Couleurs primaires

À vrai dire, l’aventure <em>Spring</em> manque d’originalité. Ironiquement, un élan fait défaut.
Photo: Tom Bowles À vrai dire, l’aventure Spring manque d’originalité. Ironiquement, un élan fait défaut.

Après Smashed (2013) et 4 x 4 Ephemeral Architectures (2016), Montréal complètement cirque reçoit à nouveau ces jours-ci la troupe britannique Gandini Juggling. Prenant un vif plaisir à marier son art à d’autres disciplines, comme le ballet classique ou la danse indienne, Sean Gandini croise cette fois la jonglerie à la danse contemporaine en collaborant avec un compatriote, le chorégraphe Alexander Whitley.

La distribution de Spring s’exécute sur une scène vide, un plateau nu qui fait la part belle aux corps en mouvement, mais aussi aux éclairages, souvent éclatants et colorés, des faisceaux qui projettent en fond de scène des ombres de toutes tailles, des spectres agités, des silhouettes engagées dans un ballet indissociable en même temps que parallèle. La gestuelle des dix interprètes allie tout naturellement la virtuosité de la jonglerie aérienne à celle de la danse contemporaine en misant moins sur l’exploit que sur le dialogue. Massues et balles sont de la partie, mais ce sont les anneaux multicolores qui virevoltent le plus souvent dans tout l’espace scénique.

Suite de brefs tableaux, comme autant de variations sur le vaste thème de la couleur, alternance entre des scènes de groupe et des formations restreintes, le tout entrecoupé d’intermèdes humoristiques plus ou moins heureux, le spectacle d’une soixantaine de minutes nous laisse sur notre appétit. Dans leurs habits gris, au son d’une musique électronique à la fois guillerette et angoissante, les interprètes — dont le talent, manifeste, n’est pas en cause — vont et viennent sans que jamais se dégage une motivation, sans que jamais naisse une conviction, que des individus se dessinent, qu’une quête se forme. À un moment donné, quelques primates se font voir et entendre… pour disparaître aussitôt, sans explications.

À vrai dire, l’aventure manque d’originalité. Ironiquement, un élan fait défaut. Les segments s’enchaînent sans grande surprise, sans innovation, mais surtout sans un véritable ludisme, sans une créativité dont la singularité serait à même de susciter l’étonnement. Quant à la gestuelle, plutôt scolaire, s’appuyant sur un vocabulaire limité, elle s’épuise rapidement, condamnant la représentation à une éprouvante redondance.

Spring

Metteur en scène : Sean Gandini. Chorégraphe : Alexander Whitley. Une production de Gandini Juggling. À la Tohu, à l’occasion de Montréal complètement cirque, jusqu’au 8 juillet.