«Barbaque»: Carnage de végane

Vincent et Sophie, propriétaires d’une boucherie de quartier, ce sont un peu Bonnie et Clyde en plus «trash», parachutés dans une société polarisée par des enjeux non pas économiques, mais culturels. 
Photo: Photos Cinéfrance Studios Vincent et Sophie, propriétaires d’une boucherie de quartier, ce sont un peu Bonnie et Clyde en plus «trash», parachutés dans une société polarisée par des enjeux non pas économiques, mais culturels. 

Pour apprécier cette fiction, il faut avoir en tête une France fière de sa gastronomie. Une France capable d’enflammer un débat sur la manière de s’alimenter. Il faut aussi avoir un penchant pour le grotesque. Dans cette histoire d’un couple de bouchers prêts à tout pour défendre leur métier, il y a du sang, des corps démembrés, du cannibalisme…

Mais attention, Barbaque est une comédie et c’est sur le ton de la caricature que ça se déroule. C’est drôle — sans doute davantage à Paris —, c’est coloré, c’est exagéré. Le réalisateur Fabrice Éboué, dont Barbaque est le quatrième long métrage, est humoriste avant tout. Son style imagé, sa touche effrontée, qui n’a pas peur de frôler l’inacceptable, et son sens de la répartie lui servent aussi comme scénariste (ici, avec Vincent Solignac) et comme acteur (ici, dans le premier rôle).

Vincent et Sophie, propriétaires d’une boucherie de quartier, ce sont un peu Bonnie et Clyde en plus trash, parachutés dans une société polarisée par des enjeux non pas économiques, mais culturels. Ils ne braquent pas des banques, mais s’attaquent au mouvement végane. Leurs principales cibles : les militants les plus extrêmes qui vandalisent les boucheries et traitent leurs propriétaires d’assassins. Si on ne voit pas ça au Québec, le terrorisme anti-viande existe en France.

Le couple tombe dans l’illégalité par accident, par naïveté. C’est la soif de vengeance qui les motive, mais aussi, il faut le dire, le succès populaire. Les victimes se vendent très bien au kilo, tant qu’on les présente comme de l’inusité « porc d’Iran » et non comme des pièces (de) véganes.

Il y a dans ce Barbaque (un terme familier pour parler de la viande, pour ceux qui se le demandent) des relents d’Orange mécanique ou de C’est arrivé près de chez vous, en ce qui a trait à la violence et à l’insolence du geste. Or, le fil comique, comme chez les frères Coen (Fargo), permet de faire passer la pilule d’horreur. Barbaque se veut grand public, rassembleur, plutôt que brûlot provocateur.

Il s’agit d’ailleurs d’une comédie « romantique ». À la crise sociale, Éboué ajoute la crise de couple. Le parallèle est parfois malhabile (après la déviance en boucherie, l’adultère), parfois plus heureux, lorsque sont mis en scène la sensualité, le plaisir de la chair ou des parties érogènes.

Sophie (Marina Foïs, parfaitement terrifiante et insensible), qui raffole des histoires de tueurs en série qu’elle consomme à la télé, est le pendant de son mari. Elle réfléchit et observe, il est l’instinctif, le bourreau. Il a tout de même une éthique de travail : il ne touche ni aux femmes ni aux enfants.

Si le propos ne fait pas de doute — la viande fait partie du patrimoine français —, le cinéaste ouvre la porte à l’idée que l’on pourrait manger autrement. En évoquant la complexité à préparer un repas (mémorable scène autour de la table) ou le dérapage cannibale (la séquence de la chasse, autre réussite), il jongle, habile, avec le plus réaliste et le plus farfelu des horizons.

Barbaque

★★★

Comédie romantique de Fabrice Éboué. Avec Fabrice Éboué, Marina Foïs, Jean-François Cayrey, Virginie Hocq, Stéphane Soo Mongo, Victor Meutelet, Lisa Do Couto Teixeira, Christophe Hondelatte, France, 2021, 92 minutes.

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