«Corteo»: célébrer la vie

Les quelque 50 membres de la troupe nous entraînent dans un univers délicieusement bigarré, joyeusement carnavalesque, un hommage au cirque traditionnel européen.
Photo: Cirque du Soleil Les quelque 50 membres de la troupe nous entraînent dans un univers délicieusement bigarré, joyeusement carnavalesque, un hommage au cirque traditionnel européen.

Cette année encore, le Cirque du Soleil s’installe au Centre Bell pour la période des Fêtes. Après avoir parcouru le monde sous chapiteau de 2005 à 2015 (plus de 60 villes dans 19 pays), Corteo a repris la route en mars dernier dans une mouture destinée aux arénas. Avant d’être présenté dans une vingtaine de villes américaines, puis en Italie, en Allemagne et en Espagne, le spectacle de Daniele Finzi Pasca émerveille en ce moment les Montréalais, petits et grands.

Sur une scène circulaire, en partie rotative, un espace bifrontal entouré de somptueux rideaux, les quelque 50 membres de la troupe, acrobates, musiciens, chanteurs et comédiens, dont la complicité est palpable, nous entraînent dans un univers délicieusement bigarré, joyeusement carnavalesque, un hommage au cirque traditionnel européen qui a bien plus à voir avec le cinéma de Fellini qu’avec la plupart des productions du Cirque du Soleil. Les inconditionnels du travail de Finzi Pasca, à commencer par ses réalisations avec le Cirque Éloize, Nomade (2002), Rain (2003) et Nebbia (2007), retrouveront dans Corteo les motifs qui ont fait la renommée du créateur originaire de la Suisse italienne, cette poésie à la fois sérieuse et légère, tragique et triviale, un style absolument inimitable.

Entre le ciel et la terre, le paradis et l’enfer, la loi de la gravité et les mystères de l’ascension, le spectacle nous convie aux funérailles fantasmées d’un clown rondouillet des plus attachants. Autour de lui évoluent une panoplie de personnages magnifiquement vêtus par Dominique Lemieux, un cortège chatoyant, une procession dont l’oeil cherche en vain à capter tous les détails. Dans ce défilé qu’on suit sans hésiter, il y a des clowns et des anges, des lustres somptueux et des lits trampolines, des personnes très grandes et d’autres toutes petites, des bols tibétains, des bâtons de golf et des robots téléguidés, et même un théâtre miniature ! Quand la petite clown vole au-dessus de la salle grâce à quelques ballons remplis d’hélium, puis à l’aide des poussées que lui fournissent certains spectateurs, il faut avouer que notre émerveillement est amoindri par le trouble moral que suscite cette infantilisation de la personne de petite taille.

La musique et le chant sont le coeur battant du spectacle. Irrésistibles, les compositions de Jean-François Côté, Philippe Leduc et Maria Bonzanigo, des airs dont les inspirations sont notamment slaves, occupent une place aussi importante que l’acrobatie. Parmi la quinzaine de numéros, quatre se démarquent d’un point de vue technique. Époustouflants, ils mettent en scène les sangles aériennes, l’échelle acrobatique, la planche sautoir et les barres fixes. Comment célébrer la vie sans embrasser la mort ? Comment apprécier la lumière sans admettre l’ombre ? Comment expérimenter le sublime sans accueillir le grotesque ? À ces questions, Corteo offre de ravissantes réponses.

Corteo

Conception et mise en scène : Daniele Finzi Pasca. Une production du Cirque du Soleil. Au Centre Bell jusqu’au 30 décembre.