Le clergé embarrassé par le patrimoine

La pétition du groupe citoyen SOS Saint-Sacrement pour sauver l’église a recueilli plus de 9000 signatures réclamant son sauvetage.
Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir La pétition du groupe citoyen SOS Saint-Sacrement pour sauver l’église a recueilli plus de 9000 signatures réclamant son sauvetage.

La décision de la ministre de la Culture de protéger l’église du Très-Saint-Sacrement a été très mal reçue par le diocèse de Québec qui se dit prêt à prendre « tous les moyens possibles » pour empêcher son classement. « Nous sommes surpris, déstabilisés, déçus et un peu mécontents », a déclaré l’évêque auxiliaire du diocèse de Québec, Marc Pelchat.

Vendredi matin, la ministre de la Culture a annoncé qu’elle avait l’intention de classer l’église du Très-Saint-Sacrement afin qu’elle soit protégée par la Loi sur le patrimoine culturel.

Cette décision survient alors que la Fabrique, qui possède le terrain, était sur le point de le vendre. « On devait signer la promesse d’achat au cours des prochaines semaines », a confirmé son porte-parole, le père Gérard Busque.

L’église de 1400 places est fermée au culte depuis moins d’un an. En 2017, un segment de son parement de pierres s’est effondré dans le stationnement. Le bâtiment est en vente depuis 2018.

La Loi donne 60 jours aux groupes intéressés par le dossier pour se faire entendre du Conseil du patrimoine culturel. « Nous allons nous opposer de toutes nos forces et par tous les moyens possibles », a dit à cet égard l’évêque auxiliaire.

Un milieu très mobilisé

Or, la population du quartier, elle, semble très attachée à cette église. Un comité mobilisé pour sa sauvegarde a lancé une pétition en ligne qui a récolté plus de 9000 signatures.

« On ne parle pas d’un terrain vague, on parle d’un bâtiment qui a été bâti, payé par ma communauté, mes grands-parents, mes parents. […] Je sais que ça appartient au diocèse, mais c’est un bâtiment à vocation communautaire », avance le porte-parole du groupe Louis Bélanger qui siégeait au conseil de la Fabrique avant que le projet de vente n’émerge.

Le bâtiment qui mélange le style roman au néogothique a été érigé entre 1920 et 1924 pour la congrégation du Très-Saint-Sacrement.

Flanquée de deux tours carrées de 45 mètres de haut, la structure en acier recouverte de granit a nécessité un investissement de 400 000 $ à l’époque de sa construction.

L’église du chemin Sainte-Foy a précédé le quartier Saint-Sacrement qui s’est développé autour d’elle dans les décennies suivantes.

Le groupe SOS-Saint-Sacrement souhaite donner une nouvelle vocation à l’église. Elle pourrait notamment accueillir le centre de loisirs, qui « est très à l’étroit », selon M. Bélanger.

Pas « exceptionnelle »

Selon l’inventaire du Conseil du patrimoine religieux, l’église du Très-Saint-Sacrement a une valeur de niveau « C » pour « supérieure ».

À titre de comparaison, d’autres grandes églises de Québec comme les églises Saint-Roch et Saint-Charles ont la cote « B » pour « exceptionnelle », alors que l’église Saint-Jean-Baptiste et la Basilique ont la cote de « A » pour « incontournable ».

En 2017, le ministère de la Culture, alors dirigé par les libéraux, avait annoncé que huit églises de Québec seraient priorisées en matière d’investissements dans les années à venir. Les quatre lieux susmentionnés sont sur la liste, mais l’église du Très-Saint-Sacrement ne faisait pas partie du groupe.

Vendredi, la Ville de Québec a préféré ne pas commenter le dossier. De son côté, la ministre Nathalie Roy n’a pas voulu donner d’entrevue au sujet du classement. Il n’a donc pas été possible de savoir pourquoi la décision avait été prise maintenant et si le gouvernement était ouvert à l’idée de financer un éventuel projet pour trouver une nouvelle vocation à l’église.

Dans une intervention sur Twitter, elle a laissé entendre que l’appui populaire au projet avait motivé sa décision. « Les citoyens réclamaient haut et fort la préservation du patrimoine historique, artistique, architectural, et paysager qu’elle représente », a-t-elle écrit.

Le communiqué diffusé par le ministère vante, quant à lui, la « monumentalité » de l’église, ses vitraux du maître verrier Marius Plamondon et le mobilier dessiné par l’architecte Adrien Dufresne entre 1943 et 1951, notamment. On mentionne aussi qu’elle constitue « un point de repèredans le paysage du quartier Saint-Sacrement ».

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