Notre-Dame de Paris: point d’étape sur un chantier titanesque

Le président français, Emmanuel Macron, souhaite que la reconstruction se fasse en cinq ans, un délai jugé serré par certains.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le président français, Emmanuel Macron, souhaite que la reconstruction se fasse en cinq ans, un délai jugé serré par certains.

Lundi a repris le gigantesque chantier ouvert après l’incendie qui a ravagé mi-avril la toiture de Notre-Dame de Paris, interrompu le 25 juillet en raison des risques de contamination au plomb. Le point sur le dossier.

En détruisant la flèche, l’incendie survenu le 15 avril a fait fondre plusieurs centaines de tonnes de plomb, substance toxique pour l’homme, dont une partie s’est évaporée en particules dans l’atmosphère ou s’est déposée au sol.

Des associations ont accusé les autorités d’avoir négligé, caché ou minimisé les risques, en particulier pour les écoles alentour.

L’inspection du travail a fait interrompre le 25 juillet le chantier pour renforcer la protection des ouvriers. Une décontamination des sols autour de la cathédrale et de plusieurs établissements scolaires a depuis lors été lancée. Et à partir de lundi, dans l’édifice, des dispositifs draconiens (douches, tenues jetables, protocoles divers) devaient être mis en oeuvre à l’intérieur du chantier, intégralement fermé.

Pour le moment, plus de 160 enfants ont été dépistés pour contrôler le plomb dans leur sang. Sur ce total, 146 se situent sous le « seuil de vigilance » (25 à 50 microgrammes de plomb par litre de sang), 16 sont à l’intérieur de ce seuil, et deux dépassent le seuil de déclaration obligatoire de saturnisme (50) — sans pour autant faire l’objet de mesures médicales particulières autres qu’un suivi.

Sécurisation des lieux

La phase de consolidation est loin d’être terminée : il faut notamment achever de placer des cintres sous les arcs-boutants, installer des plafonds provisoires au-dessous et au-dessus de la voûte (pour pouvoir la contrôler et en dégager les gravats), démonter l’échafaudage édifié autour de la flèche, soudé par le feu. Tout cela en évitant les chutes de pierres — comme cela est encore arrivé récemment pendant l’épisode de canicule — ou tout déséquilibre qui abîmerait la structure gothique.

Le diagnostic sur l’état de l’édifice ne pourra se faire qu’une fois la sécurisation effectuée. Les travaux de restauration ne devraient donc pas débuter avant le premier semestre 2020.

La flèche, la toiture, la charpente et 15 % de la voûte sont à reconstruire, si tant est qu’il soit décidé de tout refaire à l’identique.

Il faudra alors choisir les matériaux (le bois de chêne pour la charpente ?) puis les entreprises, à l’issue de procédures de marchés publics et avec l’imprimatur des architectes des monuments historiques. Des ouvriers et compagnons doivent être formés.

Pour la reconstruction ou non de la flèche et l’aménagement du pourtour de la cathédrale, un concours international d’architectes déterminera si un « geste architectural audacieux » ou un choix traditionnel est retenu.

Le président Emmanuel Macron a dit souhaiter que la reconstruction se fasse en cinq ans, un délai jugé serré par certains.

Le diocèse est attaché à ce que la cathédrale soit rendue au culte. La nef, qui a été épargnée, pourrait être assez rapidement rouverte pour des messes.

En attendant, une « cathédrale éphémère », sous la forme d’une tente, devrait être édifiée sur le parvis et une réplique de la Vierge du pilier y être exposée. Des projets plus ambitieux de « cathédrales éphémères » ont été évoqués. Cette structure pourrait contenir un espace de prière, mais aussi une boutique-souvenir, une librairie et un lieu de halte pour les milliers de touristes qui continuent d’affluer chaque jour aux abords de l’édifice.

Enquête

Le journal satirique Le Canard enchaîné, qui n’a jamais été démenti, a évoqué des dysfonctionnements qui auraient, le soir de l’incendie, entraîné un retard d’une demi-heure pour appeler les pompiers. Le journal a également fait état de travaux d’électricité bâclés et de sous-effectifs.

L’enquête a auditionné une centaine de témoins et a écarté toute origine criminelle. Les enquêteurs estiment que le départ de feu pourrait être dû à un dysfonctionnement électrique (court-circuit) ou à une cigarette mal éteinte, alors qu’un chantier était en cours autour de la flèche.

Trois magistrats instructeurs, dans le cadre d’une information judiciaire, doivent poursuivre les investigations à la rentrée. Des inculpations de responsables des entreprises concernées ne sont pas exclues pour qu’ils répondent de négligences.