Un carrefour de collaboration artistique en francophonie canadienne

André Lavoie
Collaboration spéciale
Malgré les embûches et les passages à vide, les artistes et les travailleurs culturels ont vu le potentiel des nouvelles façons de faire pendant la pandémie. 
Photo: Getty Images Malgré les embûches et les passages à vide, les artistes et les travailleurs culturels ont vu le potentiel des nouvelles façons de faire pendant la pandémie. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

À quelque chose malheur est bon, même lorsque celui-ci ressemble à une pandémie mondiale, car elle a forcé un temps d’arrêt et de réflexion. Les créateurs de tous les domaines artistiques ont été touchés — et peut-être même plus que les autres.

Pour la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), ce fut l’occasion de poursuivre son travail de défense et de mise en valeur des arts et de la culture au sein de la francophonie canadienne, dispersée d’un bout à l’autre du pays. De Vancouver à Moncton en passant par Québec et Winnipeg, les réalités quotidiennes, de même que les contextes de production, ne sont pas les mêmes.

Avant la tenue du Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes en juin 2021 sous l’impulsion de Sonia Lebel, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne du gouvernement Legault, la FCCF et le Conseil québécois du théâtre avaient décidé de… mettre la table. En effet, avec la Table sur l’avenir des arts (TADA !), et alors que la morosité s’installait du fait de la COVID-19, le moment était propice pour stimuler les échanges et aboutir à des propositions concrètes. Ce fut chose faite avec l’instauration de l’accélérateur TADA !

L’expérience d’une pièce de théâtre en présentiel ne peut se substituer à une représentation en numérique. Mais il y a des modèles qui commencent à dater, et qui méritent un nouveau souffle.

 

« Plus de 100 participants à nos 4 chantiers avaient manifesté le désir profond de collaborer davantage, se souvient Marie-Christine Morin, directrice générale de la FCCF. L’accélérateur TADA ! va faire en sorte que ces idées soient assez structurées pour être financées par toutes sortes de canaux. L’appui ou l’accompagnement que l’on va offrir permettra à ces projets de voir le jour. » Bref, passer de la parole aux actes.

Ce type d’initiatives n’est pas nouveau, mais dans le contexte géographique et politique canadien, il impose plusieurs défis, dont ceux impliquant la diffusion et le déplacement des œuvres, la révision du statut de l’artiste, les pratiques écoresponsables, les rapports avec les peuples autochtones et, bien sûr, la question du numérique. Cette présence de plus en plus grande vient avec son lot de paradoxes, selon Sven Buridans, gestionnaire de projet.

« Avant la pandémie, on savait que le virage numérique rapproche et isole à la fois, dit celui qui vient tout juste d’être embauché pour mettre l’accélérateur TADA ! sur les rails. C’est d’autant plus important de réfléchir à sa portée en termes d’organisation et de ressources, car le numérique ne remplacera pas tout. L’expérience d’une pièce de théâtre en présentiel ne peut se substituer à une représentation en numérique. Mais il y a des modèles qui commencent à dater, et qui méritent un nouveau souffle. »

Une impulsion québécoise

 

Certains diront que la francophonie canadienne a également besoin d’un nouvel élan. Pourrait-il venir du Québec, dont les velléités d’indépendance ont longtemps effrayé les communautés des autres provinces ? Les choses ont beaucoup changé, tout comme les discours, et le gouvernement de François Legault prend une autre tangente, incarnée par les initiatives de la ministre Lebel.

Sa nouvelle politique se fait attendre, mais selon Marie-Christine Morin, « les travaux de TADA ! et de l’accélérateur TADA ! s’inscrivent en droite ligne dans la réflexion de Québec sur ses relations avec les autres francophonies : on veut à la fois s’ouvrir et se rapprocher. La FCCF sent très bien cette volonté ». Elle s’exprime d’ailleurs concrètement avec le soutien financier du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes pour l’accélérateur TADA !

Cette volonté est également palpable chez les artistes et les travailleurs culturels qui, malgré les embûches et les passages à vide, ont vu aussi le potentiel des nouvelles façons de faire pendant la pandémie. « Une grande curiosité a émergé pour toutes sortes de contenus, souligne la directrice générale de la FCCF. Tout à coup, on avait accès à tout ce qui se passait dans la francophonie ; il y a eu des découvertes, et on a tout intérêt à mettre à profit ce désir de rencontres, de même que cet intérêt de la part de différents publics. »

L’accélérateur TADA ! en est à ses balbutiements, et Sven Buridans affiche plusieurs ambitions pour ce carrefour d’idées, de réseautage et d’influences. « Il y a tellement à faire ! conclut-il. J’espère que les bons outils seront choisis pour nourrir le dialogue entre les organismes et favoriser des élans de cocréation. On aura des modèles et des exemples qui feront boule de neige. »

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