Grammy Awards: Deborah Dugan réplique à l'Académie par la voie légale

Deborah Dugan affirme notamment avoir été victime de harcèlement sexuel de la part de Joel Katz, un des avocats de l’organisation.
Photo: Angela Weiss Agence France-Presse Deborah Dugan affirme notamment avoir été victime de harcèlement sexuel de la part de Joel Katz, un des avocats de l’organisation.

Après la suspension, la réplique légale. Quelques jours après sa mise en congé administratif de l’Académie responsable des Grammy Awards, en raison d’allégations d’inconduite, Deborah Dugan a déposé mardi une plainte auprès de la Commission pour l’égalité des chances professionnelles. Elle y détaille des accusations contre des haut placés de l’organisation qui vont du harcèlement sexuel au conflit d’intérêts en passant par des irrégularités dans les votes de la célèbre remise de prix américaine.

La plainte de 44 pages a été déposée à Los Angeles par l’équipe d’avocats de la p.-d.g. suspendue de l’Académie des arts et sciences de l’enregistrement. La plus grave accusation implique le prédécesseur de Mme Dugan, Neil Portnow, qui, selon elle, a violé une artiste, restée anonyme.

Citant la plainte, le journal britannique The Guardian raconte à ce sujet qu’après son embauche, Mme Dugan a été amenée dans une salle de conférence « où on lui a raconté — pour la toute première fois — qu’une artiste étrangère (et membre de l’Académie), avait accusé M. Portnow de l’avoir violée après un concert qu’elle avait donné au Carnegie Hall ».

Mme Dugan ajoute que, si on lui a présenté ces faits comme étant nouveaux, le conseil d’administration était bien au fait de cette allégation et qu’il l’avait caché à la nouvelle présidente, entrée en poste en août.

Neil Portnow a été en poste à l’Académie de 2002 à 2019, et en était parti sans donner de raisons. Son départ était survenu après qu’il a été fortement critiqué pour des commentaires sur les artistes féminines qui devaient « être meilleures » (« step up ») pour se tailler une place parmi les lauréats.

La p.-d.g. Dugan affirme notamment avoir été victime de harcèlement sexuel de la part de Joel Katz, un des avocats de l’organisation. Selon le texte de la plainte, Mme Dugan avait envoyé un courriel à la direction des ressources humaines le 22 décembre pour l’en informer.

Par la voix de son avocat, M. Katz a « catégoriquement démenti » ces accusations auprès de l’Agence France-Presse (AFP), évoquant dans un communiqué un « dîner de travail » dans un restaurant, « deux mois et demi avant que Mme Dugan ne prenne ses fonctions ».

Dans sa plainte, Deborah Dugan précise aussi avoir envoyé un courriel à sa direction où elle « faisait également état de conflits d’intérêts flagrants, de transactions litigieuses de la part des membres du conseil d’administration et d’irrégularités concernant les votes pour les nominations aux Grammy Awards ».

« Boys’club »

Première femme à diriger l’Académie, Mme Dugan note aussi que « tout ceci a été rendu possible par la mentalité de « club de garçons » (« boys’club ») qui prévaut selon elle dans l’organisation.

Sollicitée par l’AFP, l’organisation qui regroupe les professionnels de l’industrie musicale a démenti dans un communiqué les accusations de Mme Dugan, regrettant qu’elles jettent le discrédit sur la cérémonie des Grammy Awards qui doit se tenir dimanche à Los Angeles.

Le jeudi 16 janvier, l’Académie avait annoncé qu’elle avait placé Deborah Dugan en « congé administratif » à la suite d’accusations de « mauvaise conduite ». L’organisation avait évoqué « une allégation formelle d’inconduite de la part d’une femme membre senior de l’équipe. »

Cette employée « affirme que Mme Dugan avait créé un environnement de travail « toxique et intolérable » et avait adopté “un comportement fait d’abus et de harcèlement“ », peut-on lire dans un communiqué de l’Académie.

Une enquête indépendante a été ouverte sur ces faits et les accusations de Mme Dugan.

Avec l'Agence France-Presse