Une seconde vie pour la maison de René Richard à Baie-Saint-Paul?

La maison René-Richard
Photo: Jean-François Rodrigue La maison René-Richard

La maison du peintre René Richard passe aux mains de la municipalité de Baie-Saint-Paul. « La municipalité a accepté un legs. Et elle a entrepris, cette semaine, des travaux d’urgence, même si la maison n’est pas encore officiellement la propriété de la Ville », explique en entrevue le maire, Michaël Pilote.

« C’est un lieu historique majeur. René Richard a une importance nationale. Il est hors de question de même penser à démolir cette demeure ! » explique le maire, tout en reconnaissant l’urgence d’agir pour sauver les lieux, pour les faire revivre.

« Là, on réalise des travaux qui auraient dû être faits il y a deux ans. Nous allons demander une étude technique à nos professionnels. Nous n’avons pas non plus d’inventaire du contenu de la maison. On va mettre en place un comité de gestion. Nous ne savons pas encore si nous allons céder, par la suite, l’exploitation au privé. »

Quelle protection ?

Bien qu’elle se trouve en principe sous la mainmise de l’État depuis 1981, la maison et son site n’avaient pas cessé, depuis plusieurs années, de se dégrader. Le gouvernement du Québec les avait pourtant classés quelques mois avant le décès du peintre. Ce qui n’a pas empêché l’ensemble d’être laissé à lui-même, déplore Jacques Saint-Gelais Tremblay, ancien directeur du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul et directeur du Symposium international.

À la suite de la mort de René Richard, en 1982, la demeure s’est retrouvée en pratique sous le contrôle de son neveu Paul-Hubert Cimon et de sa compagne. Les lieux ont été négligés, même si plusieurs œuvres et des traces importantes de l’histoire de l’art s’y trouvaient.

« Le ministère de la Culture possédait les outils légaux pour préserver ces biens collectifs. Il ne l’a pas fait », souligne M. Saint-Gelais Tremblay.

Ce dossier représente très bien, selon lui, ce qui se passe au Québec en matière de patrimoine : « Quand c’est le temps d’agir, on n’agit pas ! On se renvoie la balle. Pourtant, la maison René-Richard est la seule qu’il nous reste de cette importance à Baie-Saint-Paul. La seule classée ! […] Heureusement, des travaux d’urgence ont débuté mardi, grâce à la Ville. »

La municipalité peut-elle compter sur la collaboration du ministère de la Culture et des Communications (MCC) ? « Pour l’instant, la collaboration est bonne », affirme le maire.

Le MCC confirme au Devoir avoir autorisé les travaux. Il en couvre d’ailleurs la moitié des coûts. D’autres travaux d’urgence devront aussi être réalisés, toujours avec l’autorisation du ministère. En attendant, le MCC sait-il, lui, ce que contient cette maison placée sous son autorité ? « Le ministère ne dispose pas d’inventaire des biens conservés dans la maison René-Richard », a-t-on répondu au Devoir dans un courriel.

« Incohérence totale »

Après s’être beaucoup démené, avec d’autres citoyens, pour que la maison soit enfin prise en charge par les autorités, l’ex-directeur du Musée d’art contemporain parle d’une « incohérence totale ». Il a vu rouge quand il a appris que l’État dépensait des millions pour créer, non loin de là, un « Espace bleu », ce projet de lieux culturels et patrimoniaux lancés par le gouvernement Legault. « À l’heure où on dépense des millions pour créer ici un Espace bleu, dans un ancien bâtiment religieux, on n’a même pas d’argent pour s’occuper de ce qui est déjà là ! Au musée que j’ai dirigé, nous avions toutes les misères du monde à obtenir de petites subventions pour réaliser nos activités, pour payer le personnel. Et là, on nous parle de créer autre chose, à côté, à coups de millions, alors que la maison René-Richard est laissée dans cet état ! […] Tout ça révèle vraiment tout le problème du patrimoine au Québec. »

« J’ai connu René Richard », raconte encore Jacques Saint-Gelais Tremblay. « Sa maison constituait un rendez-vous culturel sans égal. Beaucoup d’artistes sont passés là. Ils y ont laissé leurs traces : Marc-Aurèle Fortin, Clarence Gagnon, plusieurs autres. Cette maison est […] un témoin unique de l’histoire des arts visuels. »

Né en 1895 dans la capitale de l’horlogerie suisse qu’est La Chaux-de-Fonds, René Richard immigre au Canada en 1909, à Cold Lake, en Alberta. Le jeune homme parcourt le pays. Il en rend compte dans une multitude de dessins. De retour en Europe pour étudier les arts, il fait la connaissance de Clarence Gagnon, qui l’encourage à revenir sur les rives du Saint-Laurent.

René Richard va s’installer à Baie-Saint-Paul, où, à compter de 1942, il réalise des œuvres qui vont du simple dessin au crayon de bois aux vastes tableaux lyriques qui invitent à le situer dans la mouvance du Groupe des sept. L’écrivaine Gabrielle Roy, une amie, s’est inspirée de lui. Il a, en retour, illustré d’estampes un de ses romans. Les œuvres de René Richard ont trouvé leur place dans nombre de musées canadiens ainsi que dans plusieurs collections privées.

À voir en vidéo