En humour, Anas Hassouna et Oussama Fares sont là (pour rester)

Oussama Fares et Anas Hassouna, tous deux humoristes de 27 ans, sont les têtes d’affiche du «Fishnet Show», présenté au Zoofest, qui s’est amorcé jeudi. Ils coaniment aussi «On est là», un talk-show webdiffusé depuis l’Olympia cet été.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Oussama Fares et Anas Hassouna, tous deux humoristes de 27 ans, sont les têtes d’affiche du «Fishnet Show», présenté au Zoofest, qui s’est amorcé jeudi. Ils coaniment aussi «On est là», un talk-show webdiffusé depuis l’Olympia cet été.

C’était en septembre 2018, sur la terrasse du café Kahwa, avenue du Mont-Royal Est. De passage dans la métropole, l’humoriste français et ancien Montréalais Roman Frayssinet accordait une entrevue au Devoir au sujet d’un de ses spectacles, mais redirigeait sans cesse l’attention vers ses quelques amis comiques qui l’entouraient ce jour-là. « Tantôt, on se disait à la blague : on a “limite” intimidé le pauvre Dominic pour qu’il mette notre nom dans le journal », se souvient — en exagérant beaucoup — Anas Hassouna, pendant que son pote Oussama Fares rigole.

Près de trois ans plus tard, les deux humoristes n’ont plus à asticoter les journalistes afin qu’on parle d’eux : ils comptent parmi les nouvelles figures les plus enthousiasmantes du rire québécois et sont les têtes d’affiche du Fishnet Show, qui s’annonce déjà comme un temps fort de la présente édition du Zoofest, qui s’est amorcé jeudi.

Anas Hassouna et Oussama Fares, 27 ans, coaniment aussi cet été On est là, un talk-show webdiffusé depuis l’Olympia où se sont succédé des invités aussi variés que le rappeur Tizzo, la chanteuse Safia Nolin et le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois (qui émaillait pour l’occasion ses réponses de « yo »). Une palette de convives à l’image de leur propre entourage éclaté, au cœur duquel se côtoient, disent-ils, « des gens de théâtre et des gens de la rue, des médecins et des dealers ».

Anas et Oussama font connaissance en 1re secondaire à Montréal-Nord, le quartier de leur jeunesse. « C’était un peu comme dans un western. On avait chacun de notre côté la réputation d’être le gars le plus drôle. À un moment donné, il y a des gens qui sont venus me voir et qui m’ont dit : “On a trouvé un gars plus drôle que toi” », raconte Anas, né au Québec de parents marocains, alors que son camarade est arrivé du Maroc à l’âge de neuf ans. « La première fois qu’on s’est vus, j’avais 2,50 $ dans les poches, il avait 2,50 $, on est allés s’acheter une pizza chez Pizza New York et on se l’est tout de suite fait taxer par des plus vieux. » Et une quinzaine d’années plus tard ? « Le truc qui fait la magie entre nous, c’est qu’on réussit encore à se tuer de rire. »

Diplômé de la cohorte 2015 de l’École nationale de l’humour, Anas Hassouna écume dès lors les soirées d’humour, pendant qu’Oussama Fares, qui n’était pas parvenu à s’y faire admettre, s’investit au sein de Fishnet, leur boîte de production à l’origine de plusieurs webséries. Il finit par prendre le micro en 2019, à la faveur d’une multiplication des scènes où l’humour dit ethnique n’est pas qu’une épice parmi tant d’autres, mais un plat à part entière. À la faveur aussi d’un gentil coup de pied au derrière de la part d’Anas.

« Depuis les trois dernières années, il y a un nouveau vibe dans l’humour québécois, beaucoup de gens issus de l’immigration, beaucoup d’histoires de hood, des noms comme Jean-Michel Elie, Bruno Ly, Erika Suarez, qui me font kiffer », se réjouit Oussama. Une ébullition dont témoigne la programmation du Zoofest, avec notamment son spectacle 100 % Montréal du 19 juillet et celui des Bad girls du rire, la veille. Extrait révélateur de la description du Fishnet Show : « Un line-up tellement diversifié, c’est le Blanc, la minorité visible. »

Être 100 % soi-même

S’il comptait déjà parmi les jeunes humoristes à surveiller dès sa sortie de l’École de l’humour, Anas Hassouna n’est jamais apparu aussi à l’aise sous les projecteurs que depuis deux ou trois ans, tant il semble parvenir à réduire la distance entre celui qu’il est à la ville et celui qui monte sur les planches.

Le principal intéressé opine. « J’ai longtemps eu l’impression qu’il y avait des choses qui pouvaient fonctionner devant un public blanc et qu’il y avait d’autres choses qui pouvaient fonctionner devant mon public à moi, les Arabes, les Haïtiens. Je ne me permettais pas devant un public blanc d’utiliser mon slang et de mettre en avant cette identité que je mets en avant partout maintenant. »

Depuis les trois dernières années, il y a un nouveau "vibe" dans l’humour québécois, beaucoup de gens issus de l’immigration, beaucoup d’histoires de "hood"

 

Une circonspection intermittente exacerbée par les commentaires ahurissants que lui ont parfois faits certains producteurs. « Le public, lui, est toujours prêt pour du changement, pour du nouveau, mais les gens de l’industrie étaient moins prêts. On m’a déjà dit : “Fais attention. Quand tu fais ce genre de jokes avec ce genre de références là, on comprend moins.” Ou : “On ne veut pas trop d’ethnies sur le pacing ce soir, parce que le public vient des régions et il ne faut pas le déstabiliser.” »

Des événements comme les Bad boys du rire, le Kapfèt Kebab ou le Pikliz Comedy Show ont depuis offert un espace aux humoristes issus de la diversité afin qu’ils puissent trouver leur identité comique sans craindre d’être incompris ou de devoir s’estomper. « Quand j’ai fini l’École, il n’y avait aucun endroit où je pouvais apprendre à être 100 % moi-même. » Ce naturel, Anas sait désormais le transposer sur toutes les scènes. « Et puis, au final, ajoute Oussama, nos histoires, c’est plus des histoires de struggle, de devoir se battre pour sa réussite, que des histoires d’Arabes. C’est universel. »

Leurs parents leur ont répété à tous les deux qu’il était impératif de terminer de hautes études. « Avant, quand ma mère disait que j’étais humoriste, elle en parlait comme si j’avais commis un crime de guerre, se rappelle Oussama. Puis récemment, je l’ai entendue au téléphone dire à une de ses amies à qui elle parlait de moi : “Tu sais, les études, ce n’est pas tout dans la vie.” » Anas éclate de rire. Voilà une phrase qu’une mère immigrante n’a pas souvent prononcée. La conclusion lui revient : « Je pense que nos parents comprennent maintenant que s’autoriser à rêver, comme on le fait, c’est faire honneur à leurs sacrifices. »

Trois humoristes à découvrir durant le Zoofest

Marylène Gendron

 

La coanimatrice du passionnant balado Tout le monde s’haït, une série d’entretiens se mesurant au sujet costaud de l’image corporelle, n’est jamais aussi drôle que lorsqu’elle ausculte ses névroses de vingtenaire pour qui tant de menus détails du quotidien sont source d’anxiété. Elle est des cinq artistes figurant au menu du spectacle 900 lbs de viandes fraîches, présenté le 17 juillet.

 

Sinem Kara

 

L’animatrice de la soirée Bad girls du rire (le 18 juillet) est de celles qui puisent leur matière première dans la marge, entre leurs singulières expériences formatrices — elle est née à Montréal de parents turcs — et celles de la majorité des Québécois. Une méthode éprouvée, portée dans son cas par un irrésistible charisme et un ton digne de celui d’une meilleure amie. Elle est aussi de l’alignement du spectacle 100 % Montréal le 19 juillet.

 

Jean-Michel Martel

 

Quand il ne débite pas un chapelet d’observations farfelues et d’aphorismes saugrenus prononcés sur le ton sérieux de celui qui vient réellement d’avoir une illumination, l’héritier de Jean-Thomas Jobin sur le trône de l’antihumour fait rire grâce à des dessins, des objets et des (genres de) tours de magie. Situons-le quelque part entre Carrot Top et Pierre Légaré. En plateau double avec Alex Lévesque le 21 juillet.

 

Le Fishnet Show

Le 23 juillet à 19 h, au Monument-National. À l’occasion du Zoofest.



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