Déconfiner mollo les théâtres: les réactions du milieu sont mitigées

Les salles de spectacles rouvrent à 50% à partir du 7 février.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les salles de spectacles rouvrent à 50% à partir du 7 février.

C’est après les restaurants, des lieux pourtant plus risqués pour la contagion, que les théâtres pourront rouvrir, à 50 % de leur jauge, à partir du lundi 7 février prochain. Le premier ministre François Legault a annoncé en une seule phrase mardi la réouverture des « salles de spectacle, des cinémas et des centres pour parties de hockey », tout en rappelant le mot d’ordre de cette série d’assouplissements : y aller mollo. Aller au théâtre, donc, mais y aller mollo. Les réactions des milieux artistiques, pour la première fois à l’annonce d’une réouverture, ont été très mitigées, très « mollo », elles aussi.

« Il n’y a pas beaucoup de cas dans les salles de spectacle et de cinéma, ça on le sait », a admis le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, en conférence de presse. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a nuancé : « Les principales annonces [de réouverture] pour le 31 janvier sont [pour] de petits rassemblements — à la maison, au restaurant, de petites équipes de sport. Alors que ce qu’on annonce pour le 7 février, c’est beaucoup plus des plus grands rassemblements. On y va de façon graduelle, pour voir les petits contacts comment ça réagit. »

Le passeport vaccinal

 

Les salles de spectacle pourront donc accueillir jusqu’à 500 spectateurs assis, selon les informations transmises par le ministère de la Culture aux organismes culturels hier, et que Le Devoir a obtenues. La présentation du passeport vaccinal (deux doses) et le port du couvre-visage en tout temps demeurent obligatoires. Les entractes sont interdits. Les événements extérieurs seront permis à partir du 7 février, avec un port du couvre-visage recommandé, mais pas obligatoire.

Une nouvelle souplesse est accordée aux diffuseurs : la permission d’évaluer eux-mêmes la distance sécuritaire entre les bulles de spectateurs — soit un mètre, un siège, une rangée. Cette souplesse est issue d’une demande directe du milieu, a appris Le Devoir. La mesure d’aide à la billetterie se poursuivra du 7 février au 31 mars, pour financièrement pallier les billets invendus. Les théâtres auront aussi, pendant un mois, le choix d’ouvrir ou non, tout en pouvant se prévaloir de cette mesure dès qu’ils accueilleront des spectateurs.

Les concessions alimentaires seront permises, mais avec le port du masque en tout temps, et sans vente d’alcool. Les soupers spectacles peuvent avoir lieu s’ils suivent les mesures sanitaires des restaurants. Les loisirs culturels, qui nourrissent bien des artistes également profs ou animateurs, pourront reprendre le 31 janvier, pour les enfants seulement. Les sorties scolaires seront autorisées dès l’ouverture des salles ; il n’était pas précisé si le public scolaire devra respecter aussi la jauge à 50 %.

Le regroupement de diffuseurs professionnels de spectacles Rideau s’est dit soulagé que la fermeture ait duré moins longtemps que l’an dernier. « On a une déception de ne pas ouvrir à pleine jauge », a précisé la directrice générale, Julie-Anne Richard. « Certains spectacles complets vont être annulés, parce que les ressources humaines sont épuisées et ne veulent plus déplacer des spectateurs pour faire des salles à 50 %. »

Rideau est-il satisfait de la prévisibilité de cette annonce ? « Non, tranche la directrice, la Santé publique ne répond pas à nos besoins. On les presse de nous revenir avec un plan de déconfinement. En ce moment, un diffuseur qui a un spectacle le 7 mars avec 700 billets vendus ne sait pas s’il doit l’annuler ou non ; ou s’il doit l’annuler pour la moitié des spectateurs. Il ne sait pas quoi faire. Il nous faut savoir combien de temps on va rester à demi-jauge, et quand on va peut-être passer à une pleine salle. »

On a une déception de ne pas ouvrir à pleine jauge

 

Si l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) est heureuse de retrouver le public, et salue le délai de quatre semaines permis pour bénéficier de la Mesure d’aide à la billetterie, elle espérait également « davantage de prévisibilité. Et savoir quand on va pouvoir revenir à une jauge pleine. » Une des questions vitales pour les membres de l’ADISQ, comme le précisait la directrice générale, Eve Paré, c’est « la possibilité de tenir des concerts où les spectateurs sont debout. C’est essentiel pour notre milieu. » Cette question est encore en suspens.

La prochaine vague

 

Le Conseil québécois du théâtre n’arrivait pas à se réjouir hier. « Quand on demande de la prévisibilité, c’est qu’on a besoin de plus qu’une date de réouverture lancée à quatre semaines d’avance, réagissait la coprésidente, Rachel Morse. On a besoin de savoir ce qu’on va faire à la prochaine vague — parce qu’il va y en avoir une. Et comment on voit et envisage la suite des choses. »

Celle qui est aussi assistante à la direction artistique et générale du théâtre Aux écuries affirme, certes, que cette réouverture est bienvenue. « Mais ce n’est que le premier pas. Il faut que ce soit suivi d’actions concrètes. Le milieu est complètement épuisé, défait, poursuit Mme Morse. On a senti la ministre plus présente depuis la semaine dernière. On a besoin que cette communication-là demeure. Et on a besoin du fameux plan de la ministre Nathalie Roy pour la sortie de la pandémie. Elle nous dit qu’il est en préparation, mais on ne sait pas du tout de quoi il est fait. »

À demi-salle

 

Aux Théâtres associés, on saluait la réouverture, déplorant toutefois l’obligation de ne jouer qu’à demi-salle, comme le mentionnait le président, Marc-Antoine Malo. 

La danse, elle, « se réjouit de pouvoir se remettre sur scène ; les arts vivants doivent demeurer vivants », ainsi que le répétait la directrice générale du Regroupement québécois de la danse, Nadine Medawar.

« On ne sait pas encore pour la suite des choses — quand est-ce qu’on pourra ouvrir à 100 % ? — , mais on a l’impression que nos messages ont été reçus. Maintenant, on devrait tous dans le secteur culturel voir comment donner vie aux spectacles qui ont été annulés, comment la solidarité peut faire une place à ces spectacles-là, qui n’ont pas été vus. »

L’Association des propriétaires de cinémas du Québec (APCQ) a fait part de son contentement seulement par voie de communiqué. « Le comité de relance du cinéma au Québec, qui réunit les propriétaires de salles, les producteurs et les distributeurs, est à l’œuvre pour planifier la programmation sur grand écran », a-t-elle précisé.

Le théâtre et le cinéma, ces divertissements

Le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, a précisé hier que les assouplissements se faisaient dans cet ordre, restaurants d’abord, pour répondre à « la question de la socialisation nécessaire à la santé mentale, en permettant des rassemblements avec les familles, les amis, les voisins. À partir du 7 février, c’est du divertissement. Ça veut pas dire qu’on socialise pas quand on va au théâtre, mais c’est d’autre nature. »

 

Pour Rachel Morse, du Conseil québécois du théâtre, ces propos sont « fâchants . Dans une conférence de presse sur la réouverture des salles, dire que le théâtre, c’est du divertissement… Honnêtement, on la sait maintenant, la vision des arts de la CAQ. On ne peut pas s’attendre à autre chose. Après ce qu’on vient de vivre, après ces mois-là, tous les shows annulés, le milieu épuisé, ça nous prend une réelle réflexion sur la place de la culture dans la société. C’est pas la CAQ qui va nous offrir ça », estime la coprésidente.



À voir en vidéo