Inclusion sur les scènes montréalaises

Diversité artistique Montréal dévoilait mardi les fruits de la consultation sur le racisme systémique dans les arts, la culture et les médias menée de novembre 2017 à novembre 2018. Un panel de discussion a été organisé avec Odile Joannette, directrice générale de Wapikoni mobile, Safa Chebbi, coordinatrice de programmes à la Fondation Filles d’Action, Rodney Saint-Éloi, poète et fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier, et Leila Benhadjoudja, professeure adjointe à l’École d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Diversité artistique Montréal dévoilait mardi les fruits de la consultation sur le racisme systémique dans les arts, la culture et les médias menée de novembre 2017 à novembre 2018. Un panel de discussion a été organisé avec Odile Joannette, directrice générale de Wapikoni mobile, Safa Chebbi, coordinatrice de programmes à la Fondation Filles d’Action, Rodney Saint-Éloi, poète et fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier, et Leila Benhadjoudja, professeure adjointe à l’École d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa.

Si plusieurs ont tiqué sur l’usage du mot « quotas » dans le rapport sur la discrimination systémique dans le monde culturel, la plupart des acteurs du monde culturel ont salué comme un vent de fraîcheur les recommandations de Diversité artistique Montréal pour une plus grande inclusion dans les arts. Diversité artistique Montréal (DAM) présentait ce rapport lors d’une journée de réflexion mardi à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

André Dudemaine, directeur de la société Terres en vues, qui chapeaute le festival Présence autochtone, préfère parler d’« objectifs » à atteindre dans la représentation des différentes communautés culturelles du Québec, plutôt que de « quotas ». C’est aussi ce que soutient Nathalie Maillé, directrice générale du Conseil des arts de Montréal, qui salue les recommandations du rapport. « On est rendus là », dit-elle. Déjà, le Conseil des arts de Montréal a atteint une représentation acceptable dans l’ensemble de ses activités, dit-elle, sans même se fixer de quotas. « On a changé nos réseaux », pour atteindre une meilleure représentativité de la population, dit-elle.

La directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, avait elle aussi entamé une réflexion sur la représentation de la diversité, avec DAM, bien avant les événements entourant l’annulation de la pièce SLĀV, qui était au programme du TNM cet été. Elle a tenu à faire valoir les programmes de formation mis en place par le TNM pour assurer une relève de la diversité.

Le rapport présenté par DAM est basé sur 55 témoignages de personnes racisées, artistes, étudiants ou gestionnaires, qui disent avoir été discriminées de diverses manières. Les personnes qui ont voulu participer au rapport mais qui ne se considéraient pas comme discriminées ont été écartées. À cet égard, la présidente de DAM, Ania Ursulet, insiste pour dire que ce n’est pas un rapport sur le racisme systémique, parce qu’il ne dresse pas un portrait global de la situation.

Homogénéité des jurys

Parmi les obstacles à l’inclusion dans le monde des arts, on nomme entre autres la composition trop homogène des jurys, et le fait que les artistes issus de la diversité sont souvent relégués à des rôles stéréotypés.

Mardi, Jérôme Pruneau, directeur de DAM, mentionnait par exemple le fait que le chanteur québécois d’origine sénégalaise Ilam, qui chante du blues et du rock en wolof, en peul, en français et en anglais, a été considéré comme une révélation en « musique du monde » par Radio-Canada.

De façon globale, le rapport pointe un cercle vicieux, par lequel les personnes racisées sont sous-représentées, se sentent exclues, donc évitent de participer à la vie culturelle montréalaise. En conférence, Jérôme Pruneau a dressé une histoire du racisme étroitement liée au colonialisme et à l’esclavage. On a aussi largement fait état de préjugés inconscients qui perpétuent une certaine exclusion.

À cet égard, un fait cocasse survenu en conférence est révélateur. Répondant à un intervenant, M. Pruneau a dit « ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd », pour se faire reprendre ensuite par une personne sourde qui assistait au débat.

Une employée de Téléfim Canada a invité les représentants de DAM à venir s’adresser directement aux personnes dans les milieux de travail. « Ici, vous parlez à des convertis », a-t-elle dit. Le président de l’Office national du film, Claude Joli-Coeur, a invité les institutions culturelles de tout le Québec à s’associer pour développer des pratiques plus inclusives.

L’absence des Autochtones

Par ailleurs, l’échantillon retenu par DAM compte peu d’Autochtones, convient M. Pruneau. Selon lui, les Autochtones ne partagent pas le même point de vue que les personnes issues de l’immigration dans ce dossier, même s’ils souffrent des mêmes exclusions.

« Les Autochtones se considèrent comme une société d’accueil », précise André Dudemaine.

Cependant, au Conseil des arts de Montréal, on reconnaît avoir tardé avant de s’attaquer à la nécessaire inclusion des Autochtones. « Depuis, on est à la vitesse grand V » à ce sujet, dit Nathalie Maillé.

Pour les différentes maisons de la culture de Montréal, le défi est aussi d’attirer les personnes issues de l’immigration aux événements culturels présentés. À la Maison de la culture Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, 30 % de la programmation est issue de la diversité, dit Elsa Marsot, chef de la division culture à l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.

« Cela dépend de ce qui est disponible sur le marché. Il y a moins de théâtre que de musique, de manière générale », dit Martin Hurtubise, agent culturel pour l’arrondissement.

Il est plus difficile d’attirer les publics de la diversité dans les maisons de la culture.

« La difficulté, c’est d’avoir des gens issus des communautés [de la diversité] de notre arrondissement qui viennent assister aux spectacles. Ça, c’est difficile », poursuit Elsa Marsot.

« Cela dépend aussi des communautés, ajoute Martin Hurtubise. Si on pense aux gens du Sud-Est asiatique, les gens du Pakistan ou de l’Inde, il y a toute une barrière de langue. On fait du démarchage auprès d’eux. On a des gens qui vont leur parler, leur expliquer ce que l’on fait, et les inviter à venir voir des spectacles. »

Mariza Rosales Argonza, artiste et chercheuse, ajoute quant à elle qu’il est parfois difficile d’obtenir une couverture médiatique pour les communautés culturelles. Elle mentionne par exemple le livre Vues transversales. Panorama de la scène artistique latino-québécoise, qu’elle a dirigé et qui vient de paraître, et qui n’a pas retenu l’attention des médias.

Le ministre de la Culture et des Communications du Québec et la Ville de Montréal ont préféré garder leurs commentaires sur le rapport pour plus tard.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que Nathalie Maillé était présidente du conseil d’administration du Conseil des arts de Montréal, a été corrigée.