L’art en guerre

Le soldat Taras Kompanichenko, artiste ukrainien bien connu et volontaire des Forces de défense territoriale, joue du kobza pour un mariage à un poste de contrôle à Kiev, en Ukraine.
Photo: Efrem Lukatsky Associated Press Le soldat Taras Kompanichenko, artiste ukrainien bien connu et volontaire des Forces de défense territoriale, joue du kobza pour un mariage à un poste de contrôle à Kiev, en Ukraine.

Il y a l’art de la guerre et il y a l’art en guerre. Les artistes et les travailleurs de la culture ukrainiens ont trouvé mille et une manières de s’impliquer activement dans le conflit qui ravage leur pays depuis un mois.

Les combattants. L’exemple de Volodymyr Zelensky, ancien humoriste, acteur, scénariste et réalisateur devenu président et maintenant commandant en chef de l’Ukraine en guerre, a stimulé l’engagement actif des artistes de son pays. Le danseur étoile Artyom Datsishin, qui servait au nord de Kiev, est décédé rapidement. Le peintre Volo Bevza, dont l’exposition en cours dans la capitale a été annulée au début de la guerre, a transformé son atelier en centre de fabrication de « hérissons » antitanks, où s’activent d’autres soudeurs comme lui.

Les créateurs. Des artistes continuent de créer en signe de protestation. Le rappeur Stepan Burban a enregistré des chansons engagées et enragées où il souhaite aux Russes d’« aller en enfer ». La nuit où les missiles sont tombés au centre de sa ville de Kharkiv, détruisant le théâtre, l’opéra et la principale place municipale, Olia Fedorova a diffusé en ligne un concert de musique ukrainienne du bunker où elle avait trouvé refuge en compagnie d’amis. « Je veux montrer que nous sommes fiers, que nous gardons le moral, que nous n’abandonnons pas et ne perdons jamais espoir », a-t-elle ensuite expliqué au magazine The Art Newspaper. La photographe Julia Po et l’artiste Elizaveta Litovka utilisent les médias sociaux pour diffuser des journaux de guerre imagés en direct de Kiev. L’écrivaine Yevgenia Belorusets publie des textes quotidiens sur la plateforme de l’éditeur Isolarii et sur le site Artforum.

Les protecteurs. L’art, la culture et le patrimoine du pays sont aussi directement menacés par la guerre. Les destructions de lieux culturels majeurs ont commencé, dont celle du théâtre régional d’art dramatique de Donetsk, à Marioupol, où s’étaient abrités des centaines de civils. Les travailleurs de la culture ont lancé des opérations de protection des monuments, des institutions et des collections partout sur le territoire. Des œuvres de Maria Primatchenko ont été sauvées des flammes après la destruction du musée Ivankiv, au nord de Kiev, mais environ 25 de ses toiles seraient perdues à jamais. Certaines des pièces les plus précieuses des collections du pays appartiennent en fait au patrimoine de la Russie voisine, laquelle les menace maintenant directement avec ses missiles et ses bombes.

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