Les flâneurs


Odile Tremblay

Maître turc sur son poirier

Je sais bien que certains cinéphiles trouvent interminable et souvent bavard le cinéma de Nuri Bilge Ceylan, mais que de grands moments il nous sert… Son Poirier sauvage, qui dure plus de trois heures, est une œuvre qui se gagne, comme son précédent Winter Sleep, palmé d’or à Cannes. Le héros antipathique, apprenti écrivain dans son bled turc, a beau nous soûler parfois, la lumière, les cadrages parfaits, les longs plans admirables d’hiver et de brouillard sous le chant du coq et les bêlements des moutons, une discussion à Istanbul entre le blanc-bec et un écrivain confirmé, le charisme de Murat Cemcir dans la peau du père joueur compulsif et un dénouement sublime sont des éléments précieux qui éblouissent.

 


Caroline Montpetit

Pol Pelletier reçoit

Il faut voir Pol Pelletier brûler les planches de son propre appartement du Plateau Mont-Royal, chaque samedi jusqu’à Noël, pour nous présenter son Théâtre des mystères. L’artiste passionnée, qui a cofondé le Théâtre expérimental de Montréal et le Théâtre expérimental des femmes, vend ses biens, livres, costumes, meubles, et transforme son logis en magasin-théâtre, avec un spectacle dont le thème est « Qu’est-ce que le tragique ? ». Il faut voir aussi la performance solo de sa protégée, Maïté Sinave, qui présente Mère, l’histoire d’une femme qui n’arrive pas à aimer son enfant, inspirée de la mère de Richard III, dans la pièce de Shakespeare.

 


Stéphane Baillargeon

Des journalistes français aux USA

L’Agence France-Presse lance un balado sur les États-Unis baptisé Fragments d’Amérique. L’immersion sonore proposée permet d’entremêler la couverture de l’actualité et les témoignages personnels des correspondants. Dans le deuxième épisode, sur les incendies apocalyptiques de Californie, le journaliste Laurent Baquet décrit par exemple les effets produits sur lui par la découverte de cadavres : « On ne s’habitue jamais, on regarde la réalité en face », dit-il en reprenant la phrase d’un secouriste. Bref, c’est l’actualité, avec un supplément d’âme.

 


Louise-Maude Rioux Soucy

Raconter l’irréversible
Dire haut pour dénoncer fort ; dire autrement pour témoigner diversement. C’est ce que fait la comédienne Rachel Graton avec La nuit du 4 au 5, pièce sobre d’une maîtrise formidable qui paraît ce mois-ci chez Dramaturges éditeurs. On plonge avec une fascination mêlée de crainte dans l’histoire de ce viol qui a valu à son auteure le prix Gratien-Gélinas. En attendant son adaptation au cinéma, on pourra aussi l’entendre à nouveau au Théâtre d’Aujourd’hui, du 11 au 21 décembre. À la mise en scène, Claude Poissant, passé maître de chœur, a fait de ce texte choral une partition d’une fluidité remarquable, trouée de vibratos à la justesse cristalline.