Confusion sur la légalité des répétitions de spectacle

Les organismes artistiques n’ont pas tous la même interprétation des restrictions sanitaires. Ici, une répétition avec les danseurs Maude Sabourin et James Lyttle.
Photo: Alice Cliche Archives Le Devoir Les organismes artistiques n’ont pas tous la même interprétation des restrictions sanitaires. Ici, une répétition avec les danseurs Maude Sabourin et James Lyttle.

La fermeture complète des salles de spectacle, annoncée par Québec le 20 décembre dernier, a créé une confusion sur la possibilité de poursuivre les répétitions pour les artistes professionnels. Que ce soit sur les scènes des théâtres délaissés par le public ou dans des salles louées à cette fin, des organismes artistiques n’avaient toujours pas reçu mercredi les mêmes consignes d’interprétation des dernières restrictions sanitaires pour la culture. Pourtant, toutes les répétitions, essentielles au travail des arts vivants, sont permises, comme l’a confirmé le cabinet de la ministre de la Culture au Devoir.

Le Conseil québécois de la musique (CQM), qui représente plus de 9500 musiciens et travailleurs culturels, a envoyé le 4 janvier une lettre d’information à ses membres rappelant que « les salles de spectacle sont fermées pour toutes activités pour une durée indéterminée ».

« Il n’est pas possible d’y tenir des répétitions ou d’y faire des captations. Le CQM a déjà avisé le [ministère de la Culture] de cette incohérence et espère un rapide revirement de la situation », peut-on y lire. De plus, le CQM rappelait dans la foulée que « les répétitions ne peuvent […] avoir lieu dans une résidence privée, et ce, même si des espaces y sont aménagés à cette fin et isolés du reste de la maison, à moins de ne réunir que deux personnes seules ».

Cette information avait été transmise au CQM par le ministère de la Culture (MCC) le 23 décembre, a indiqué au Devoir Dominic Trudel, directeur général. Le Conseil québécois du théâtre, pour sa part, s’est fait dire de son côté que les répétitions sont permises à ce stade de la pandémie.

Qu’est-ce qu’une activité ?

« Nous avons une adresse courriel que nous pouvons utiliser pour des questions en attendant que les sites gouvernementaux soient mis à jour, précise M. Trudel. J’ai soulevé l’incohérence au MCC. Comment peut-on poursuivre les répétitions et les captations si les salles ne sont pas accessibles ? »

Dans le Tableau récapitulatif des ouvertures ou des suspensions des activités du milieu culturel en période de COVID-19, mis à jour le 21 décembre, outil principal de compréhension produit par le MCC, on ne trouve pas un mot sur les répétitions. La section « Arts de la scène – événements et spectacles intérieurs » est ce qui s’en rapproche le plus. On y lit la mention « Activités suspendues », en lettres grasses à l’encre rouge.

La confusion n’est pas levée davantage par le site gouvernemental « Liste des secteurs économiques visés par un ordre de fermeture (COVID-19) ». On y lit qu’« aucune personne ne peut se trouver dans une salle louée, sauf dans les cas suivants : pour une production, un tournage audiovisuel ou pour la captation de spectacle (sans public) ».

Or, selon le vocabulaire propre au milieu artistique, et longtemps utilisé par le Conseil des arts et des lettres du Québec, la production qualifie le travail qui mène une œuvre à sa diffusion, soit les derniers moments avant sa rencontre avec le public ; elle se distingue ainsi, toujours dans le langage des arts, de la création.

Au cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, on confirme qu’il n’a jamais été question de mettre un holà aux répétitions. « Les productions sont toujours permises, que ce soit pour une répétition ou une représentation ou captation sans public », a précisé l’attachée de presse de la ministre, Elizabeth Lemay. « S’il y a eu des refus de location, il s’agit d’une mauvaise interprétation de la loi. Nous sommes en communication avec nos partenaires afin de nous assurer que les artistes puissent poursuivre leurs activités professionnelles. »

Questions pourtant prévisibles

Dominic Trudel, directeur général du CQM, ne cache pas son exaspération ni sa lassitude. « On vit actuellement la répétition d’un événement qui s’est déjà produit : la fermeture des salles, le couvre-feu, on a déjà tout fait ça l’an dernier. Et ç’avait provoqué toute une liste de questions de la part du milieu, qui ont été résolues au fil des derniers mois. Mais soudain, on n’a plus de réponses. » Le CMQ estime qu’il lui faut entre trois et huit jours pour obtenir une réponse du ministère à des questions essentielles sur la pratique du métier de musicien. « Je ne comprends pas que personne au MCC n’ait prévu le coup et préparé d’avance les réponses aux questions qu’on a posées l’an dernier, et qu’on a encore. On a déjà pratiqué ça, il me semble qu’on devrait être meilleur », poursuit le directeur.

« Combien de personnes au maximum peuvent répéter dans une même salle ? Est-ce qu’on peut capter une œuvre d’un orchestre symphonique dans une église — pour les captations, c’est 250 personnes au maximum, mais dans les églises, c’est 25 personnes seulement. Alors, est-ce le lieu ou l’activité qui prévaut ? Qu’est-ce qui se passe avec les cours de musique à domicile ? Est-ce que les enseignants peuvent aller dans les maisons privées ? » donne-t-il comme exemples de ses questions pendantes.

Aucune date potentielle de réouverture des salles de spectacle n’a été avancée publiquement. Les organismes consultés par Le Devoir ne s’attendent pas à une relance avant février, au mieux. « On nous dit que ce ne sera pas avant la réouverture des écoles, donc notre nouvelle date repère est le 17 janvier », a écrit anonymement un intervenant. « On nous dit qu’au moment de l’annonce de la date d’ouverture, nous disposerons d’un mois de grâce pour ouvrir à notre rythme, avec la mesure d’aide à la diffusion de spectacles. »

Fermer, rouvrir, et refermer théâtres et cinémas

15 mars 2020 Fermeture complète des salles de spectacle et des cinémas. Confinement.

1er juin 2020 Réouverture des salles de spectacle pour les répétitions et les captations seulement.

22 juin 2020 Après 14 semaines de fermeture aux spectateurs, les spectacles sont permis, avec 50 personnes au maximum, à 2 mètres de distance dans les halls et les corridors, à 1,5 mètre de distance assis en salle. Le port du masque est recommandé, mais pas obligatoire.

1er octobre 2020 Fermeture des salles de spectacle dans les zones rouges. La fermeture est annoncée d’abord jusqu’au 28 octobre.

9 janvier 2021 Couvre-feu de 20 h à 5 h.

26 février 2021 Après 21 semaines de fermeture aux spectateurs, réouverture des salles en zone orange. 250 personnes au maximum, des places assignées, sans distanciation, port du masque obligatoire, sauf pour boire et manger.

26 mars 2021 Après 25 semaines de fermeture aux spectateurs, réouverture des salles en zone rouge.

28 mai 2021 Levée du couvre-feu. Possibilité d’accueillir 2500 personnes en intérieur, par zones de 250.

14 juin 2021 Distanciation à 1,5 m, le masque peut être retiré une fois qu’une personne est assise en zone jaune.

17 juin 2021 Possibilité d’accueillir 3500 spectateurs.

28 juin 2021 Avec des sièges assignés, la distanciation passe à 1,5 m (latéralement aussi, impliquant une reconfiguration des plans de salle et des billetteries) pour augmenter le nombre de spectateurs.

1er septembre 2021 Imposition du passeport vaccinal.

8 octobre 2021 Fin de la distanciation, jauge complète possible pour les théâtres. Retour du port du masque obligatoire.

20 décembre 2021 Fermeture des salles de spectacle. Pas d’annonce de date de réouverture prévue.



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