«Kooza», un retour à l'essence circassienne pour le Cirque du Soleil

Les artistes sont au rendez-vous, et, si l’on en croit les extraits de «Kooza», absolument ravis de remettre leur corps à l’épreuve.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les artistes sont au rendez-vous, et, si l’on en croit les extraits de «Kooza», absolument ravis de remettre leur corps à l’épreuve.

Cette fois, c’est vrai. L’entracte est terminé pour le Cirque du Soleil, qui revient à Montréal avec Kooza, sous le grand chapiteau bleu et blanc du Vieux-Port, après trois ans d’absence.

Mardi, le Cirque présentait trois numéros de ce spectacle d’abord conçu en 2007, et qui est, selon le nouveau président et directeur, Stéphane Lefebvre, « le plus cirque des spectacles du Cirque ».

Du cirque, on en a besoin, après avoir passé trois ans confinés loin de la magie et de l’extraordinaire. Et du merveilleux, le Cirque du Soleil en a précisément plein ses valises. Le Cirque a d’ailleurs misé ici sur un spectacle très près des arts circassiens pour renouer avec un public en mal d’arts vivants.

Ce qu’on en a vu mardi, c’est d’abord un fabuleux duo sur unicycle, sorte de pas de deux sur une seule roue, qui donne lieu à des prouesses époustouflantes. Ensuite, un numéro de sangles aériennes mettait en valeur l’extraordinaire énergie de la soliste. Enfin, un numéro de planche sautoir, où certains sauts périlleux sont effectués sur échasses, obligeait le public à retenir son souffle. Sueurs froides garanties.

Au-dessus de la scène, un groupe de musiciens et deux chanteuses semblent animer les artistes et les suivent tout au long du spectacle. Pour Stéphane Lefebvre, la réouverture du Cirque à Montréal a une valeur symbolique très forte. « Toute l’équipe est très fébrile, dit-il. C’est le sentiment de revenir à la maison. »

Un public présent

 

Et le public montréalais est au rendez-vous. Déjà, avant même la première de Kooza, 100 000 billets ont été vendus. « C’est du jamais vu », fait valoir Stéphane Lefebvre. La reprise des activités du Cirque a débuté en dehors du Québec, aux États-Unis et en Europe. Le spectacle Kurios a pris l’affiche à Toronto il y a quelques semaines.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Un fabuleux duo sur unicycle a donné lieu à des prouesses époustouflantes.

Arrivé à la tête du Cirque du Soleil en pleine tourmente l’an dernier, Stéphane Lefebvre provient du monde de la finance, lui qui a été à la multinationale CAE avant de rejoindre le Cirque. Le p.-d.g. sortant du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, a même dit que c’était son habileté à gérer la crise qui l’avait convaincu de sa capacité à prendre sa succession.

Pourtant, pour Stéphane Lefebvre, la mission du Cirque du Soleil demeure d’innover et de garder le leadership créatif. « Mais l’innovation ne survient pas seulement avec la technologie », précise-t-il. Il cite en exemple les effets créés dans le nouveau spectacle Drawn to Life, du Cirque sur Disney, présenté à Orlando.

Davantage de gestion de risque

 

Le président admet cependant qu’il faudra voir de près à la « gestion du risque », quitte à longuement tester les numéros avant de les présenter en spectacle. Il est vrai que certains spectacles du Cirque, comme R.U.N., qui a été brièvement présenté à Las Vegas, ont été des échecs et ont alors sérieusement grevé le budget de l’organisation.

Par ailleurs, il s’agit aussi maintenant de reconquérir les marchés qui ont été désertés pendant trois ans ou plus.

« C’est bien important pour nous, cette notion de nous reconnecter avec nos fans de partout », avance-t-il. Le Cirque se donne également pour mission de rester en contact avec son public entre les spectacles, pour ainsi créer une sorte « d’expérience de cirque », plus globale.

Dans le contexte de la pandémie, il n’était pas possible pour le Cirque du Soleil de présenter un spectacle entièrement nouveau à l’occasion de la réouverture du marché de Montréal. Le Cirque a cependant conclu une entente avec le Vieux-Port de Montréal pour y présenter un spectacle par année durant dix ans. « Ce que j’aimerais, c’est que pour les prochaines créations du Cirque, ce soit des spectacles dans lesquels on va innover. Et l’innovation a souvent la connotation technologique. Cela peut être technologique, mais cela peut aussi survenir dans les performances acrobatiques », dit M. Lefebvre.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mardi, le Cirque présentait trois numéros de «Kooza».

Le p.-d.g. parle aussi de créer des collectifs de créateurs de différentes disciplines, du cirque d’abord, mais aussi de la danse et de la musique. « On veut aller chercher des expertises différentes en forme d’art, mais aussi en variété d’expériences géographiques. »

Pour l’instant, Kooza, dont Jennifer Lécuyer a assumé la direction artistique, offrira aux spectateurs des numéros classiques de cirque, mais rythmés et modernisés.

Lorsque la pandémie a frappé, 44 spectacles du Cirque du Soleil étaient présentés à travers le monde. Présentement, on en compte une vingtaine en cours.

« On en a quelques-uns qui seront relancés au fil des prochaines semaines et des prochains mois. D’ici la fin de l’année, on aura pas mal repris l’ensemble des activités », dit M. Lefebvre.

Les artistes, en tous les cas, sont au rendez-vous, et, si l’on en croit les extraits de Kooza, absolument ravis de remettre leur corps à l’épreuve. « La belle surprise qu’on a eue, note Stéphane Lefebvre, c’est que les gens étaient plus prêts à revenir sur scène que ce qu’on avait prévu. […] Les artistes sont revenus de la pandémie plus en forme qu’on le croyait. »

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