Radio-Canada critiquée pour son opacité

Le modèle  d’affaires mixte de CBC/Radio-Canada, combinant fonds  publics et  revenus  publicitaires,  provenant d’abonnements ou d’autres  activités, a  continué de  soulever des doutes, lundi.
Valérian Mazataud Le Devoir Le modèle d’affaires mixte de CBC/Radio-Canada, combinant fonds publics et revenus publicitaires, provenant d’abonnements ou d’autres activités, a continué de soulever des doutes, lundi.

Radio-Canada fait preuve de trop peu de transparence quant à ses activités sur le Web, en plus d’être beaucoup trop dépendante de la publicité, de l’avis des premiers intervenants critiques de la société d’État à prendre la parole dans le cadre des audiences sur le renouvellement de ses licences de diffusion, lundi.

« La direction de Radio-Canada souhaite qu’on allège ses obligations en échange de nouvelles attentes sur sa programmation en ligne. Mais en même temps, ils maintiennent que vous n’avez pas à leur dire quoi faire sur leurs activités en ligne », a lâché Daniel Bernhard, directeur général des Amis de la radiodiffusion, dans une présentation virtuelle auprès des commissaires du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Selon les calculs du groupe militant pour un meilleur service public, la production de nouvelles conventionnelles aura souffert d’une baisse de 87 millions de dollars, ou 42 % de sa facture, entre 2014 et 2023. Et cela, sans garantie que ce soit compensé par des investissements sur le Web, puisque CBC/Radio-Canada ne rend pas de comptes au CRTC quant à ses activités numériques, du moins pour le moment. Ses activités sur le Web représentent « une boîte noire à 300 millions de dollars à l’intérieur d’une société publique », a illustré M. Bernhard.

Flexibilité

Lundi dernier, la grande patronne de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, a demandé un allègement des contraintes qui incombent au diffuseur public, tel « un pont vers le futur » lui conférant « la flexibilité » nécessaire à la transition vers le Web. Selon le vice-président des Services français, Michel Bissonnette, la société doit trouver « un équilibre » pour plaire en même temps à son auditoire uniquement sur le Web (environ 25 %), à celui qui ne consomme que des médias traditionnels, dits linéaires (environ 25 %), et à qui alterne entre anciennes et nouvelles technologies, soit la moitié de sa clientèle.

Radio-Canada souhaite que le CRTC lui permette de comptabiliser les heures de contenus disponibles en ligne dans le calcul de ses obligations minimales de diffusion d’émissions dans certaines catégories. Pour ce qui est de son encadrement sur le Web, la société d’État attend l’adoption du projet de loi C-10, déposé par le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, cet automne et qui vise à reconnaître l’autorité du CRTC sur les médias numériques.

Selon Les Amis de la radiodiffusion, l’organisme réglementaire fédéral ne devrait tout simplement pas renouveler les licences du diffuseur public pour une période de cinq ans, étant donné le changement législatif à venir. On suggère un renouvellement pour trois ans seulement, après quoi un nouvel examen du CRTC pourrait étudier l’ensemble des activités de Radio-Canada, y compris celles sur le Web.

Publicité

Le groupe de pression s’est également opposé au modèle d’affaires mixte de CBC/Radio-Canada, combinant fonds publics et revenus publicitaires, provenant d’abonnements ou d’autres activités. Les Amis de la radiodiffusion revendiquent une pétition de 16 000 noms de téléspectateurs opposés au controversé programme Tandem, que ses détracteurs voient comme un service de création de publicités déguisées en articles journalistiques. « Une Société Radio-Canada vraiment publique serait fondamentalement non commerciale », croit M. Bernhard.

Les visées commerciales de CBC/Radio-Canada ont aussi été prises à partie par d’autres intervenants aux audiences. Lundi, l’Association canadienne des radiodiffuseurs a livré un long plaidoyer pour le maintien des obligations réglementaires de la société d’État. On lui reproche notamment sa dépendance aux revenus publicitaires et son utilisation de quelque 1,2 milliard de dollars de subventions pour concurrencer les réseaux privés, notamment sur le marché des plateformes Web.

La compagnie Québecor, propriétaire notamment de la chaîne TVA et du câblodistributeur Vidéotron, doit présenter mardi au CRTC un mémoire similaire. De l’avis du géant des médias privés québécois, Radio-Canada devrait être affranchie de toute publicité, comme l’est la BBC, au Royaume-Uni, en plus de limiter sa programmation à une poignée de catégories : nouvelles, documentaires, éducation, culture, relève, jeunesse, affaires publiques et sciences.

De nombreux autres groupes doivent prendre la parole jusqu’au 26 janvier, la plupart pour exprimer leurs insatisfactions par rapport au service rendu par le média. Une représentante de la Société nationale de l’Acadie a par exemple témoigné lundi de « beaucoup de frustration » dans sa communauté d’entendre trop peu l’accent acadien sur les ondes du diffuseur public et de ne pas voir suffisamment de francophones en situation minoritaire à la télévision.

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