Lemieux Pilon remporte le Grand Prix du Conseil des Arts de Montréal

Victor Pilon reçoit le Grand prix du Conseil des arts de Montréal pour son oeuvre «Sisyphe»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Victor Pilon reçoit le Grand prix du Conseil des arts de Montréal pour son oeuvre «Sisyphe»

La compagnie Lemieux Pilon 4D Art remporte le Grand Prix de formule artistique du Conseil des arts de Montréal (CAM) avec la performance marathon Sisyphe saluée comme « un hommage solitaire à l’audace, à l’innovation, au talent ».

L’œuvre présentée au Stade olympique a fait pelleter à la main par Victor Pilon 50 tonnes de sable, inlassablement, pendant un mois plein, à déraison de 6 jours par semaine et 7 heures quotidiennes de labeur.

« C’était tellement inattendu ! Une performance solo d’un artiste qui déplace une montagne de sable pendant 30 jours, l’absurde qui gagne un prix, je suis subjugué », dit le lauréat interviewé au téléphone par Le Devoir après son couronnement.

Les prix du CAM sont remis depuis 36 ans pour souligner « des contributions artistiques ayant illuminé l’année ». Le CAM récompense habituellement des organismes, rarement des individus. Cette fois, avec le Grand Prix elle passe par l’un (Lemieux Pilon 4D Art) pour honorer l’autre (Victor Pilon). La sélection gratifie aussi cette année les Productions Nuits d’Afrique (Prix du Jury) et Réalisatrices Équitables (Prix du public).

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le Prix du jury a été remporté par Productions Nuits d'Afrique. Sur la photo au centre, Lamine Touré, fondateur du festival. 

Exutoire

La performance de Victor Pilon s’inspirait du mythe de Sisyphe condamné pour l’éternité à pousser une pierre au sommet d’une montagne d’où elle finit toujours par retombée. Albert Camus en a fait le symbole de la vie qui vaut la peine d’être vécu malgré les tourments et l’absurdité du destin.

M. Pilon a pensé à ce projet après la mort tragique de son conjoint, Sylvain, décédé dans un accident de voiture il y a quelques années. Sa performance hommage à son être cher n’est devenue que plus significative dans le contexte de la crise pandémique qui a fait des millions de morts dans le monde dont des milliers au Québec.

« Je pense que les gens ont pu s’identifier à Sisyphe, poursuit M. Pilon, à la quête de sens dans un monde qui a de moins en moins de repères, où le mensonge devient plus fort que la vérité. Pour beaucoup de gens qui sont venus me voir, la performance a eu un effet thérapeutique. Elle est devenue un exutoire à leur peine, à leur douleur, à leur frustration. »

Le performeur partageait de temps en temps sa simple pelle avec le public et il explique qu’une fois sur deux le spectateur choisi s’effondrait en larme. « Je n’ai jamais vécu une intimité pareille avec le public en 40 ans de carrière. Oui, il y avait quelque chose de méditatif et de conceptuel dans la démarche questionnant le métro-boulot-dodo, l’absurdité du quotidien, l’éternel recommencement. Mais au bout du compte j’allais rejoindre les gens dans le cœur ».

Le Grand Prix est accompagné d’une bourse de 30 000 $. Elle devrait en partie servir à développer un film d’art « sur le mythe de Sisyphe et la quête de sens ». La performance a été captée sur vidéo. « Je vais prendre le temps pour voir si j’ai encore quelque chose de pertinent à dire, dit Victor Pilon. J’ai 64 ans. À cet âge, il me reste peu d’années et peu de créations. Je dois faire des choses qui me tiennent à cœur. »

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