Les Grands Prix d’un Conseil des arts de Montréal en pandémie

«L’augmentation des demandes [de financement] en 2020 depuis le début de la pandémie est de 106%», indique la directrice du CAM, Nathalie Maillé.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir «L’augmentation des demandes [de financement] en 2020 depuis le début de la pandémie est de 106%», indique la directrice du CAM, Nathalie Maillé.

C’était remise virtuelle du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (CAM) jeudi midi, avec le couronnement cette année du festival de musique électronique Mutek. Ce 35e lauréat remporte ainsi, en plus de l’honneur, une bourse de 30 000 $. Le prix du jury est allé quant à lui au Centre Segal des arts de la scène. Le Devoir a voulu, autour de cette célébration, faire le point avec la directrice générale, Nathalie Maillé, sur la façon dont le CAM s’est adapté à la pandémie.

« On a cherché à agir, dès le 13 mars dernier, à voir là où le CAM pouvait vraiment faire une différence, à sa manière, avec ses ressources », a indiqué Nathalie Maillé. La directrice, au cours de son entretien avec Le Devoir, n’a cessé de rappeler la précarité, l’urgence, la détresse même que vivent actuellement les artistes et les travailleurs culturels (« il ne faut pas les oublier, les travailleurs culturels… »). « Le CAM a un budget de 20 millions de dollars, qui n’a rien à voir avec ceux des conseils provincial et fédéral. On essaie d’aller en complémentarité, en agissant localement, en proximité. »

Dès le début de la crise, le CAM a annoncé que tous ses engagements seraient respectés, que les activités aient lieu ou non. « On a versé 100 % des subventions d’un coup », là où les autres paliers ont donné 50 % (provincial) et 35 % (fédéral), dit Mme Maillé, « parce qu’il y avait urgence dans le milieu d’avoir du cash-flow très rapidement ».

Le CAM a accéléré ce qui pouvait l’être : tous ses programmes ont été revus, assouplis au maximum, pour lever les obstacles. La saison 2021 a été prolongée, afin que les demandes de financement bisannuel et quadriennal n’aient pas à être déposées en pleine pandémie. Le traitement des dossiers, qui demande en temps normal de 12 à 15 semaines, est passé à 7 à 8 semaines. Un nouveau programme, « Quand l’art prend l’air », a été instauré rapidement avec une enveloppe de 700 000 $ afin de pousser des propositions artistiques produites par les organismes de manière autonome, dans des lieux privés extérieurs, en respectant les règles de distanciation. Malheureusement, le passage aux mesures sanitaires resserrées a empêché la diffusion d’une grande part de ces créations. Mais ce nouveau programme permet d’entamer « une immense réflexion », estime Nathalie Maillé.

« On a rejoint là des propositions artistiques, des esthétiques, des collectifs qu’on ne rejoignait pas avec le CAM en tournée [ce programme qui permet aux spectacles de circuler dans des maisons de la culture de Montréal]. Il est devenu pertinent et essentiel. Ça a ouvert un pan. Quand on dit que la pandémie emmène aussi de nouvelles façons de faire, c’en est un exemple », a ajouté Mme Maillé.

Reste que les besoins sont criants, les organismes crient famine. « L’augmentation des demandes en 2020 depuis le début de la pandémie est de 106 % », indique la directrice du CAM. « En arts de rue et en arts du cirque, on atteint 270 % d’augmentation des demandes. » Il y a donc, forcément, beaucoup plus de refus. Et le Conseil n’échappe pas lui-même à la pandémie. « On a été frappés au début ; on a une dette financière en 2020 de 335 000 $. On a dû abolir trois postes, faire des réaménagements pour réinjecter le plus possible dans les programmes afin d’aider les organismes et les collectifs. » Et les inquiétudes restent vives. « On doit s’assurer de stabiliser le milieu, et commencer à réfléchir pour 2022. C’est pour 2022 qu’on est inquiets. Il va y avoir une surcharge dans les programmations qui va faire un crunch — il y en a déjà une. On se demande qui va être capable de perdurer jusque-là. Il y a des commanditaires, des donateurs perdus ; les citoyens, les spectateurs ne suivent plus », s’alarme Mme Maillé, qui en appelle à une solidarité tangible envers les artistes, qui pour elle contribuent « à la vitalité et à la diversité de Montréal ». Comment incarner cette solidarité ? La question reste ouverte.

Les finalistes

Au côté des lauréats Mutek et Centre Segal des arts de la scène, étaient finalistes cette année Alchimies, Créations et Cultures, Communication-Jeunesse, la compagnie de danse Ebnfloh, Montréal, arts interculturels, Momenta Biennale de l’image, la compagnie de théâtre de rue Toxique Trottoir ainsi que la collaboration entre La Chapelle scènes contemporaines et La Tohu lors de l’événement L’autre cirque.

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