Les anciens couvents, ces indésirables

Marc Vaillancourt a acheté l’ancien couvent de Saint-Ours en 2004 pour préserver son cachet unique, mais il rêve aujourd’hui de trouver quelqu’un qui partage sa conviction pour lui passer le flambeau.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Marc Vaillancourt a acheté l’ancien couvent de Saint-Ours en 2004 pour préserver son cachet unique, mais il rêve aujourd’hui de trouver quelqu’un qui partage sa conviction pour lui passer le flambeau.

Lieu de tournage de plusieurs films québécois, l’ancien couvent de Saint-Ours est en vente depuis deux ans et demi, et pourrait le rester longtemps. Car même s’il suscite l’envie des défenseurs du patrimoine religieux avec son cachet unique, les acheteurs potentiels ne se bousculent pas au portillon. Trop grands, trop chers, trop vieux, les couvents à l’extérieur des grandes villes peinent à trouver une nouvelle vocation.

« Il y a un entrepreneur qui m’a déjà dit que ce serait mieux de mettre la pelle que de l’acheter, et je le crois. Ça pourrait faire une belle résidence pour personnes âgées, mais ce serait un gros investissement de mettre des gicleurs et d’équiper le bâtiment de sorties de secours pour répondre aux normes », se désole Marc Vaillancourt, le propriétaire de l’ancien couvent de Saint-Ours.

Cet immense immeuble de quatre étages construit en 1897 aux abords de la rivière Richelieu, près de Sorel-Tracy, est connu pour avoir servi au tournage de La passion d’Augustine, sacré meil-leur film au Gala du cinéma québécois en 2016. Dernièrement, on a pu aussi le voir dans le Club Vinland, et des discussions sont en cours pour un nouveau tournage plus tard cette année.

Presque entièrement préservé avec sa vingtaine de chambres, son mobilier d’antan et sa vieille chapelle, l’ex-couvent des Sœurs de la Présentation est évidemment tout indiqué pour recréer des scènes d’époque. Cette esthétique, Marc Vaillancourt y tient, lui qui a acquis l’édifice en 2004 pour en faire sa résidence secondaire, de peur qu’un promoteur le dénature au nom de la modernité.

Il rêve encore de trouver quelqu’un qui partage sa conviction pour lui passer le flambeau. « Ça prendrait trois-quatre investisseurs qui se mettent ensemble pour se le diviser. Ils pourraient garder une partie ouverte au public, parce qu’en réalité le patrimoine religieux, ça appartient au Québec. On n’a pas de châteaux comme en Europe, mais c’est important d’essayer de préserver le peu qu’on a », insiste ce vétérinaire de 77 ans en semi-retraite.

À son âge, l’entretien devient de plus en plus un fardeau, mais Marc Vaillancourt dit être prêt à attendre encore avant de trouver la perle rare.

Pas de besoins

À près de 2,5 millions de dollars, le maire de Saint-Ours, Sylvain Dupuis, doute cependant que l’ancien couvent trouve preneur à ce prix. Chose certaine, la Ville n’a pas l’intention de s’en porter acquéreur, même si elle tient à ce que l’on préserve ce joyau.

« Ce serait une méchante cicatrice dans notre paysage si ce bâtiment venait à disparaître, d’autant plus qu’une partie des gens à Saint-Ours y sont allés à l’école et y sont donc attachés. Mais la Ville ne peut pas tout acheter. On n’a pas de besoins, on est déjà amplement desservi par nos installations municipales actuelles », explique le premier magistrat de cette communauté d’à peine 1600 âmes.

Le cas de Saint-Ours n’est pas unique. En dehors des grandes villes, on a toutes les difficultés du monde à donner une seconde vie aux couvents une fois que les communautés religieuses s’en départent. Dans les milieux urbains, c’est une tout autre histoire, les anciens couvents étant souvent transformés en condos ou en logements abordables.

« En région, la sauvegarde du patrimoine passe par les petits bâtiments. Les gros bâtiments, comme les couvents ou les églises, c’est beaucoup plus difficile, à moins d’un projet vraiment spécial. Dans un couvent de 40 chambres, tu ne peux pas faire une auberge d’une dizaine de chambres », illustre Olivier Maurice, un courtier immobilier qui se spécialise dans la revente de patrimoine religieux.

Le problème, c’est que tout le monde veut sauver le patrimoine, mais personne ne veut y mettre l’argent.

 

M. Maurice soutient que l’on doit se résoudre à ne pas pouvoir tout sauver. Trop souvent, dit-il, des municipalités achètent à moindre coût leur patrimoine religieux avec l’espoir de le sauvegarder, en vain.

« Il y a des municipalités qui attendent que la valeur chute pour racheter leur église à une somme symbolique. Sauf que s’il n’y a pas d’autre fonction à donner à l’immeuble, on n’est pas plus avancé. On va mettre du plywood dans les fenêtres, la bâtisse va rester vide pendant des années, et ça va dépérir. Le problème, c’est que tout le monde veut sauver le patrimoine, mais personne ne veut y mettre l’argent », laisse-t-il tomber.

À vendre depuis 10 ans

Au couvent de Lac-au-Saumon, dans la vallée de la Matapédia, on espère encore que quelqu’un voudra mettre la main à la poche pour reprendre cet imposant bâtiment construit au début des années 1940. La congrégation des Servantes de Notre-Dame-Reine-du-Clergé cherche par tous les moyens à vendre son couvent depuis une dizaine d’années, quand l’endroit a commencé à devenir beaucoup trop vaste pour ce à quoi il servait. De 250 religieuses dans les belles années, il n’en reste aujourd’hui plus que 25, et la moyenne d’âge frise les 90 ans.

« Ce qu’on veut, c’est que ça ait une pérennité. On ne veut pas vendre et voir dans deux ans que le projet n’a pas fonctionné et que le couvent est obligé de fermer ses portes. C’est sûr qu’on aimerait qu’il y ait des soins pour poursuivre notre mission, mais on est aussi ouvertes à tout projet commercial qui soit conforme à nos valeurs », précise sœur Chantal Blouin, l’économe générale de la congrégation, qui demande 3,7 millions pour le bâtiment.

Les religieuses y voient leur dernière chance, elles qui étaient prêtes à ce que leur couvent passe sous le pic des démolisseurs le mois dernier, avant que de nouveaux courtiers relancent le processus.

À Saint-Ours, on espère ne pas se rendre jusque-là, mais qui peut le garantir ?

À voir en vidéo