«Joyeux calvaire»: les Cowboys Fringants pris au lasso élastique

«Joyeux calvaire» est présenté jusqu’au 17 août à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières.
Photo: Marie-Andrée Lemire «Joyeux calvaire» est présenté jusqu’au 17 août à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières.

Aux Cowboys le tour de piste du Cirque. Après Beau Dommage, Charlebois, Plamondon et les Colocs, ce sont les Fringants qui s’y collent. L’honneur est grand et l’hommage notable : voilà le « posse » de Repentigny dans la compagnie des plus grands. Ça ne se refuse pas.

Mesure-t-on le risque ? « Quel risque ? » me demanderez-vous. C’est le Cirque du Soleil, mazette ! L’estampille de qualité tatouée. L’équipe d’élite. Les prouesses éprouvées. La question se posait quand même mercredi soir, à la première du spectacle à l’amphithéâtre de Trois-Rivières : est-ce que la fête formidable et l’engagement social et environnemental des Cowboys peuvent être transposés en sauts de bungee ? Ça peut être dangereux, le Soleil, de trop près.

J’ai beau essayer, je n’arrive pas à m’enlever de la tête le fiasco de l’hommage à Michael Jackson, il y a déjà longtemps, au Centre Bell. C’est ma mesure étalon de ce qu’il ne faut pas faire. Vieille méfiance. Je pars de loin.

Entre riches idées et recyclage

Le spectacle s’ouvre poétiquement, c’est bien. Une jeune femme, écouteurs sur les oreilles, arrose des maisons comme s’il s’agissait de fleurs. Et la voilà dans les airs, élégante et magnifique trapéziste en balançoire. L’acrobatie porte la jeune fille et porte du sens : c’est prometteur.

Suit un numéro de porte-drapeaux jongleurs, au rythme frénétique de La cave. Puis, on a des acrobaties en couple, pour illustrer la rencontre des amoureux de Bye bye Lou. Ensuite ? Un numéro de hula hoop. Pas sûr de comprendre pourquoi, sinon que le numéro est vu d’en haut par la jeune fille du début : son regard est celui de tous les spectateurs, elle est en quelque sorte notre truchement, comme les paroles des chansons.

Tout ça fonctionne assez bien, on comprend pourquoi. Les acrobaties représentent les risques inhérents à la vie, c’est pratique. Le Cirque peut faire son cirque, tout est justifié par le risque. Ainsi nous ressort-on les élastiques : c’est la marque de commerce, pas moyen d’y couper. Pourtant, moi, ça me la coupe ; je ne vois que la redite. On a la désagréable impression que Guy Laliberté a des hectares d’arbres à caoutchouc et qu’il doit écouler sa marchandise.

De là, tout semble emprunté, les chansons des Cowboys deviennent prétextes, permettent surtout de remplir le cahier des charges de l’entreprise. Oui, ces acrobates impressionnent (beaucoup), mais comme d’habitude. N’importe quelle musique ferait l’affaire. On n’écoute même plus : on regarde. Et on se lasse.

Un clown triste

À quand les clowns ? Ça ferait changement, tiens. Un peu de cirque traditionnel dans cette modernité des années 1990 qui a mal vieilli, ça rajeunirait, paradoxalement. Où est le dompteur de lions quand on en a besoin ? La chorégraphie de manifestants (oui, pour accompagner La manifestation) ne mène nulle part. Ah bravo ! Un clown triste en unicycle. Voeu exaucé. Le clown roule comme un gars saoul, ça va avec La dévisse. Pour peu qu’on ne nous redonne pas de l’élastique, on sortira contents. On nous redonne du cerceau, ce n’est pas mieux. Un autre numéro d’acrobaties en couple avec ça ?

Malédiction, revoilà les sangles aériennes, les élastiques étirent encore la sauce. Oui, on a compris, c’est la gestuelle de la liberté. À la fin, ils vont péter, ces élastiques. Il y a des limites à l’élasticité. À l’approche de la fin, un numéro très aquatique parvient à nous ramener aux Cowboys, en incluant le Saint-Laurent qui, derrière l’amphithéâtre, commençait à se demander quel rôle il jouerait dans l’affaire.

Joyeux calvaire

Hommage aux Cowboys Fringants par le Cirque du Soleil. Mise en scène : Jean-Guy Legault. Direction musicale : Jean-Phi Goncalves. Spectacle présenté à l’amphithéâtre Cogego de Trois-Rivières jusqu’au 17 août.