Les flâneuses

Illustration: Le Devoir
Manon Dumais
Quatre amies avant la pandémie

Créée par Julie Delpy, la série Sur le point se déroule à Los Angeles au moment où plane l’ombre du coronavirus. L’actrice, scénariste et réalisatrice française y incarne une cheffe réputée qui voit son couple battre de l’aile alors que sa cote de popularité augmente. À ses côtés, Elisabeth Shue, Sarah Jones et Alexia Landeau interprètent ses copines, elles aussi au bord de la crise de nerfs. Panne de désir, relations familiales tendues et réorientation de carrière sont au menu de cette fine comédie dramatique qui trace un portrait aussi tendre que cruel de la femme mûre. Sur Netflix.


Louise-Maude Rioux Soucy
Je t’aime, moi non plus

Le premier long métrage du Montréalais Kaveh Nabatian (du groupe Bell Orchestre) épate par la singularité de son souffle narratif hachuré et inventif et par la vibrance de sa caméra saturée de couleurs et de mouvements. À cheval entre Montréal et Cuba, Sin La Habana raconte avec beaucoup d’ingéniosité le périple d’un danseur de ballet afro-cubain (Yonah Acosta Gonzalez, magnétique) qui séduit une touriste canadienne (Aki Yaghoubi, toute en délicatesse) dans l’espoir d’améliorer son sort et celui de son aimée (Evelyn Castroda O’Farrill, solide). Le tout livré avec une humanité désarmante. En salle.


Amélie Gaudreau
Antagonisme éloquent

Les fans des séries d’Isabelle Langlois (Rumeurs, Lâcher prise) trouveront très certainement leur bonheur dans Moi non plus ! (Noovo, les mardis, 19 h 30), comédie des « contraires » créée par Catherine-Anne Toupin et Karina Goma. On y retrouve le même jeu haine-amour entre les deux protagonistes que dans les œuvres de Langlois, enrichi par des dialogues denses, pertinents et qui font mouche à tout coup. On se doute bien du rapprochement qui guette le duo en duel permanent magnifiquement incarné par Toupin et Vincent Leclerc, mais le chemin qui les y mènera s’annonce particulièrement jouissif !


Caroline Montpetit

Le coeur saignant des Antilles

Dany Laferrière a raison. Il faut lire Les villages de Dieu, d’Emmelie Prophète, qui nous emporte au cœur d’un bidonville d’Haïti, là où ni la police ni les journalistes ne peuvent entrer. Dans cette communauté de la Cité de la Puissance gangrenée par des gangs dont les chefs s’entretuent, on se nourrit de trois fois rien. Au milieu d’un climat d’une violence inouïe, on trouve un peu d’amour, d’art et de beauté, denrées que Célia, photographe à ses heures, collectionne avec soin. Une intrusion rare dans le cœur saignant de la perle des Antilles. Une leçon de courage au milieu du chaos.