Toujours pas de projet sur le site de l’ancienne usine Montreal Works

La Ville de Montréal essuie toujours des reproches pour avoir acheté et détruit le bâtiment.
Photo: Isabelle-Eugénie Lafortune La Ville de Montréal essuie toujours des reproches pour avoir acheté et détruit le bâtiment.

Quatre ans après la démolition controversée de l’ancienne usine de munitions Montreal Works, située au 9500, boulevard Saint-Laurent, la Ville de Montréal n’a toujours pas réaménagé le site. Un stationnement temporaire remplace maintenant le bâtiment qui était considéré comme l’un des derniers exemples de patrimoine industriel militaire de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, l’achat du bâtiment par la Ville et sa destruction continuent de susciter le mécontentement.

Coprésident de la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville, Yvon Gagnon, n’a toujours pas digéré la démolition de l’ancienne usine qui fait maintenant place à un « champ de garnotte ». L’organisme s’était opposé en vain à la démolition du bâtiment où, entre 1943 et 1945, quelque 9000 femmes ont travaillé à la fabrication de munitions.

La Ville avait acquis le bâtiment en 2013 avant de le démolir en 2016. « La Ville a laissé le bâtiment vacant pendant des années jusqu’à ce qu’il soit squatté et qu’il y ait des incendies à l’intérieur. C’est le même pattern que pour tous les propriétaires délinquants à Montréal. C’est une aberration totale », résume M. Gagnon qui se désole de voir le site toujours vacant.

La Ville a laissé le bâtiment vacant pendant des années jusqu’à ce qu’il soit squatté et qu’il y ait des incendies à l’intérieur.

La cour de voirie

Émilie Thuillier était conseillère dans l’opposition quand, à l’unanimité, le conseil d’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville a entériné la démolition du bâtiment en 2016. Elle a été élue mairesse d’arrondissement en novembre 2017. En entrevue au Devoir, elle indique que lorsqu’elle est devenue mairesse, elle a réalisé que le potentiel du site était immense. « La Ville s’apprêtait à construire une cour de voirie à ciel ouvert sur le plus grand terrain stratégique au cœur d’un quartier en plein redéveloppement. Ça ne correspondait absolument pas aux besoins du milieu », explique-t-elle.

L’arrondissement a suspendu le projet et, en collaboration avec d’autres acteurs dont la Société de développement commercial (SDC) District central, il prépare maintenant un nouveau projet. Mme Thuillier évoque un projet « intégré » qui combinerait une cour de voirie en partie souterraine, similaire au garage Bellechasse, ainsi que des équipements collectifs et des espaces verts. En attendant, le site sert de stationnement temporaire pour la Société de transport de Montréal.

La démolition de l’ancienne usine Montreal Works était-elle une erreur ? « C’est difficile de revenir et refaire l’histoire. Je n’étais pas au comité exécutif ni dans toutes les discussions qui ont eu lieu. Et ce n’était pas mon district », a-t-elle dit en insistant sur la nécessité pour l’arrondissement de se doter d’une cour de voirie.

Télé Ciné Montréal

L’achat du bâtiment par la Ville en 2013 et sa démolition trois ans plus tard ont été catastrophiques pour Télé ciné Montréal, une entreprise d’accessoires et de décors pour les productions cinématographiques québécoises et étrangères, qui a été contrainte de quitter les lieux qu’elle occupait depuis 2009.

Présidente de Télé Ciné Montréal, Isabelle-Eugénie Lafortune, reproche à la Ville d’avoir placé son entreprise dans une situation financière délicate en la forçant à se relocaliser et à assumer des dépenses importantes. Elle a d’ailleurs intenté une poursuite de 834 500 $ contre la Ville en 2018, une procédure que la Ville conteste.

Sans compter que l’entreprise avait complètement retapé l’ancienne usine. « On a investi des centaines de milliers de dollars. On était là pour longtemps », dit-elle.

Une autre tempête s’est abattue, douloureuse pour le milieu culturel : la pandémie de coronavirus. Comme d’autres entreprises de location d’accessoires et de décors, Télé Ciné Montréal a dû suspendre ses activités sans pouvoir bénéficier des programmes de subventions auxquelles d’autres entreprises ont droit. Les prêts ne constituent pas une solution pour une entreprise dont la survie est compromise, souligne Mme Lafortune : « On ne peut pas s’endetter davantage. »

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