Des casernes militaires centenaires bientôt laissées de côté?

Le manège militaire Sherbrooke Hussars, un ancien palais de justice construit en 1839 sur la rue William, connaît des problèmes structurels et risque d’être condamné.
Photo: Patri-Arch 2018, © Ville de Sherbrooke Le manège militaire Sherbrooke Hussars, un ancien palais de justice construit en 1839 sur la rue William, connaît des problèmes structurels et risque d’être condamné.

À Sherbrooke, l’abandon de deux des bâtiments historiques de l’armée demeure une option en vertu de la volonté de la Défense canadienne de repenser ses installations pour ses soldats.

Quel avenir attend les casernes centenaires de la Défense canadienne ? À Sherbrooke, le manège militaire, construit en 1909 rue Belvédère, doit être abandonné à compter du mois de juin. Les soldats de réserve qui le fréquentent l’ont appris il y a quelques semaines. Une expertise a révélé d’importants problèmes à l’enveloppe du bâtiment, à tel point que cela pourrait représenter un risque pour ses occupants. Mais le cas risque de ne pas être unique. À Sherbrooke déjà, deux bâtiments historiques sont dans la mire de la Défense.

L’autre bâtiment militaire d’importance de la ville, le manège militaire Sherbrooke Hussars, situé rue William, connaît lui aussi des problèmes structurels, confirme la Défense nationale au Devoir. Cet ancien palais de justice, construit en 1839 selon les plans de William Footner, le même à qui l’on doit le marché Bonsecours à Montréal, risque d’être condamné. Les responsables de l’armée attendent de recevoir un rapport d’inspection d’une firme spécialisée pour confirmer, plus en détail, l’état de ce bâtiment d’inspiration néoclassique dont les problèmes, envisagés selon les critères et les normes d’édifices neufs, ont été soulignés à répétition.

La Défense nationale réfléchit à la possibilité d’abandonner l’édifice des Sherbrooke Hussars à son sort depuis quelques années. Modifié plusieurs fois au XIXe siècle, ce bâtiment a été au cœur de l’histoire de la région. Il constitue un des témoins les plus anciens de deux siècles d’administration juridique et militaire coloniale des Cantons-de-l’Est. Inventorié pour son importance par le gouvernement québécois, ce bâtiment patrimonial ne jouit cependant d’aucune protection légale municipale ou nationale face à son propriétaire, le gouvernement fédéral.

L’État fédéral avait de lui-même reconnu l’importance patrimoniale et historique de l’autre manège militaire de Sherbrooke, l’édifice Colonel-Gaétan-Côté, situé rue Belvédère. Comme bien des bâtiments de l’armée construits à la veille de la Première Guerre mondiale, celui-ci a des allures de faux château du Moyen Âge, avec sa façade flanquée de fausses tourelles crénelées et d’une grande porte d’enceinte qui débouche directement dans la salle d’exercices. À Montréal, le bâtiment occupé par les Fusiliers Mont-Royal, construit à la même époque, reprend cette esthétique du château fort, à l’instar d’un grand nombre de casernes militaires de la même époque, alors construites en vue de développer les milices volontaires.

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a expliqué à Radio-Canada Estrie que les élus de sa ville s’inquiètent de voir que l’armée n’écarte aucune option, y compris la démolition. « Le manège de Saint-Hyacinthe a été construit en 1903 avec le même architecte que celui de la rue Belvédère. » Le maire souligne que l’édifice militaire de Saint-Hyacinthe a fait l’objet d’une restauration plutôt que d’une démolition.

La Défense canadienne possède 286 édifices patrimoniaux du même type que ceux de Sherbrooke. Dans plusieurs cas, ce sont des bâtiments centenaires. Ils hébergent très souvent des unités de la Force de réserve.

Une nouvelle gestion

Le sort promis aux deux bâtiments militaires de Sherbrooke tient en partie à une réforme de la gestion des bâtiments de la Défense fédérale qu’on met à l’épreuve. Sherbrooke sert à cet égard de banc d’essai, a appris Le Devoir.

C’est à Sherbrooke en effet qu’est mise en place l’évaluation d’une nouvelle norme « en matière d’hébergement pour l’infrastructure de la Réserve », explique la Défense nationale, afin de répondre aux besoins des soldats. Les décisions prises à Sherbrooke sont ainsi à situer dans le cadre d’un « projet pilote », indique la Défense.

En clair, la Défense entend examiner de nouvelles options pour héberger ses troupes dans des infrastructures qui répondent « à leurs besoins opérationnels ». Autrement dit, certains bâtiments patrimoniaux pourraient en faire les frais. « Notre principale priorité est d’appuyer les besoins opérationnels des Forces armées canadiennes, ce qui comprend de fournir […] des installations fonctionnelles dans lesquelles elles peuvent travailler, vivre et s’instruire. »

« Ce projet pilote a nécessité des consultations approfondies avec le personnel pour nous assurer de bien comprendre les besoins de ces unités », indique la Défense nationale au Devoir. « Nous sommes encore en train d’analyser les résultats du projet pilote. Bien que nous ayons élaboré des options, nous n’avons pas pris de décision pour le moment. »

« Nous reconnaissons l’importance des biens patrimoniaux du Canada, et nous prenons au sérieux notre rôle [qui consiste] à soutenir les efforts de conservation du gouvernement fédéral », indique l’armée canadienne au Devoir. Mais elle précise aussi devoir « équilibrer les exigences de notre programme avec les efforts de conservation ». En mars dernier, le lieutenant-colonel Sam Nith, commandant de l’unité des opérations immobilières au Québec, avait indiqué que toutes les options pouvaient être envisagées, y compris la démolition.

Dans quel état se trouve le patrimoine immobilier aux mains de l’armée ? Le Répertoire des biens immobiliers fédéraux, administré par le Secrétariat du Conseil du Trésor, ne permet pas d’analyser les biens de l’État en fonction d’un critère patrimonial.

À Sherbrooke en tout cas, la dégradation des deux bâtiments historiques ne peut être considérée comme une nouveauté. En 2015, La Tribune, le quotidien local, exposait déjà à quel point les deux manèges militaires de la « reine des Cantons-de-l’Est » se trouvaient laissés dans un état de détérioration plutôt avancé.

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