Les flâneurs


Odile Tremblay

Les mots de Vigneault

Il est tout imprégné de Natashquan, Le chemin montant, plus récent recueil de poésie de Gilles Vigneault. Son style pur se pose sur la nature murmurante qui l’entoure et sur les menaces écologiques qui planent sur elle comme des nuages refusant de s’éloigner. La mémoire, la transmission, les mâtures, le temps qui passe glissent au fil de ses mots, qui donnent aussi la parole aux arbres face aux humains tailladant leurs écorces et coupant leurs troncs. Et devant la mort qui réclamera un jour son dû, le poète se dit : « Vivons ! Et si la faux nous frôle / Nous ferons celui qui n’en sait rien… et qui dort. »

 


Caroline Montpetit

Cate Blanchett au MAC
Qu’elle incarne un travailleur de la construction, une chorégraphe, un itinérant ou une professeure de primaire, Cate Blanchett a le même élan, la même conviction. Et le résultat est mémorable. L’actrice australienne est sur tous les écrans de l’exposition Manifesto, de Julian Rosefeldt, au Musée d’art contemporain. Sous une panoplie de personnages, elle prête un peu de son âme à chacun des 55 manifestes artistiques que Rosefeldt a sélectionnés pour monter cette expo hors norme. Une plongée sans filet dans le monde du refus, de la rébellion et du désir, de la volonté de changer les choses. Une excursion dans l’histoire de l’art.


Philippe Papineau

Panthère noire

Sous le nom Les Louanges, le jeune musicien Vincent Roberge a fait paraître il y a quelques semaines un premier disque complet, joliment intitulé La nuit est une panthère. Les Montréalais en auront peut-être vu la publicité dans le métro. Le résultat pop-rock-jazz aux sonorités parfois synthétiques est sophistiqué, mais tout y coule de source. Le saxophone côtoie le clavier et la guitare, avec un chant lent et suave. Les Louanges n’est pas rap en soi, mais il y a du Kendrick Lamar qui transpire de certains phrasés et du métissage bien serré d’influences modernes et passées. Du très bon boulot.

 


Louise-Maude Rioux Soucy

Ensorcelante Elisapie

Plus The Ballad of the Runaway Girl berce l’automne, plus le chant d’Elisapie s’incruste dans l’inconscient de notre maisonnée. Il y a de la magie dans les incantations douloureuses, les rythmes fiévreux et les fantômes en quête d’apaisement qui peuplent ce bel album en forme de conte sociopolitique. On y retrouve la noirceur d’un Cohen (ses choeurs endoloris, ses prières à l’unisson) couplée à la prose au scalpel d’un Desjardins (le quotidien sans fard, la douleur accueillie). Et tout autour, la beauté pure d’une langue et d’une culture multiple — anglaise, inuite, française —, revendiquée.