Danses, contes et chants autochtones: patrimoine immatériel?

Ces pratiques liées aux langues autochtones peuvent relever de la danse, du conte, du chant, ou même des façons de traiter le territoire. Sur cette photo, un homme présente une danse traditionnelle à l'occasion de la Journée nationale des peuples autochones du Canada.
Photo: David Kawai La Presse canadienne Ces pratiques liées aux langues autochtones peuvent relever de la danse, du conte, du chant, ou même des façons de traiter le territoire. Sur cette photo, un homme présente une danse traditionnelle à l'occasion de la Journée nationale des peuples autochones du Canada.

En préparation de 2019, qui sera l’année internationale des langues autochtones, des délégués au Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO réunis à l’île Maurice veulent demander aux États membres d’inscrire au patrimoine des pratiques culturelles liées à ces langues. Sur place, des Québécois s’activent déjà pour mettre leur grain de sel dans l’encadrement de ces pratiques qui peuvent relever de la danse, du conte, du chant, ou même des façons de traiter le territoire.

Ni le Canada ni les États-Unis ne sont signataires de la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine immatériel, qui a pourtant été ratifiée par 30 pays en 2006.

Le Québec a de son côté signé « moralement » cette convention, soutient Antoine Gauthier, directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant (CQPV), qui était d’ailleurs à l’île Maurice cette semaine pour discuter de ces enjeux. La Convention permet en effet à des ONG d’être accréditées.

« On essaie de convaincre certains pays de proposer » que des éléments liés aux langues autochtones soient retenus, dit M. Gauthier. Cela devrait bien aller. »

La Convention réunit notamment de nombreux pays d’Amérique latine, qui comptent de nombreux Autochtones dans leurs populations.

Les membres du Comité doivent se prononcer sur quarante demandes d’inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, ainsi que sept demandes considérées comme urgentes.

Les délégués y ont entre autres enregistré le reggae de Jamaïque, se sont penchés sur les savoir-faire liés aux parfums dans la région de Grasse, en France, ou la tradition de la crèche en Cracovie. À la suite de la fusion inédite des candidatures des deux Corées, la lutte traditionnelle coréenne vient d’être ajoutée à la liste.

Parmi les pratiques patrimoniales devant être préservées de façon « urgente », on trouve notamment le théâtre d’ombres de la République arabe syrienne, le Suri Jagek (observation du soleil), une pratique météorologique et astronomique traditionnelle pakistanaise. Ce système est utilisé pour prédire les bons temps pour les semis et l’élevage, ainsi que les calamités naturelles. Dans le passé, des pratiques comme la fabrication de la bière en Belgique, la pratique du yoga en Inde ou encore la fabrication de la pizza en Italie ont été inscrites sur cette liste.

Pour Antoine Gauthier, il ne s’agit cependant pas simplement d’inscrire des pratiques sur des listes représentatives. Il s’agit aussi de développer des outils pour soutenir ces pratiques.

À cet égard, le CQPV souhaiterait exporter sur la scène nationale et internationale le guide à l’intention des municipalités qu’il a conçu pour le Québec. On y invite notamment les municipalités à tenir un inventaire et de la documentation sur les pratiques et à conclure des ententes de développement culturel. Antoine Gauthier présentera aussi un modèle d’étude que le CQPV a développé. Cette étude, menée sur les sculpteurs d’art populaire québécois, précise par exemple que la majorité des sculpteurs sont des hommes, et que 38 % ont 65 ans et plus. On y apprend qu’une forte proportion d’entre eux vit dans la capitale nationale, dans les régions de Chaudière-Appalaches, de la Gaspésie et des îles de la Madeleine.

Le Conseil québécois du patrimoine vivant souhaite développer un intérêt pour une variété de pratiques, du chant de gorge inuit à la meunerie en passant par la musique traditionnelle, qui n’est pas enseignée dans les écoles du Québec.

Quelques nouveaux éléments inscrits sur la liste de l’UNESCO

Jamaïque — Le reggae Issu d’un milieu culturel qui abritait des groupes marginalisés, le reggae de Jamaïque marie plusieurs influences musicales comme d’anciens genres musicaux jamaïcains, des rythmes originaires des Caraïbes, d’Amérique du Nord et d’Amérique latine.

 

Suisse et Autriche — Le danger d’avalanches : La gestion du danger d’avalanches a façonné l’identité des populations alpines, qui ont développé au fil des siècles des savoirs empiriques locaux ainsi que des pratiques culturelles.

 

Géorgie — La lutte chidaoba : Associant des éléments de lutte, de musique, de danse et un vêtement particulier, le chidaoba est une forme ancestrale d’art martial.

 

Japon — Les Raiho-shin : Visites rituelles de divinités masquées et costumées ayant pour origine la croyance populaire selon laquelle des divinités du monde extérieur inaugurent la nouvelle année ou la nouvelle saison.

 

Espagne — Les tamboradas : Rituels sonores et collectifs basés sur le battement simultané, intense et continu de milliers de tambours, jouant pendant des jours et des nuits.

 

Mexique — La romería : La fête annuelle de la romería, célébrée le 12 octobre en l’honneur de l’image de la Vierge de Zapopan, remonte à 1734. Plus de deux millions de personnes y prennent part.

 

Malawi — Le mwinoghe : Le mwinoghe est une danse instrumentale du nord du Malawi exécutée pour exprimer la joie et le bonheur.

 

Malaisie — Le Dondang Sayang : Art traditionnel malais alliant des éléments musicaux (violons, gongs et tambourins ou tambour), des chants et de mélodieux accords poétiques.

 

Serbie —Le chant accompagné au gusle : Le chant au gusle, un instrument monocorde, est un art d’interprétation des épopées historiques.

 

Irlande — Le hurling : Le hurling est un jeu pratiqué par deux équipes qui utilisent une crosse en bois pour frapper une petite balle.