Départ amer de l’OIF pour Catherine Cano

Capture d’écran d’une entrevue donnée le 15 octobre
Photo: CORIM Capture d’écran d’une entrevue donnée le 15 octobre

Catherine Cano, administratrice de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a démissionné de son poste. Ce départ abrupt de la numéro 2 de l’OIF a créé la surprise, car rien ne l’annonçait seulement 18 mois après sa nomination.

« C’est avec le sentiment du devoir accompli que je quitte l’OIF », affirme Catherine Cano dans une déclaration écrite présentée hier [jeudi], six jours après sa démission. « J’estime avoir mené à bien les trois volets du mandat qui m’avait été confié, à savoir le redressement des finances de l’organisation, l’amélioration de la transparence de ses opérations, de même que la formulation de recommandations devant mener notamment à une refonte réglementaire destinée à assurer la saine gestion et la transformation progressive de l’organisation. »

L’OIF n’a diffusé aucun communiqué, tout juste une note interne mercredi, qui fait état de « désaccords persistants sur ses méthodes » avec la secrétaire générale, la Rwandaise Louise Mushikiwabo.

Contactée par téléphone, Oria Vande weghe, porte-parole et directrice des communications de l’OIF, explique que ce départ sans préavis est « vécu comme un soulagement » au cabinet de la secrétaire générale. « Catherine Cano travaillait très fort, mais la collaboration n’était pas facile. Même si nous n’avions aucun doute sur son engagement, elle avait des méthodes de travail compliquées. »

À l’interne, on fait état de frustrations devant ses réunions à des heures tardives et des messages à toute heure. « Elle était dans tous les créneaux, de tous les dossiers, c’était un peu chaotique », dit une source qui a demandé l’anonymat.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on est surpris à la fois de cette démission inexpliquée et du ton acrimonieux adopté par l’OIF, alors que la tonalité est en général plus feutrée dans les cercles de la diplomatie multilatérale.

Au bureau de François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères à Ottawa, on se dit surpris de la posture de l’OIF, où l’on est habituellement plus circonspect. La porte-parole Christelle Chartrand écrit : « Madame Cano est une gestionnaire de grande expérience, et nous la remercions pour sa contribution importante à l’OIF. »

Du côté de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Nadine Girault, on « prend acte de la décision de Mme Cano de quitter l’OIF ». Son attachée de presse Flore Bouchon écrit : « Nous saluons tout le travail qu’elle a accompli lors de son passage à l’OIF. »

Rumeurs et conjectures

Les conjectures vont bon train sur ce qui a pu se passer. Sa déclaration laisse entendre que des motifs personnels pourraient avoir pesé dans sa décision : « Enfin, je suis heureuse de revenir au Québec, après cette longue période passée loin des miens. »

Les rumeurs font état de dissensions sur la nomination en septembre des sept représentants de l’OIF auprès d’organisations internationales et des regroupements régionaux d’États membres. D’autres évoquent un « clash culturel » entre une administratrice chevronnée de culture très nord-américaine, mais pas nécessairement branchée sur une boîte complexe de 300 employés appartenant à 34 nationalités dominées par des Africains et où la France pèse lourd.

Quoi qu’il en soit, personne ne semble avoir perçu des signes clairs d’un différend entre les deux dirigeantes. La première année du mandat de Catherine Cano, l’entente entre les deux dirigeantes était plutôt bonne, d’autant que l’administratrice a accompli ce pour quoi on l’avait engagée.

À son arrivée en 2019, l’OIF avait un déficit accumulé de 7 millions de dollars, qui voguait vers les 8 millions. En un an, elle a dégagé un surplus de 2,4 millions de dollars, un chiffre certifié par le vérificateur externe de l’OIF. En plus d’automatiser le système de paie et de réduire le nombre de projets de 40 à 25, Catherine Cano a introduit plus de transparence en publiant en ligne quelques centaines de documents budgétaires et programmatiques, dont les salaires.

L’arrivée de Catherine Cano au poste d’administratrice en avril 2019 a suivi de près le remplacement de la secrétaire générale Michaëlle Jean après quatre années de controverse à l’Organisation internationale de la Francophonie.

La nomination de Louise Mushikiwabo avait résulté d’un marchandage entre le Canada et la France. Le Canada avait donné son appui à la candidature rwandaise, soutenue par la France, en échange de la garantie que le prochain administrateur serait canadien. Mais maintenant que Catherine Cano a démissionné, il est loin d’être acquis que la personne qui lui succédera sera canadienne.

Dans l’histoire compliquée de la Francophonie institutionnelle, Catherine Cano était la troisième administratrice en titre de l’OIF après Clément Duhaime, qui a occupé le poste de 2006 à 2015, et le Malien Adama Ouane, de 2015 à 2019.

Ottawa et Québec promettent leur soutien à l’OIF, mais les jeux de coulisses ont commencé. La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, « entend travailler de concert avec le gouvernement du Canada pour proposer une nouvelle candidature au poste d’administrateur de l’OIF ».