiste à un de mes spectacles. Elle m’a ouvert le monde. Elle m’a enseigné la passion pour la danse. J’ai épousé une de ses anciennes élèves. Ethel Bruneau est plus que de la famille pour moi. Et cette danse est plus qu’une occupation. C’est ma vie. Elle va entendre sa voix, dans ce contexte, avec tout le respect que j’essaie de lui consacrer, en même temps que la voix de ses contemporains. »

Alliant la danse, la musique, la vidéo et les interventions sonores, Ephemeral Artifacts se veut beaucoup plus qu’une simple démonstration de claquettes. C’est un voyage dans l’histoire de ce type de danse. « Demande-toi toujours sur les épaules de qui tu es juché », interroge, en anglais, la voix d’Ethel Bruneau dans le spectacle. En d’autres termes, « de quelle culture es-tu issu ? » Plusieurs des extraits diffusés ont été enregistrés dans le cadre du balado Tap Love Tour de Travis Knights, qui fait le tour de l’histoire de la danse à claquettes en 112 épisodes.

En effet, c’est bien dans la communauté afro-américaine que la danse à claquettes s’est développée, entre autres au contact des communautés irlandaises, au XIXe siècle. Les esclaves voyaient dans cet art une façon de préserver leur culture. Depuis, le 25 mai a été consacré Journée internationale de la danse à claquettes, en souvenir de l’anniversaire de Bill « Bojangles » Robinson, un pionnier en la matière, qui a fait résonner ses claquettes à Hollywood au début du XXe siècle. Robinson a notamment contesté la pratique raciste voulant qu’un Noir devait toujours se produire avec quelqu’un d’autre, et ce quelqu’un d’autre était souvent un Blanc arborant un blackface. D’ailleurs, Fred Astaire lui-même a porté le blackface pour incarner et se moquer de Bill Robinson dans un de ses films les plus célèbres, Swing Time.

Le spectacle de Travis Knights est autant un spectacle de musique qu’un spectacle de danse. L’artiste a d’ailleurs installé un micro sous ses souliers, et utilise les répercussions du son pour créer des effets spéciaux.

Des vibrations pour les sourds

 

Ephemeral Artifacts est aussi l’occasion de mettre en œuvre une nouvelle technologie. Ce sont des ceintures et des vestes « vibrotactiles ». Initialement conçue pour les publics sourds ou malentendants, cette technologie capte les sons du spectacle et les traduit en vibrations, que la personne branchée au dispositif ressent contre son corps.

« Cette technologie a été conçue à l’Université Ryerson », à Toronto, explique David Bobier. « Je travaillais à la mise sur pied d’une chaise de théâtre pour les sourds. Alors, je voulais emporter cette technologie dans la communauté. » Cette technologie peut également être intégrée à des murs, à des tapis, ou à des oreillers, qui peuvent être utilisés par des personnes en fauteuil roulant.

Pour Travis Knights, le son est un élément extrêmement important d’un spectacle de danse à claquettes. « Les panneaux de bois sur lesquels je danse font partie de mon instrument. La richesse du bois fait toute la différence », dit-il.

D’ailleurs, la transmission des vibrations de la claquette se situe tout à fait dans l’héritage d’Ethel Bruneau, qui a aussi travaillé pour l’inclusion des enfants handicapés.

Ephemeral Artifacts, Travis Knights

Montréal, arts interculturels. Une coprésentation de Théâtre Passe-Muraille. Du 12 au 14 mai.

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