L’esplanade Clark portera le nom d’Henri Tranquille

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, discutant avec l’écrivaine et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette et avec l’écrivain Yves Beauchemin lors de l’annonce de l’esplanade Tranquille, mercredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, discutant avec l’écrivaine et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette et avec l’écrivain Yves Beauchemin lors de l’annonce de l’esplanade Tranquille, mercredi.

La nouvelle esplanade de la rue Clark portera le nom du libraire le plus célèbre du Québec : Henri Tranquille, qui avait jadis pignon sur rue précisément à cet endroit. C’est ce que la mairesse Valérie Plante a annoncé mercredi, dans les locaux en chantier du futur Musée MEM, pour Mémoire des Montréalais, rue Sainte-Catherine, à Montréal. L’esplanade Tranquille deviendra ainsi un nouveau lieu public, doté d’un chalet sur deux étages, et couvert en hiver d’une patinoire réfrigérée.

C’est que la librairie Tranquille, où est né le célèbre manifeste Refus global, en 1948, a été au coeur de la vie culturelle de Montréal durant des décennies. C’est d’ailleurs ce dont ont témoigné mercredi différents acteurs du monde artistique qui ont connu Henri Tranquille, de près ou de loin. Jean-Claude Germain a signé un texte coloré sur cette époque de la vie montréalaise, où la librairie apparaissait comme « un puits de lumière dans la grande grisaille ».

Alors que l’on jouait aux échecs au café l’Échouerie, rue des Pins Ouest, raconte-t-il, on jouait aux dames à la librairie Tranquille. « L’extraordinaire n’était pas l’amplitude de la rectitude ou l’outrecuidance du silence, mais le fait que la librairie Tranquille puisse exister en 1948 comme un puits de lumière pour faire lire, voir et entendre les mots qui dissiperaient la Grande Noirceur à terme : Au diable le goupillon et la tuque ! Place à l’amour ! Place à la magie ! Place aux nécessités ! À nous le risque total du refus global ! »

Passionné de littérature, Henri Tranquille faisait aussi la place belle aux arts visuels dans sa librairie du 67, rue Sainte-Catherine Ouest, qui a par ailleurs été décorée par Alfred Pellan lui-même. On y a vu une nouvelle exposition chaque mois de 1948 à 1958, raconte Jean-Claude Germain, Tranquille ayant accroché 3000 toiles à 8 cimaises, pour rappeler que « la liberté se manifeste d’abord par une explosion dans les arts visuels ».

Pour meubler la nouvelle place, la Ville de Montréal entend donc s’inspirer de cet esprit des lieux, notamment dans la création de mobilier urbain amovible selon les saisons. Un concours a déjà été lancé à cet effet, et les firmes finalistes sont Aedifica, ALTO Design et Dikini, PARA-SOL, et Precious plastic MTL. Le lauréat sera connu cet hiver.

La nouvelle esplanade, ainsi que son chalet, devrait d’ailleurs être inaugurée l’été prochain. La patinoire réfrigérée, qui occupera toute la place en hiver, sera quant à elle ouverte au public à partir de l’hiver 2020-2021.

Bien que la mairesse ait annoncé que l’esplanade garderait un caractère « tranquille », on prévoit qu’il « va y avoir toute une programmation d’activités culturelles à l’intérieur, précise Stéphane Ricci, coordonnateur du Quartier des spectacles. « Il va y avoir un restaurant, qui va être localisé en bas, en bordure de la rue Sainte-Catherine. On a plusieurs espaces publics dans le bâtiment. On a le rez-de-chaussée, qu’on appelle l’espace des patineurs. Pendant l’été, c’est transformé en espace culturel qui sert à l’animation de la place publique. À l’étage, des salles polyvalentes vont accueillir des groupes, et servir à la production d’événements. Et il y aura un grand salon, un espace détente avec foyer, affranchi de toute activité commerciale », dit-il.

Rappelons qu’il est également prévu que le musée MEM, qui doit ouvrir ses portes en 2021, compte un espace citoyen, accessible gratuitement au public.