L'«Animal» du cirque Alfonse revient à la ferme

Le spectacle multidisciplinaire «Animal» transporte Montréal dans un imaginaire rural qui revisite l’histoire, tout en se réinventant à coups d’acrobaties.
Photo: Bertrand Exertier Le spectacle multidisciplinaire «Animal» transporte Montréal dans un imaginaire rural qui revisite l’histoire, tout en se réinventant à coups d’acrobaties.

Le festival Montréal complètement cirque est « 100 % local » cette année. Et le cirque Alfonse, qui y présentait jeudi son spectacle Animal en ouverture, ne pouvait mieux incarner cette réalité. Car la bande de joyeux drilles originaires de Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière, campe son spectacle en plein terroir, entre les poules, les vaches et les taureaux.

Au menu, il y a des chansons. Des rengaines traditionnelles interprétées et réadaptées façon rock ou cantique. Il y a des prouesses, aussi. Mais il y a surtout une joie de vivre incroyablement communicative dans cette soirée qui se déploie comme une veillée de campagne. Car c’est encore par l’humour que le cirque Alfonse se distingue : le numéro des trois hommes qui jonglent avec des œufs sur une planche mouvante est particulièrement réussi.

Authenticité, c’est le maître-mot du cirque Alfonse, une compagnie familiale qui réunit Antoine Carabinier-Lépine, sa sœur Julie Carabinier-Lépine, le conjoint de cette dernière, Jonathan Casaubon, et le patriarche du clan, Alain Carabinier, qui endosse ici parfaitement son rôle de vétéran, bien calé dans son tracteur à pédales.

À 74 ans, l’aïeul fait un retour sur scène, et sa belle bande l’accueille chaleureusement en début de spectacle en entonnant la chanson québécoise Avoine, avoine. « Quand le bonhomme va semer son avoine… » Geneviève Morin (la conjointe d’Antoine) étant enceinte, elle a été remplacée ici par Justine Méthé-Crozat, qui livre d’émouvants duos d’acrobatie avec Julie, dont l’un où elles sont toutes deux perchées sur des bidons de lait.

Une mémoire vive

Ça n’est pas de la haute voltige que l’on trouvera ici, mais plutôt une ambiance mi-soirée traditionnelle mi-fête foraine, quelque part entre le western et le punk.

Le cirque Alfonse, qui a vu le jour dans une grange de la maison parentale, n’a jamais eu d’autre ambition que d’être fidèle à lui-même et à ses racines. Son premier spectacle, Timber, s’inspirait des camps de bûcherons ; le second, Barbu, des hommes forts à la Louis Cyr et des fêtes foraines ; le troisième, Tabarnak, pénétrait dans le monde religieux.

La troupe a eu beau se faire voir à travers le monde (on dit que Madonna a assisté à l’un de leurs spectacles à Londres), c’est dans sa propre histoire — et dans la nôtre — qu’elle tire son inspiration. Et la naissance d’Animal, reportée deux fois pour cause de pandémie, ne fait pas exception. Si certains Québécois peuvent oublier leur histoire malgré la devise « Je me souviens », les circassiens de Lanaudière sont là pour raviver leur mémoire.

Grâce à eux, le festival Montréal complètement cirque a finalement pu reprendre son assaut des rues et des salles de spectacle de Montréal.

Jusqu’au 18 juillet, les arts du cirque se déploient notamment sur la rue Saint-Denis, entre les rues Ontario et le boulevard De Maisonneuve, où toutes les surprises (performances spontanées, musique, danse…) sont possibles. Des prestations surprises gratuites sont également attendues chaque fin de semaine autour de la TOHU.

 

Animal

Cirque Alfonse, à la TOHU jusqu’au 11 juillet

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