Québec protège le Cyclorama

Des historiens du cinéma, des muséologues et des universitaires mènent une campagne depuis quelques années pour mettre en valeur le Cyclorama de Jérusalem au sein du patrimoine culturel québécois.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Des historiens du cinéma, des muséologues et des universitaires mènent une campagne depuis quelques années pour mettre en valeur le Cyclorama de Jérusalem au sein du patrimoine culturel québécois.

Le Cyclorama de Jérusalem, installé à Sainte-Anne-de-Beaupré depuis 1895, sera finalement classé bien patrimonial. La ministre de la Culture et des Communications l’a annoncé sur Twitter mercredi après-midi.

Plus grand panorama d’Amérique, cette oeuvre gigantesque, exécutée à Munich de 1878 à 1882 par l’artiste allemand Herr Bruno Piglhein, a définitivement fermé ses portes au grand public le 31 octobre 2018.

À pareille date l’année dernière, ses propriétaires, la famille Blouin, espéraient pouvoir le vendre 5 millions de dollars, faute de relève pour entretenir et exploiter le site. Jusqu’à maintenant, le Cyclorama était en vente, mais ne trouvait pas preneur.

Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture et des Communications et appuyée par 70 cosignataires issus des milieux muséal et universitaire de plusieurs pays, Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur de littérature, de théâtre et de cinéma à l’Université Laval, qualifiait le Cyclorama de Jérusalem de « trésor international toujours en danger ».

Photo: Francis Vachon Le Devoir

« Le Cyclorama se démarque par son extrême rareté : il ne reste au monde qu’une quinzaine de tels panoramas géants circulaires du XIXe siècle, et dans des états de conservation très variables. Celui de Sainte-Anne-de-Beaupré est l’un des plus beaux, l’un des mieux préservés et le plus grand (la circonférence de la toile peinte fait la longueur d’un terrain de football américain et sa hauteur correspond à celle d’un édifice de cinq étages !). Il est l’un des trois derniers qui aient conservé sa rotonde d’origine, ce qui rehausse son importance historique », évoquait la lettre.

Patrimoine culturel et religieux

Olivier Asselin, professeur d’histoire de l’art et d’études cinématographiques à l’Université de Montréal, parle de la place centrale qu’occupe le cyclorama dans l’histoire du divertissement de masse et de la culture moderne.

« Avant l’arrivée du cinéma en 1895, il existait des formes de spectacles importantes et le panorama en était un », relate cet historien, qui explique qu’à la fin du XIXe siècle, les gens étaient à la recherche d’un spectacle monumental et immersif qui renouvelait leur rapport à l’image.

Pour l’historien du cinéma Louis Pelletier (également cosignataire de la lettre adressée à la ministre de la Culture), le Cyclorama de Sainte-Anne-de-Beaupré s’inscrit dans la longue tradition des technologies et du spectacle immersif. « Ces spectacles du XIXe siècle témoignent de la richesse d’une culture visuelle datant de cette époque », dit celui qui inclut toujours le cyclorama dans le contenu de ses cours d’histoire du cinéma.

Depuis quelques années, Jean-Pierre Sirois-Trahan et d’autres historiens du cinéma, muséologues et universitaires, mènent une campagne pour mettre en valeur le Cyclorama de Jérusalem au sein du patrimoine culturel québécois. De l’avis de Louis Pelletier, le classement patrimonial du site n’est qu’un début pour la pérennité du Cyclorama.

« Il reste à savoir comment présenter et mettre en valeur un tel spectacle d’un autre siècle », indique Louis Pelletier, qui estime que les héritages culturels et religieux doivent être considérés en complémentarité. Et que la valeur artistique du site dépasse son enrobage un peu kitsch.

« Ce n’est pas juste une curiosité, ni seulement un truc conçu pour faire de l’éducation religieuse. Au contraire, l’oeuvre comporte une réelle valeur artistique », explique l’historien, qui cite Robert Lepage parmi les artistes qui s’inscrivent dans la continuité de ces oeuvres immersives qui ont ouvert la voie à la conjugaison du théâtre, de la mise en scène, de la réalité augmentée et du numérique.

Quant à la vocation future du Cyclorama de Jérusalem, Olivier Asselin pense que l’expérience d’une visite de ce site de Sainte-Anne-de-Beaupré s’inscrit malgré tout dans les aspirations culturelles et touristiques des gens.

« Ce qui est intéressant, c’est qu’en cette ère du virtuel, les spectateurs passent beaucoup de temps devant leurs petits ou moyens écrans mais, en même temps, entretiennent un désir très fort de vivre des expériences extérieures, de redécouvrir les espaces réels et de faire l’expérience de spectacles collectifs. Une visite à Sainte-Anne-de-Beaupré peut être une expérience inoubliable, qui nous change de nos écrans. »

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