En piste!

Les artistes Anna Kichtchenko et Pablo Pramparo en pleine action vendredi
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les artistes Anna Kichtchenko et Pablo Pramparo en pleine action vendredi

C’est 24 heures avant le spectacle que l’artiste de cirque Augustin Rodriguez Beltram a appris qu’il allait présenter son numéro de sangle pour la première fois, à l’intérieur et devant public, sur la scène du Monastère, qui ouvrait finalement ses portes vendredi après un an de fermeture.

« J’ai dit oui tout de suite », explique l’artiste de 21 ans, issu de l’École nationale de cirque, et qui a continué de s’entraîner durant la pandémie, à la fois à la piscine, où il fait de la danse contemporaine sous l’eau, et dans différents studios de cirque ouverts à certaines conditions. « C’est le numéro synthèse que j’avais préparé comme finissant de l’École nationale de cirque, mais que je n’ai jamais pu présenter à cause de la COVID, parce que j’ai fini en 2020. »

Augustin Rodriguez Beltram avait bien un numéro dans le spectacle que le Monastère a présenté dehors l’été dernier, mais il avait été modifié puisqu’il est impossible de monter l’équipement d’un authentique numéro de sangle à l’extérieur.

Dans la salle magique du Monastère, sur les lieux de l’église anglicane Saint-Jax qui lui fournit ses locaux, l’émotion était palpable alors qu’on s’apprêtait vendredi à présenter le premier cabaret de cirque devant public depuis un an.

On y verra Augustin Rodriguez Beltram, mais aussi une série de numéros dont on avait prévu de faire une captation numérique avant que le gouvernement n’annonce la réouverture des salles de spectacle pour le 26 mars.

Malgré ses longues années d’expérience, Maude Arsenault, qui présente un numéro de mât rotatif, sentait une fébrilité peu commune quelques heures avant d’entrer en scène. « Depuis un an, j’ai fait d’autres numéros dans un spectacle, mais à la télévision, ça n’est pas du tout le même contexte. Ça n’est pas aussi intime. J’ai fait un spectacle à l’extérieur, mais dehors, il y a beaucoup de diversion, on n’est pas dans une bulle comme à l’intérieur. Ça n’est pas aussi magique. Je me sens stressée quand même. Cela fait des années que je fais des spectacles, mais je retrouve un peu la Maude des débuts, une espèce de fébrilité, la fragilité. C’est intimidant, mais en même temps très excitant. »

Animé par les deux maîtres de cérémonie que sont Tim Tyler et Joe de Paul, le cabaret présentera des numéros d’acrobatie, de cerceaux, d’équilibre sur cannes, de contorsion et de roue Cyr.

Étonnamment, alors que la pandémie a forcé la réorientation de certains artistes, d’autres y voient la confirmation de leur vocation. C’est le cas d’Augustin Rodriguez Beltram, qui a développé, en ligne, des liens avec des gens de théâtre de son Mexique natal.

Reste que plusieurs artistes avec qui il a fait l’École nationale de cirque ont dû rentrer précipitamment dans leur pays et n’ont pas pu revenir. « C’est triste, mais c’est la vie », dit-il.

J’ai fait un spectacle à l’extérieur, mais dehors, il y a beaucoup de diversion, on n’est pas dans une bulle comme à l’intérieur. Ça n’est pas aussi magique.

 

Depuis un an, les contraintes sanitaires ont davantage encouragé les solos ou les duos de couples ou de colocataires, reconnaît Rosalie Beauchamp, cofondatrice du Monastère avec Guillaume Blais. Depuis quelques mois, le travail en bulles est également permis, avec masques. Et sur scène, des artistes ayant travaillé ensemble auront le droit de se côtoyer sans masque pour un maximum de 15 minutes cumulatives.

Ainsi, les locaux du Monastère ont servi et continuent de servir à l’entraînement des artistes durant la pandémie. L’équipe en a aussi profité pour rénover une salle au sous-sol, qui servira plus tard à présenter des spectacles d’artistes émergents, en cirque et dans d’autres disciplines, l’humour par exemple.

« Souvent, en cirque, les gens doivent s’autoproduire. Et n’ont pas les moyens de louer une grosse salle », dit Rosalie Beauchamp.

Il faut rappeler que le Monastère occupe les locaux d’une église anglicane de Montréal qui est toujours en fonction. Au rez-de-chaussée, les spectacles s’y tiennent dans une salle aux vitraux étincelants, sous un plafond de boiseries.

L’église abrite également d’autres organismes communautaires, comme Action réfugiés Montréal, et aussi le dernier arrivé, un organisme destiné aux Autochtones en situation d’itinérance, la Wolf Pack Street Patrol.  

Cabaret de cirque du Monastère

Centre Saint-Jax, 26 et 27 mars à 19 h