Naviguer à vue avec l’aide financière

Comme les spectateurs ne sont pas tous au rendez-vous, les grandes salles sont difficiles à remplir.
Photo: iStock Comme les spectateurs ne sont pas tous au rendez-vous, les grandes salles sont difficiles à remplir.

Les mesures d’aide pour compenser les pertes de billetterie et les représentations déficitaires des salles de spectacle pendant la pandémie ont finalement été clarifiées. Ces aides du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) sont désormais assurées jusqu’au 31 décembre prochain. Des améliorations permettent même de hausser certains plafonds financiers. Une clarification qui était nécessaire au milieu du spectacle.

L’annonce, vendredi, est venue effacer la confusion qui minait les mesures d’aide. Une confusion qui rendait très risqué le montage financier des spectacles programmés à partir du 15 novembre. Maintenant, c’est un peu mieux : les salles peuvent programmer jusqu’à la fin de l’année, puisqu’il est assuré que les aides iront jusque-là. Mais cet horizon reste celui de la navigation à vue plutôt que celui du moyen terme qu’aurait souhaité le monde du spectacle ; un monde où le délai le plus court pour louer une salle, engager un artiste et vendre des billets est de deux mois.

À la SODEC, l’Aide temporaire à la représentation de spectacles de musique et de variétés fait ainsi passer le montant maximum d’indemnisation pour les représentations d’un même spectacle de 75 000 $ à 150 000 $, explique la directrice des communications, Johanne Morissette, « et le montant maximal de compensation par entreprise passe pour sa part de 400 000 $ à 800 000 $ ». L’indemnisation maximale par représentation reste la même, soit 8000 $ pour un producteur et 10 000 $ pour un producteur-diffuseur.

« La SODEC a doublé les budgets admissibles pour la période du 1er avril au 31 décembre. C’est une excellente nouvelle. Mais on s’entend sur le fait que, si on l’avait su plus tôt, on aurait pu faire tourner pas mal plus nos artistes… » a indiqué un agent du milieu musical, qui préfère taire son nom pour ne pas nuire à ses chances d’être subventionné. « Parce que, là, il ne nous reste plus grand temps ni disponibilités de salles pour faire du booking d’ici le 31 décembre… »

Le risque d’ouvrir sa salle entière

Au CALQ, les critères pour calculer la Mesure d’aide à la billetterie ont changé. « On continue à soutenir tout le monde, a expliqué Honorine Youmbissi, directrice des communications du CALQ. Mais on reconnaît qu’avec une plus grande salle viennent plus de frais. » Elle poursuit : « Les changements faits à la méthode de calcul agiront sur plusieurs fronts. Ils permettront autant de poursuivre le soutien financier accordé aux diffuseurs qui éprouvent des difficultés à vendre leurs billets que d’encourager les diffuseurs qui réussissent à vendre davantage de billets que la jauge qui était permise et de compenser les dépenses engendrées par l’exigence du passeport vaccinal. La méthode permet ainsi de reconnaître que des coûts sont rattachés à un nombre de spectateurs plus élevé. »

La compréhension fine de ces critères se complexifie. Voyez les détails : les critères sont divisés en trois paliers. Les salles qui n’arrivent pas à remplir leur jauge COVID conservent le ratio de calcul existant (multiplié par un coefficient d’aide de 75). Les salles qui vendent davantage de billets (1 de plus que la jauge COVID, jusqu’à concurrence de 110 % de cette jauge, pour les salles qui vendent entre 500 et 550 billets) ont un nouveau ratio de calcul (multiplié par un coefficient d’aide de 85). Et les grandes salles (qui vendent 1 billet de plus que 110 % de la jauge COVID, pour 551 billets vendus et plus) ont aussi un nouveau ratio, multiplié par le plus haut coefficient d’aide, qui est de 100. Le CALQ a tenu à rappeler qu’une nouvelle mesure a aussi été annoncée il y a quelques jours : une aide spéciale de 1,1 million de dollars à 65 petites salles.

Voir plus loin

L’ADISQ a accueilli ces annonces « avec satisfaction et soulagement ». Eve Paré, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, souligne que « des craintes importantes persistent pour l’hiver et le printemps prochain. Le milieu du spectacle musical a été durement éprouvé par la pandémie et espère vivement compter sur un soutien adapté à la nouvelle étape qui s’amorce : une relance encore teintée de mesures sanitaires, des publics qui présentent divers degrés d’aisance à se retrouver dans des salles ». L’ADISQ souhaite que des mesures transitoires puissent rapidement être mises en place.

Au Conseil québécois du théâtre, on estime que ces « mesures améliorées » ne sont pas suffisantes. « Nous aurions voulu des mesures courant au moins jusqu’au 31 mars, sachant que c’est la fin de l’année financière. Honnêtement, le délai dont on rêverait, c’est jusqu’à la fin de la saison, afin de pouvoir au moins prévoir sur quelques mois et de commencer à penser à 2022-2023 sans avoir à se torturer sur la prévisibilité du reste de cette saison », a précisé la directrice générale, Catherine Voyer-Léger.

Au Théâtre Jean-Duceppe, on accueillait avec un soupir de soulagement le « ratio grande salle » de la mesure du CALQ. « En gros, plus la salle est grande, plus la différence entre la jauge “en distanciation” et la jauge habituelle est grande elle aussi ; d’où la plus grande compensation, parce que ça fait plus de billets à vendre. Comme les spectateurs ne sont pas tous au rendez-vous, les grandes salles sont difficiles à remplir. Le calcul me semble donc bien fait, indiquait Amélie Duceppe, de la direction générale. Les salles qui ont décidé de demeurer en jauge distanciée seront indemnisées comme avant, mais le calcul est légèrement plus avantageux si on ouvre au complet. Ça récompense cette prise de risque, je dirais. »

Nous aurions voulu des mesures courant au moins jusqu’au 31 mars, sachant que c’est la fin de l’année financière. Honnête-ment, le délai dont on rêverait, c’est jusqu’à la fin de la saison, afin de pouvoir au moins prévoir sur quelques mois [...].

 

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