Juste pour rire lance un festival en ligne

Patrick Rozon, le vice-président au contenu francophone du Groupe Juste pour rire, lors du dévoilement de la programmation du festival en 2018
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Patrick Rozon, le vice-président au contenu francophone du Groupe Juste pour rire, lors du dévoilement de la programmation du festival en 2018

Quelques jours après avoir reporté à l’automne son grand événement d’été, le Groupe Juste pour rire (JPR) a décidé de lancer du 21 au 24 mai un nouveau festival d’humour, tout en ligne mais payant. Avec entre autres objectifs de faire avancer sa propre barque et de souffler sur la voile fragile de l’écosystème comique québécois.

L’idée de passer au numérique était déjà dans les cartons de JPR avant la crise du coronavirus, admet Patrick Rozon, vice-président au contenu francophone de l’entreprise maintenant gérée par Groupe CH, Bell Média et ICM Partners. « Mais on ne savait pas trop comment le faire : est-ce que ce serait juste avec Zoofest ? Ou aussi avec le festival Juste pour rire ? C’était resté dans les éléments créatifs auxquels on réfléchissait. Mais la situation a poussé à l’avant-plan l’idée qu’on avait déjà sur la table. Allons-y ! »

Le Festival Hahaha sera donc indépendant des autres branches de l’entreprise et présentera une vingtaine de spectacles pendant les quatre jours de l’événement, grâce à la nouvelle plateforme de la billetterie Lepointdevente.com, dont Le Devoir parlait récemment. Les prix exacts (qui resteront bas, dit-on) et la programmation ne sont pas encore établis, mais le tout devrait être dévoilé bientôt, nous dit M. Rozon. Les humoristes présents seront pour la grande majorité québécois, « mais on risque d’avoir des surprises européennes ».

Ce n’est pas cet événement-là qui est le plus payant, mais on pense que ça va rester pendant plusieurs années. On pense que c’est ça, l’avenir : avoir le gros festival qu’on a et avoir des productions sur le Web aussi, à un autre moment.

Le Groupe Juste pour rire, qui a mis à pied temporairement 75 % de ses employés en raison de la pandémie, installera pour le Festival Hahaha un modèle d’affaires similaire à celui de Zoofest, soit un mélange entre un partage des profits et des cachets garantis, en ce moment analysés avec l’Union des artistes.

« Être une entreprise d’humour aussi grande que la nôtre, on dirait que ça amène une part de responsabilité », lance Patrick Rozon, en se rendant soudainement compte qu’il paraphrase une ligne phare de Spider-Man. « Mais on est à l’écoute de tout ça. On essaie de bien jouer notre jeu, pour garder le bateau à flot pendant cette année qui va être difficile et pour permettre à notre industrie de rester en santé. JPR n’existe pas sans artiste, et à la base j’ai besoin que mes artistes soient en forme. Et ça commence par manger ! »

Patrick Rozon n’a pas l’impression que le Festival Hahaha peut cannibaliser ses autres événements, même si son équipe et lui se sont posé la question d’entrée de jeu. « Ce sont des produits artistiques complètement différents, estime-t-il. Être chez soi, regarder un artiste performer de chez lui ou devant un décor, ce n’est pas la même twist que le spectacle live. C’est pas la même aventure. »

Juste pour rire croit bien que l’humour en ligne a un bel avenir, voire que c’est l’avenir. Déjà, le groupe possède 15 chaînes numériques qui auraient généré « quatre milliards de vues combinées dans les 365 derniers jours » grâce à 30 millions d’abonnés à travers le monde. Et le Festival Hahaha ne sera pas que l’affaire d’une pandémie, note Patrick Rozon. « Ce n’est pas cet événement-là qui est le plus payant, mais on pense que ça va rester pendant plusieurs années. On pense que c’est ça, l’avenir : avoir le gros festival qu’on a et avoir des productions sur le Web aussi, à un autre moment. Tous ces produits-là ensemble font que c’est intéressant pour l’entreprise. »

Le Festival Hahaha offrira à la fois des spectacles en direct, plus spontanés donc, mais aussi des captations prévues pour l’événement, qui seront davantage produites. Reste que, pour les humoristes, il n’y aura pas de réactions spontanées de la foule. « Oui, c’est dur, concède Patrick Rozon. Mais on a testé ça avec Charles Beauchesne, qui a fait une partie de son show La peste noire de chez lui, avec un réalisateur-monteur. Finalement, il a dit que ça n’a rien à voir avec l’énergie de la scène, mais que ça amène une nouvelle manière de raconter son histoire et de voir son style. »