Décès de l’humoriste et comédien Guy Bedos à 85 ans

Guy Bedos, lors d’une de ses dernières prestations devant public, à l’Olympia de Paris en 2013
Photo: François Guillot Agence France-Presse Guy Bedos, lors d’une de ses dernières prestations devant public, à l’Olympia de Paris en 2013

Le comédien et humoriste français Guy Bedos, connu pour ses sketchs féroces, son engagement à gauche et ses rôles dans des films comme Un éléphant ça trompe énormément », est décédé à l’âge de 85 ans, a annoncé jeudi son fils le réalisateur Nicolas Bedos, sur les réseaux sociaux.

« Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père. Embrasse [Pierre] Desproges et [Jean-Loup] Dabadie, vu que vous êtes tous au Paradis », a-t-il écrit sur Instagram et Twitter.

Le décès de Guy Bedos survient quelques jours après celui annoncé dimanche de son ami, le parolier et homme de lettres Jean-Loup Dabadie, qui avait notamment écrit pour lui le sketch Bonne fête Paulette.

De nombreuses personnalités politiques et culturelles ont tenu à rendre un dernier hommage à ce monstre sacré de la scène française.

« Son humour était une arme redoutable contre le racisme et la bêtise qu’il combattait sans relâche » a remarqué l’ancien président François Hollande, soulignant que » son talent et ses colères nous manqueront ».

L’ancienne ministre de l’Écologie et candidate à l’élection présidentielle Ségolène Royal a de son côté remercié l’humoriste pour avoir suscité les rires, mais aussi la réflexion. « C’est vrai que la méchanceté, pour l’oublier et pour s’en protéger, il faut la détourner en situation ridicule, comique. Ça marche. » a-t-elle écrit.

Selon l’écrivain Bernard-Henri Lévy, Bedos « montrait qu’on pouvait être un comique et un homme d’honneur ». Il était « un humoriste qui s’amusait de tout sauf des principes. Un moraliste égaré dans le café théâtre. »

Plusieurs chapeaux

Pied-noir né à Alger en 1934, Guy Bedos s’est fait connaître grâce à des sketchs mordants, en duo d’abord avec Sophie Daumier qu’il épouse, dont celui consacré à la « drague » qui les révèle au grand public au début des années 1960.

La consécration vient en 1968, seul sur scène à Bobino, puis avec des rôles sur grand écran, très souvent devant la caméra d’Yves Robert.

Ses plus grands succès sont Un éléphant ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977). Il travaille aussi pour Marcel Carné, Claude Berri ou Patrice Chéreau.

Il s’est également produit dans de nombreux spectacles comiques dont il est l’auteur, passe au Zénith, triomphe à l’Olympia avec Muriel Robin. Ils obtiennent la Victoire 93 de l’humoriste.

En 2009, à 74 ans, Guy Bedos disait déjà vouloir mettre fin à ses projets en solo sur la scène et choisissait Montréal pour faire un de ses derniers tours de piste. « J’en ai un peu marre, indiquait-il au Devoir. Je suis fatigué. J’ai l’impression de radoter. Et puis, j’ai envie de changer un peu. C’est un peu normal. À mon grand regret, je ne suis pas immortel. J’ai du mal à m’y faire. Mais dans le temps qui me reste, je veux maintenant vivre des choses qui me plaisent et ne pas m’attarder dans ce qui me déplaît. »

Il concevait en son œuvre une nécessaire posture engagée, qui s’était traduite au fil des ans par de nombreux coups de gueule abrasifs. « Je ne veux pas donner de leçons, décrivait-il en 2009 à Montréal. Mais les artistes, nous sommes là pour consoler et venger le public qui n’a pas la parole et du coup, nous avons le devoir de résister. »

Ce grand angoissé, aux cheveux devenus blancs avec les ans et aux yeux noirs espiègles, adorait aussi jouer les éditorialistes, s’en prenant aux hommes de pouvoir et défendant les sans-papiers et les sidérurgistes d’ArcelorMittal.

Marié trois fois — avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier (décédée en 2003) et Joëlle Bercot —, il était le père de quatre enfants, Leslie, Mélanie, Victoria et Nicolas, devenu scénariste et réalisateur à succès.

Avec Le Devoir