Pour l’humoriste Pierre-Yves Roy-Desmarais, ça va bien (même si tout va mal)

En 51 secondes, au début d’août 2020, l’humoriste sublimait notre accablement collectif grâce à une musique presque violemment euphorique, porteuse d’un constat pourtant démoralisant: la crise sanitaire n’était pas sur le point de se terminer.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En 51 secondes, au début d’août 2020, l’humoriste sublimait notre accablement collectif grâce à une musique presque violemment euphorique, porteuse d’un constat pourtant démoralisant: la crise sanitaire n’était pas sur le point de se terminer.

« Toutte », lance Pierre-Yves Roy-Desmarais en haussant les épaules, le regard ahuri, limite inquiétant, et la bouche ouverte. « Toutte va mal. » En 51 secondes, au début d’août 2020, l’humoriste sublimait notre accablement collectif grâce à une musique presque violemment euphorique, porteuse d’un constat pourtant démoralisant : après des mois d’arcs-en-ciel accrochés à nos fenêtres et de « ça va bien aller » prononcés avec de moins en moins de foi, la crise sanitaire n’était pas sur le point de se terminer.

Ça va mal devenait dès lors l’hymne pandémique dont nous avions besoin, la soupape réapparaissant sur nos fils de nouvelles chaque fois que ce qu’il nous restait d’espoir était douché par la dure réalité d’une énième tuile. La chanson virale — c’est le cas de le dire — cumule aujourd’hui 2,2 millions de visionnements, sur Facebook seulement.

Photo: Bertrand Exertier À (seulement) 26 ans, le diplômé de la cohorte 2017 de l’École nationale de l’humour se distingue moins sur scène par le tranchant de ses propos que par son époustouflante aisance.

L’ironie dans tout ça ? C’est en imaginant de brefs airs inspirés d’une tragédie mondiale que Pierre-Yves Roy-Desmarais a connu au cours des derniers mois les heures les plus réjouissantes de sa jeune carrière. « 2020, quelle belle année pour être un virus, 2020 quelle belle année pour moi », claironnait-il en personnifiant nul autre que le virus de la COVID-19, dans le segment d’ouverture du récent Bye bye. Quelle belle année pour moi : malgré ses spectacles annulés et la désolation générale autour de lui, voilà une phrase que Pierre-Yves Roy-Desmarais aurait pu prononcer lui-même sans blaguer.

Comment a-t-il eu l’idée de ces ritournelles aux sonorités rappelant les jeux vidéo de première génération ? « On dirait que ça fait super longtemps, on ne s’en souvient pas, mais au début de la crise, tout le monde était sur Internet sans arrêt. Moi, habituellement, je publie un message aux trois mois sur les réseaux sociaux et là, tout d’un coup, je ne pouvais pas m’empêcher de publier des jokes aux cinq minutes. J’écoutais aussi le show d’Adam Sandler en boucle [100 % Fresh, dans lequel l’humoriste américain intercale de brèves portions chantées entre ses monologues] et ça m’a ouvert les yeux : il y a moyen de faire de l’humour avec la musique sans que ça devienne des tounes couplet-refrain, mais plus des petits univers musicaux », raconte au bout du fil celui qui amorçait sa série de jingles absurdes en mars avec Travailleur autonome en congé, une sorte d’ode à la procrastination, avant d’enchaîner avec d’autres titres comme BFF à distance, une power ballade sur la douleur de l’amitié vécue chacun chez soi, et À boute, dont le titre se passe d’explications.

Pierre-Yves Roy-Desmarais avait comme ambition pour 2020 d’aller à la rencontre du vaste Québec en assurant la première partie du spectacle Les Morissette II (de Véronique Cloutier et Louis Morissette), évidemment reporté à plus tard. Ses vidéos lui auront épargné plusieurs kilomètres : sa page Facebook, qui comptait environ 16 000 abonnés en janvier 2020, en compte désormais plus de 116 000.

Enfant de l’impro

Né à Lachenaie (aujourd’hui Terrebonne) en 1994, Pierre-Yves Roy-Desmarais appartient à cette nouvelle génération d’humoristes qui, contrairement à leurs prédécesseurs, ont non seulement pu rêver à une telle carrière sans que papa et maman ne craignent de les voir manger de la misère, mais qui ont été encouragés par leurs parents à emprunter cette voie certes hasardeuse, mais balisée par le succès monstre de l’industrie de l’humour dans les années 90. Le petit Pierre-Yves a onze ans lorsque sa mère lui enjoint d’aller demander un autographe à Louis-José Houde sur scène, pendant un temps mort de son spectacle au Théâtre du Vieux-Terrebonne (l’humoriste badinait avec le public en attendant le retour d’une spectatrice, partie aux toilettes).

« Mes parents sont particuliers », confie le principal intéressé, une quinzaine d’années plus tard, en appuyant sur l’adjectif « particuliers », mais avec toute l’admiration du monde dans la voix. Que font-ils comme boulot ? « Mes parents sont massothérapeutes… Bon, ça ne dit pas grand-chose sur moi. Mais ce qui dit quelque chose, c’est que mes parents ont changé de job au tournant de la quarantaine. Ma mère était designer de mode, mon père, ingénieur en électronique, ils étaient tannés de faire ça et tous les deux se sont plongés dans la massothérapie en malades. C’est un peu ça, la mentalité chez nous : écoute ce que ton cœur te dit de faire. »

Entre sa brève apparition auprès de Louis-José Houde et le sacre de sa participation au Bye bye (« Simon-Olivier Fecteau m’a écrit sur Instagram pour me demander si ça me tentait… eeeeeh… oui ! »), Pierre-Yves Roy-Desmarais aura pris le détour des études en musique au cégep, puis en communications à l’université,un baccalauréat qu’il n’a pas terminé.« J’ai surtout fait mon bac en impro », explique-t-il au sujet de son passage marquant sur cette patinoire où plusieurs de ses collègues ont fourbi leurs armes comiques (dont Arnaud Soly, Mehdi Bousaidan et Virginie Fortin).

À (seulement) 26 ans, le diplômé de la cohorte 2017 de l’École nationale de l’humour se distingue moins sur scène par le tranchant de ses propos que par son époustouflante aisance, lui permettant de zapper en une milliseconde d’un ton à l’autre, d’être ici ce désinvolte maître de cérémonie d’une autre époque, à la dégaine exagérément choubidouwa, et là, ce gamin trop heureux de se trouver sous les projecteurs.

À quand un premier vrai spectacle officiel, demande-t-on à celui qui a déjà présenté deux différentes heures de matériel au Zoofest (Bonjour en 2018 et Beau bébé en 2019) ? « Je suis prêt là, là », répond-il avec la confiance d’un gars qui ignorerait tout de ce qui se déroule présentement dans le monde. Il espère néanmoins pouvoir en amorcer le rodage à l’automne, pour peu que le virus qu’il a incarné se laisse dompter. Il sera aussi le 20 janvier du gala virtuel ComediHa ! animé par Bleu Jeans Bleu.

En sait-il davantage sur la « psyché » de ce coronavirus, maintenant qu’il s’est « glissé dans sa peau » pour la grand-messe satirique de fin d’année ? Pierre-Yves prend le ton d’un psychoéducateur trop plein de sollicitude. « Disons que c’est quelqu’un qui a ses ambitions. Il veut avoir une belle vie comme tout le monde mais, malheureusement, ses objectifs vont à l’encontre des nôtres. Il veut répandre sa bonne nouvelle. Qui pour nous en est une très mauvaise. »

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