La Villa Frederick-James de Percé devient un Espace bleu

La villa Frederick-James, menacée par l’érosion du cap de Mont-Joli où elle est juchée, a été construite vers 1888 par le peintre américain Frederick-James.  
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La villa Frederick-James, menacée par l’érosion du cap de Mont-Joli où elle est juchée, a été construite vers 1888 par le peintre américain Frederick-James.  

Alors que les travaux de déménagement de la villa Frederick-James, à Percé, sont déjà entamés, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, vient d’annoncer officiellement qu’elle deviendra le nouvel Espace Bleu de la Gaspésie, aux frais de 22 millions de dollars.

Propriété de l’Université Laval depuis 2007, la villa Frederick-James, menacée par l’érosion du cap de Mont-Joli où elle est juchée, a été construite vers 1888 par le peintre américain Frederick-James. Elle a depuis abrité de nombreux artistes en résidence, ainsi qu’une école d’été de l’institution.

La ministre a annoncé que la villa serait déplacée de 19 mètres « pour assurer sa sauvegarde à long terme ». « Des travaux de restauration patrimoniale et d’agrandissement en sous-sol et de mise aux normes seront ensuite réalisés ».

La villa Frederick-James a été sélectionnée « pour son architecture emblématique, son histoire culturelle et la valeur patrimoniale du paysage du site déclaré de Percé ».

Un bâtiment extraordinaire

 

Selon le directeur du Musée de la Gaspésie, à Gaspé, Martin Roussy, « le sauvetage de cet extraordinaire bâtiment » est l’élément du projet « qui a le plus soulevé l’unanimité ». Par ailleurs, M. Roussy, qui s’était d’abord inquiété de la création de l’Espace bleu de la Gaspésie, a précisé que les choses « se sont éclaircies » depuis, au fil des « discussions évolutives ».

L’Espace bleu de la Gaspésie devrait être davantage un « pôle culturel » qu’un musée, dit-il comprendre. Son contenu fera d’ailleurs l’objet d’un « comité collaboratif », le tout de façon à ce qu’« il n’y ait pas trop de rapprochement, et qu’on ne se marche pas sur les pieds », dit M. Roussy.

Le fait que la villa Frederick-James abrite désormais un Espace bleu du gouvernement du Québec ne fait pas cependant que des heureux. Son voisin, Jean-Louis Lebreux, fondateur du Musée Le Chafaud de Percé en 1983, aurait bien aimé que la villa se transforme en un authentique musée, et y déménager ses propres pénates. À Percé, « le paysage est grandiose et sublime », dit-il, et a inspiré de grands noms de l’art, dont Georgia O’Keeffe et André Breton. Jean-Louis Lebreux ne peut pas abriter toutes les œuvres qu’il voudrait dans son musée, qui ne répond pas, d’ailleurs, aux normes muséales. Cela ne l’a pas empêché d’y présenter des œuvres de Françoise Sullivan, de Marc-Aurèle Fortin, ou de Kittie Bruneau, qui a d’ailleurs beaucoup travaillé à Percé.

Consacré à l’identité québécoise

« Si j’ai bien compris, dit Jean-Louis Lebreux, on a décidé que l’Espace bleu serait consacré à notre identité québécoise. Mais les touristes ne passent pas deux semaines à Percé. Ils vont décider d’aller à l’un ou à l’autre ».

Pour sa part Martin Roussy ajoute que l’Espace bleu ne s’occupera pas de gérer « des collections ou des archives », puisque seul un musée dûment accrédité peut le faire. Ça ne sera pas, dit-il, « un musée classique ».

Le ministère annonçait aujourd’hui que c’est la Société québécoise des infrastructures qui « a été désignée pour assurer la gestion des travaux du projet de construction et d’aménagement de l’Espace bleu de la Gaspésie ».

En octobre dernier, Radio-Canada révélait que la bâtisse de la villa Frederick-James avait été cédée gratuitement par l’Université Laval au Musée de la civilisation, qui chapeaute la mise en chantier de l’ensemble des Espaces bleus du Québec. Radio-Canada indiquait également qu’« une entente d’un peu plus de 154 000 $ a été conclue par appel d’offres avec la firme d’ingénierie CIMA +, de la région de la Capitale-Nationale, pour la conception des plans et devis ainsi que pour le suivi des travaux ».

L’Université Laval a répondu par écrit, vendredi, que « la volonté de l’Université, depuis l’acquisition en 2007, était d’assurer le maintien à long terme de la Villa Frederick-James, tout en lui consacrant une vocation ancrée dans le développement régional ».

Problèmes de financement

 

C’est le problème de financement, notamment des travaux imminents à réaliser, qui ont empêché d’autres projets de s’y concrétiser. « Ce bâtiment n’est plus la possession de l’Université Laval depuis le 28 septembre 2021, écrit Simon La Terreur, conseiller à la direction des communications de l’Université Laval. La vente de la Villa (à titre gracieux) est arrivée à point nommé. Bien que des échanges aient eu lieu et des séances d’idéations ont été réalisées avec des partenaires du milieu, aucun projet n’était sur le point de se concrétiser à court terme, notamment en raison de l’absence de financement ou de subvention spécifique à cette fin ».

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