Christian Dior, entre révolution et nostalgie

Au fil des salles de l’exposition «Dior. La révolution couture», les tenues sophistiquées se déclinent sur les thèmes de robes du jour, de robes cocktail et de robes du soir, accompagnées de souliers, d’accessoires et de parfums.
Photo: Marilyn Aitken Au fil des salles de l’exposition «Dior. La révolution couture», les tenues sophistiquées se déclinent sur les thèmes de robes du jour, de robes cocktail et de robes du soir, accompagnées de souliers, d’accessoires et de parfums.

Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle le tissu était rationné au point d’imposer aux femmes le port de jupes courtes et droites, les jupes longues et plissées soutenues par de nombreux jupons de la toute nouvelle maison Christian Dior apparaissaient comme d’un luxe infini, surgissant d’un romantisme passé, loin des affres de la guerre.

C’est d’ailleurs une jupe longue et volumineuse, sous une taille fine et une poitrine mise en valeur, qui apparaît sur l’esquisse de Christian Bérard, présentant la première collection lancée par le maître couturier, en 1947, et qui est exposée au Musée McCord dans le cadre de l’exposition Christian Dior. La révolution haute couture.

À l’époque, la rédactrice en chef de la revue de mode Harper’s Bazaar avait qualifié la collection de la toute nouvelle maison de « New Look ». Le nom est resté accolé à la signature de Christian Dior, même si celui-ci puisait aussi beaucoup dans le style Belle Époque cher à sa mère, avec ses robes de soirée et ses crinolines. Lui disait pour sa part que cette collection était l’« image de la paix », à l’opposé des vêtements d’allure plus masculine et militaire qui avait caractérisé les années précédentes. L’exposition se concentre sur une période relativement courte de l’histoire de la maison Dior même si celle-ci constitue, encore aujourd’hui, un symbole de luxe et de raffinement.

Les années 1947 à 1957, que couvre l’exposition, sont les années durant lesquelles Christian Dior lui-même était à la tête de sa maison. « C’est la période entre le lancement de sa maison et son décès », dit Cynthia Cooper,conservatrice pour la mode et le costume au Musée McCord.

« Ce qu’il a fait dans ces dix ans était tellement exceptionnel qu’il a assuré le legs de sa marque pour longtemps », dit-elle.

Au fil des salles de l’exposition, les tenues sophistiquées se déclinent sur les thèmes de robes du jour, de robes cocktail et de robes du soir, accompagnées de souliers, d’accessoires et de parfums. En tout, ce sont 51 tenues, 40 provenant du Royal Ontario Museum, et 11 provenant du McCord, dons de familles aisées de Montréal et de Toronto, que l’on peut admirer.

C’était avant l’ère du prêt-à-porter, et on imagine par exemple la Montréalaise Margaret Rawlings Hart, une importante donatrice du Musée McCord, enfiler une élégantissime robe du soir en se soumettant aux trois essayages que nécessitait la confection de chacune des robes d’une cliente. Chacune de ces tenues avait également un nom évocateur : Chérie, Rose France, Paimpolaise, Tour Eiffel

Originaire de Normandie, Christian Dior est issu d’une famille aisée qui n’encourageait pas sa créativité, mais qui souhaitait plutôt qu’il devienne diplomate, comme on le découvre dans le film Christian Dior, le couturier et son double, qui sera présenté en octobre, avec deux autres titres, en collaboration avec le Festival international des films sur l’art (FIFA). Le film révèle d’ailleurs un homme réservé, qui préférait la tranquillité de la campagne au bruit de la vie mondaine et des lancements de collection parisiens.

« Si ma mère était vivante, je n’aurais jamais eu le courage de faire ce défilé », dit Christian Dior dans ce film.

L’homme avait d’ailleurs déjà eu une galerie d’art, mais ne pouvait y afficher son nom pour ne pas salir l’honneur de la famille, explique Alexandra Palmer, commissaire de l’exposition, dont une première version a été présentée au Royal Ontario Museum. Mme Palmer a également signé, en anglais seulement, un magnifique catalogue détaillant chacune des tenues prêtées par le Royal Ontario Museum. Il faut dire que Christian Dior tenait ses archives avec un soin maniaque. Pour chaque robe présentée, on connaît le nom du mannequin qui l’a portée, ainsi que la responsable de l’atelier qui en avait la charge.

Relance de l’industrie

Bien plus qu’une tendance passagère, Christian Dior a donné un souffle nouveau à tout le monde de la mode et aux métiers français du textile, durement éprouvés par les années de guerre. Dans la section de l’exposition consacrée aux tissus, aux broderies et aux paillettes, on apprend par exemple qu’au XIXe siècle, la France comptait des centaines d’ateliers de broderie alors qu’en 1950, il n’y en avait plus qu’une poignée. En 1900, on trouvait en France 70 fabricants de paillettes, en 1945, ils ne sont plus que 10.

Dessinateur plus que technicien de la mode, Christian Dior avait également un sens aigu des affaires. C’est ainsi qu’il a su conquérir le marché américain tout en protégeant l’industrie de la haute couture française. On lui doit l’habitude de décliner les collections en lien avec le passage des saisons, ainsi qu’une gestion serrée des droits sur les produits dérivés.

Les projections des documentaires Christian Dior, le couturier et son double, Les dessins de Christian Dior et Bouquet final auront lieu les trois samedis d’octobre dans le théâtre J.A. Bombardier, du musée McCord.

Dior. La révolution couture

Au Musée McCord, du 25 septembre au 3 janvier