Nouvelles coupes à la Grande Bibliothèque

Les mises à pied temporaires au sein de la Grande Bibliothèque touchent des secteurs pour lesquels la baisse de fréquentation des lieux physiques entraîne une diminution marquée de la charge de travail.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les mises à pied temporaires au sein de la Grande Bibliothèque touchent des secteurs pour lesquels la baisse de fréquentation des lieux physiques entraîne une diminution marquée de la charge de travail.

Ce sont 41 employés surnuméraires et occasionnels du service aux usagers de la Grande Bibliothèque (GB) de Montréal qui ont été mis à pied temporairement depuis le début du mois d’octobre. De plus, les remplacements ont été abolis. Et à partir du 1er novembre, les remplacements « non garantis », dits à l’interne de longue durée — de petits contrats d’entre trois et douze mois proposés aux employés à temps partiel —, disparaîtront aussi. Une révision des horaires qui touche grandement les conditions de ces travailleurs, qui estiment perdre ainsi entre 17 et 49 % de leurs revenus.

« Tous les commis de bibliothèque permanents à temps partiel sont revenus à l’horaire de base de leur poste. Certains perdent entre 2 et 14 heures de remplacement non garanties par semaine, heures qu’ils faisaient en sus de leur horaire normal; 13 personnes perdent en moyenne 7 heures par semaine », explique au Devoir le directeur général de la GB, Martin Dubois. Pour le Syndicat des travailleuses et travailleurs unis de BAnQ-CSN (STTUBAnQ), les mêmes chiffres se déploient autrement : entre 21 et 23 employés à temps partiel, surtout du service aux usagers, sont affectés par la perte de quelque 300 heures de travail, comme l’explique une lettre ouverte que Le Devoir a pu lire en primeur. Plusieurs dizaines de ces employés « vont perdre entre 17 et 49 % de leurs revenus, […] jusqu’à 900 $ par mois de leur modeste salaire », peut-on lire.

C’est conformément aux directives du Conseil du trésor que « les mises à pied temporaires au sein de la GB ont été déterminées en fonction des secteurs pour lesquels la baisse de fréquentation de nos lieux physiques entraîne une diminution marquée de la charge de travail », indique M. Dubois, soulignant dans la foulée que les cadres et directions ne sont pas touchés jusqu’à maintenant. Au Secrétariat du Conseil du trésor, on précise avoir communiqué « les orientations de la fonction publique (FP) aux organismes hors fonction publique (HFP) à titre de recommandation. BAnQ est un organisme hors fonction publique. Toutefois, il revient à chacun des organismes de prendre les mesures appropriées en fonction de leur réalité et des conditions de travail en vigueur », explique le responsable des relations médias, Jean Auclair. Lors du déconfinement, une orientation indiquait que « le maintien du traitement était conditionnel à une prestation de travail ou à l’utilisation de congés conventionnés. Il était également fait mention de la possibilité de faire des mises à pied temporaires ».

Les activités de la GB pâtissent évidemment des effets de la pandémie. M. Dubois estime que, « depuis que Montréal est passée en zone rouge, le 1er octobre dernier, l’activité à la Grande Bibliothèque se chiffre à 21 % » de la moyenne de l’an dernier. Auparavant, pour le laps de réouverture en août et septembre, les emprunts n’atteignaient que la moitié du volume habituel. Le constat est semblable dans les autres bibliothèques en zone rouge.

Mais autres lieux, autres réactions : dans le réseau de la ville de Québec et à la bibliothèque Gabrielle-Roy, « comme les services les plus importants se poursuivent (prêts, réservation, retours) et qu’un service à la clientèle est disponible pour les citoyens en tout temps pendant les heures d’ouverture, il n’y a aucun changement concernant le personnel », indique la conseillère en communications pour la Ville de Québec, Mélanie Brassard. La Ville de Montréal n’a pas répondu au Devoir dans les délais impartis.

Qui sait que la GB est ouverte ?

« Nous sommes tout à fait conscients du contexte particulier », souligne le président de l’exécutif du STTUBAnQ, Jean-François Mauger, et le syndicat serait prêt à contribuer à l’effort de guerre. « Si elle nous désole, nous comprenons la décision d’interrompre des liens avec les surnuméraires. » Ces employés bénéficieront du chômage ou de la Prestation canadienne de la relance économique. Alors que près de la moitié des quelque 65 employés à temps partiel ont besoin de compléter les 21 heures de travail hebdomadaire assurées. Lui-même, mauvais exemple, est le plus touché de tous, à 49 %, mais « ma situation personnelle fait que je ressens moins le choc que certains qui perdent 20 % et habitent seuls, par exemple, et qui n’arriveront pas à payer leur loyer ».

Le syndicat reproche aussi à la GB d’être restée trop discrète sur la communication des services encore accessibles aux abonnés. Surtout le nouveau service de mises de côté de livres, qui permet aux abonnés de réserver sur le site de la GB les documents disponibles, et d’aller les chercher en petit paquet tout prêt. Un take-out du livre, en quelque sorte. Le syndicat n’a compté que trois statuts sur Facebook, quatre sur Twitter, six sur Instagram et sur un Linkedln pour cette offre publique. « De la fréquentation et du nombre de réservations de documents dépendent notre charge de travail et nos emplois, au service à la clientèle. Quand on voit qu’il y a eu aussi peu de communications de la part de BAnQ pour promouvoir ces services, alors qu’on parle si efficacement des services numériques, on peut se demander si la direction fait vraiment tout son possible pour maintenir ces emplois. »

Le syndicat envisage l’instauration d’une cagnotte de secours pour soutenir les employés à temps partiel qui perdent des heures. Une manifestation prochaine est aussi à l’agenda. Les négociations, selon M. Mauger, n’avancent depuis 15 jours que très peu, sinon pour la promesse de récupérer 130 heures des 300 et plus supprimées. « Il faut interpeller le gouvernement. On ne voit pas d’autres solutions », conclut le président de l’exécutif.

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