La cabane au Canada de Thierry Pardo

En entrevue,  Pardo se qualifie de libertaire et, avec son chapeau et sa barbe, au milieu de laquelle trône une longue pipe, il a tout à fait l’allure de l’emploi.
Marie-France Coallier Le Devoir En entrevue, Pardo se qualifie de libertaire et, avec son chapeau et sa barbe, au milieu de laquelle trône une longue pipe, il a tout à fait l’allure de l’emploi.

En venant de France au Canada, Thierry Pardo cherchait un endroit où planter une cabane : un espace vert libre de droit, en quelque sorte. Il n’en a pas trouvé. Des décennies plus tard, il s’est résigné à acheter un lopin de terre : une parcelle de 10 acres qui se déploie à Weedon, dans la réserve internationale de ciel étoilé du mont Mégantic. Pour un homme qu’on a taxé de « pelleteur de nuages », à cause de son rejet de l’école institutionnelle, l’endroit ne pouvait être mieux choisi.

Weedon a aussi quelques lettres en commun avec Walden, le nom de l’étang du Massachusetts où Henry David Thoreau avait choisi de s’isoler dans les bois durant deux ans, et dont il a tiré le Walden ou la vie dans les bois, ce texte fondateur du « nature writing ». C’est ainsi que Thierry Pardo a écrit le livre Weedon ou la vie dans les bois, qui paraît aux Éditions du passage, en se basant sur ses séjours dans sa cabane au Canada, en compagnie de sa conjointe et de ses deux enfants. Là, il se livre, sans eau courante, sans électricité, sans écran ni téléphone, sans bouton en somme, à une expérience de « jusqu’au bouddhisme, un non-acte sans doute conforme à la pensée zen ».

Très loin de la profondeur de réflexion des écrits de Thoreau, Weedon ou la vie dans les bois, texte plus littéraire que politique, est l’occasion pour Thierry Pardo de faire l’expérience du dénuement et d’un certain isolement, et de trouver dans l’observation de la nature une alternative à la vie « surstimulée»  et connectée des centres urbains.

Les gens sont jaloux de leur pré carré

« L’espace n’existe pas, écrit-il dans un autre livre, Les savoirs vagabonds, Une géopoétique de l’éducation, paru plus tôt cette année chez Écosociété. Seuls cohabitent une infinité d’atmosphères, d’altitudes, de parfums, de lumières ».

En entrevue, Thierry Pardo se qualifie de libertaire. Barbu, portant chapeau et longue pipe, il a tout à fait l’allure de l’emploi. Dans le passé, il a écrit plusieurs essais, prônant l’abandon de l’école institutionnelle au profit de l’école à la maison. D’ailleurs, l’un de ses premiers livres, aujourd’hui introuvable, s’intitulait Héritages buissonniers, et portait sur les apprentissages acquis par les aînés en dehors de l’école.

L’or du siècle

En entrevue, il tient aussi à faire toutes les précisions de mise : ses séjours dans les bois sont épisodiques et ne se comparent pas aux deux ans de réclusion volontaire de Thoreau. Il croit cependant qu’une expérience, même courte, peut avoir une valeur inestimable. Ne dit-il pas que le temps est devenu « l’or du siècle » ? « Dans ce monde agité, je pense que le vrai luxe, l’or du siècle, est dans une authentique jouissance du temps, de l’espace et du silence », écrit-il.

Weedon ou la vie dans les bois livre quelques réflexions intéressantes, notamment sur le concept de la propriété privée. En ce qui concerne ses relations avec ses voisins de Weedon, il écrit notamment : « Tout se passe comme si chacun était crispé sur les contours de sa propriété privée, de son entreprise, de la clôture de sa ferme, si bien que la porte la plus facile pour entrer en relation avec nos contemporains semble être leur petite affaire commerciale. Les gens sont jaloux de leur pré carré, de leur niche de marché, de leur héritage. Peut-être que, dans l’histoire du Québec, les marchands (bien plus que les marchands !), ont toujours précédé le reste de la population. »

À titre d’exemple, il mentionne la grande pénurie de plages publiques, dans un Québec pourtant loin d’être dépourvu de lacs. « On peut se demander ce qui, dans ce Québec au million de lacs et huit millions d’habitants, prive les enfants d’une légitime baignade estivale », écrit-il.

Espace, temps, silence. Il n’y a que le troisième des deux qui ne se monnaye pas vraiment encore. Mais pour combien de temps ?