Commissaire des nuits montréalaises recherché

La Ville de Montréal cherche un commissaire au développement économique chargé d’élaborer une politique du bruit et de la vie économique nocturne.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La Ville de Montréal cherche un commissaire au développement économique chargé d’élaborer une politique du bruit et de la vie économique nocturne.

Ce n’est pas le « maire de la nuit » que les promoteurs de la culture nocturne montréalaise espèrent, mais peut-être le début d’un processus menant à l’adoption de la Charte de la vie nocturne énoncée en 2017 dans le programme de Projet Montréal : la Ville cherche un commissaire au développement économique chargé d’élaborer une politique du bruit et de la vie économique nocturne. L’annonce est accueillie avec prudence par ceux qui craignent que l’argument culturel pèse moins dans la balance que celui de la nuisance sonore.

Mathieu Grondin, porte-parole de l’organisme à but non lucratif MTL 24/24, mis sur pied pour « valoriser la culture nocturne et [...] favoriser le développement de l’économie de nuit montréalaise », note que la description de l’emploi de commissaire affiché par la Ville de Montréal mentionne onze fois le mot « bruit », sans jamais écrire le mot « culture ».

« Ce qui nous dérange, c’est qu’on n’a pas l’impression que la culture est prise en compte dans les décisions de l’administration. On sent ici que la culture est placée sous le parapluie des problèmes de bruit », ajoute-t-il en soulignant que la description de tâches du commissaire stipule que celui-ci aura le « mandat de participer à la création d’un observatoire du bruit […] pour documenter et proposer aux partenaires gouvernementaux, institutionnels et privés des mesures de réduction des effets du bruit sur les milieux résidentiels ».

C’est vraiment d’une perspective culturelle qu’on a besoin ; on n’entend parler que des aspects négatifs de la vie nocturne, on oublie les notions de communauté et de culture dans tout ça

« Perspective culturelle »

MTL 24/24 avait déposé au printemps dernier un mémoire lors de consultations menées par la Commission permanente sur la culture, le patrimoine et les sports visant à établir un diagnostic de l’état du loisir public à Montréal. Le rapport de ces consultations publié en octobre 2019 ne s’était pas penché sur « le loisir nocturne montréalais » puisque, lit-on encore dans le rapport, l’avis de l’OBNL « se situ[e] en marge du mandat de la Commission et des enjeux propres au loisir public, lequel mise sur l’investissement public et l’action bénévole et a, contrairement au loisir commercial ou personnel, une fonction de développement social ».

Copropriétaire d’une galerie d’art et lieu de diffusion de la Petite-Italie et organisateur d’événements culturels s’étirant jusqu’à l’aube, Guillaume Sabourin estime au contraire que la vie culturelle nocturne a bel et bien une fonction de développement social. « La qualité de notre scène culturelle évoluant en marge [des salles institutionnalisées] est exceptionnelle » et reconnue internationalement, assure-t-il. « Ce n’est pas avec des urbanistes ou des politiques, à mon sens, qu’on arrive à mettre Montréal sur la map des cultures underground. C’est vraiment d’une perspective culturelle qu’on a besoin ; on n’entend parler que des aspects négatifs de la vie nocturne, on oublie les notions de communauté et de culture dans tout ça ».

Chantiers européens

La question de la saine cohabitation entre promoteurs d’activités culturelles nocturnes et citoyens s’est imposée ces dernières années dans plusieurs grandes villes européennes, mobilisant des acteurs dévoués à la défense et à la promotion des lieux de diffusion artistiques répondant aux besoins des noctambules.

En Irlande, l’organisation Give Us the Night milite dans l’espoir que le pays développe « une approche […] plus progressive de la vie nocturne qui reflète la diversité des modes de vie et des horaires de de travail ».

En France, le collectif Culture Bar-Bars, représentant presque cinq cents petits lieux de diffusion, a remporté une victoire en novembre 2019 lorsque l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi « visant à mieux protéger les activités sportives, culturelles et touristiques déjà existantes », dont celles se déroulant la nuit.

Plus récemment, Bruxelles s’est dotée d’un Conseil de la nuit qui réunira des représentants « du secteur commercial, culturel et des acteurs au coeur de la vie nocturne », selon la RTBF.

En réponse à notre demande d’entrevue avec Luc Rabouin, maire de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal et responsable du développement économique et commercial au Comité exécutif, l’attachée de presse du Comité nous a plutôt transmis une déclaration mentionnant que « le commissaire travaillera sur ces deux dossiers que sont la politique du bruit et la politique de la vie nocturne. [Il] travaillera avec tous les acteurs pour mettre sur pied une politique adaptée au milieu. »

Les aspirants commissaires ont jusqu’au 17 février 2020 pour déposer leur candidature.